CHARLES VI (1685-1740) empereur germanique (1711-1740)

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Frère cadet de l'empereur germanique Joseph Ier, l'archiduc Charles avait été destiné dès son plus jeune âge à régner sur l'Espagne, puisque le dernier Habsbourg d'Espagne, Charles II, était manifestement stérile. Bien qu'il ait été déshérité par ce dernier en 1699, il n'en partit pas moins défendre ses droits contre son cousin Philippe V, petit-fils de Louis XIV. S'appuyant sur les Catalans, la monarchie autrichienne et les puissances maritimes, il s'installe à Barcelone où il règne sous le nom de Charles III. Malgré plusieurs succès dans la lutte contre les Bourbons, la coalition l'abandonne après la mort de son frère aîné, lorsqu'il est couronné empereur en 1711, car les puissances maritimes ne veulent pas que Charles VI reconstitue à son profit l'Empire de Charles Quint. Après le traité d'Utrecht, où la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies font la paix avec Louis XIV, il ne lui reste plus qu'à négocier. Au prix de l'abandon des Catalans et d'importantes concessions territoriales, il reconnaît Philippe V d'Espagne. Il recouvre les Pays-Bas et les possessions italiennes des Habsbourg (Milan et le royaume de Naples), de sorte qu'en 1714 la monarchie autrichienne devient la première puissance continentale, s'étendant de la Flandre aux Portes de Fer sur le Danube et de la Silésie au détroit de Messine. À ces possessions s'ajoutent les conquêtes du prince Eugène au cours de la guerre austro-turque de 1716-1718 : le banat de Temesvár, une partie de la Valachie et de la Bosnie et la Serbie avec Belgrade, conquêtes reconnues à l'Autriche au traité de Passarowitz, mais partiellement reperdues en 1739 lors d'un nouveau conflit avec la Turquie.

Pourtant, Charles VI n'est pas satisfait. Il conserve une profonde nostalgie de l'Espagne et considère comme une grande injustice d'avoir été privé d'une partie de son patrimoine. Il s'entoure de nombreux conseillers espagnols, construit un Escurial autrichien à Klosterneuburg, aux environs de Vienne, et encourage le grand commerce maritime en créant le port de Trieste et un solide réseau routier. Mais, surtout, il se rend compte de la fragilité de la puissance qu'il gouverne. C'est pourquoi, dès 1713, il promulgue une pragmatique sanction destinée à unifier ses différents États et royaumes pour en faire un tout (ein Totum, comme le souhaite le prince Eugène de Savoie, son principal ministre). Comme Charles VI n'a pas d'héritier mâle, il doit assurer le trône à sa fille Marie-Thérèse, née en 1717, au prix de concessions aux princes voisins et aux aristocrates de ses propres États. Pour la première fois, les principes de primogéniture et d'indivisibilité de la succession sont admis par la maison d'Autriche, et le royaume de Hongrie se trouve définitivement incorporé dans la monarchie. Mais l'empereur achète trop cher la reconnaissance des grandes puissances, au lieu de renforcer son armée et d'opérer les indispensables réformes de structure. Après 1730, tous les observateurs s'accordent sur la faiblesse des finances de Charles VI et la médiocrité de l'armée impériale. La guerre de succession de Pologne et la guerre turque (1738-1739) vont confirmer cette analyse, de sorte que les chancelleries s'imaginent que la mort de Charles VI permettra le partage de la monarchie autrichienne.

Sur le plan de la civilisation, le règne de Charles VI est néanmoins plus heureux, dans la mesure où il correspond à une indéniable croissance économique et à l'apogée du baroque, symbolisé à Vienne par la construction de l'église Saint-Charles-Borromée, mais caractérisé aussi par la multiplication des palais, la rénovation de nombreux couvents et la modernisation de la Hofburg elle-même.

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Jean BÉRENGER, « CHARLES VI (1685-1740) - empereur germanique (1711-1740) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-vi/