CELTES

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Langues celtiques

Les langues celtiques constituent l'un des dialectes indo-européens. Elles ne nous sont connues, dans l'Antiquité, que d'une façon partielle et fragmentaire, mais certains rameaux ont survécu jusqu'à nos jours et nous ont transmis une littérature assez importante.

Celtique ancien ou celtique continental

Dans la zone très vaste qui a été peuplée par les Celtes dans l'Antiquité, seules quelques régions ont connu une épigraphie indigène en langue celtique. Ce sont la Gaule cisalpine et transalpine (gaulois), la Castille (celtibère), et la région des Lacs en Italie du Nord (lépontique). En dehors de ces inscriptions proprement celtiques, on peut rencontrer des éléments onomastiques celtiques dans les inscriptions latines ou grecques : c'est ce dont nous disposons, par exemple, pour les Galates d'Asie Mineure. Les inscriptions celtiques ont utilisé un alphabet d'emprunt, plus ou moins adapté : l'alphabet ibère en Celtibérie (à partir de 300 av. J.-C. env.), l'alphabet étrusque pour le lépontique (au même moment) et les alphabets grec et latin pour le gaulois (du iiie s. av. J.-C. au iiie s. apr. J.-C.).

Ces inscriptions indigènes sont très limitées en nombre et en étendue. Aussi est-il fort difficile de connaître les langues celtiques continentales. On perçoit cependant des archaïsmes dans le celtibère, qui conserve la diphtongue indo-européenne ei, et la labio-vélaire kW. Mais les limites de nos connaissances font que nous ne pouvons interpréter de façon sûre les documents exceptionnellement longs, comme le Bronze celtibère de Botorrita (trouvé en 1971), la Tablette gauloise de Chamalières ou celle de L'Hospitalet du Larzac. L'interprétation de ces documents repose largement sur des hypothèses comparatives, appuyées soit sur les autres dialectes indo-européens, soit sur les langues celtiques insulaires qui, elles, sont beaucoup mieux connues.

Celtique insulaire

Le celtique insulaire comprend d'une part les dialectes goïdéliques ou gaéliques (irlandais, écossais, mannois) et d'autre part les dialectes brittoniques (gallois, breton, cornique). Les deux groupes s'opposent notamment par le traitement de la labio-vélaire indo-européenne kW, comme dans le nombre « cinq », irlandais cóic (moderne cúig), gallois pump, de *kWenkWe. Dialectes brittoniques et goïdéliques se sont partagés les îles Britanniques avant le début de l'ère historique. Deux émigrations importantes ont modifié leur géographie vers le ive siècle : celle des Irlandais qui ont colonisé une partie de l'Écosse au détriment des Pictes (peuple dont la langue, fort mal connue, a parfois été considérée comme celtique) et celle des Bretons vers l'Armorique, qui devait être déjà largement romanisée.

Les langues celtiques insulaires représentent des états de langue très évolués : les syllabes finales sont déjà tombées (sauf dans l'irlandais archaïque des inscriptions oghamiques) ; les consonnes ont subi des altérations ou mutations dans des environnements déterminés (ainsi la lénition des consonnes intervocaliques). Ces altérations consonantiques sont à l'origine des mutations initiales, qui caractérisent la grammaire de tous les dialectes celtiques modernes : le mot modifie sa consonne initiale selon l'environnement syntaxique. Ainsi, en irlandais moderne, bean, « femme », devient après l'article : an bhean, « la femme » (*sindāgWenā, où gW devenu b est lénifié entre voyelles, c'est-à-dire spirantisé en v, écrit aujourd'hui bh).

Différents états de langue peuvent être distingués dans chaque dialecte. Pour l'irlandais ancien et moderne, on se reportera à l'article irlande ; l'irlandais moderne est encore parlé dans des zones situées à l'ouest de l'île, en Donegal, en Kerry et surtout en Connemara. L'enseignement obligatoire de la langue a largement répandu la connaissance de l'irlandais, qui est parlé par 500 000 personnes environ.

Ring of Kerry

Photographie : Ring of Kerry

Le Ring of Kerry (l'anneau de Kerry) longe le littoral de la péninsule d'Iveragh, comté de Kerry, Irlande. 

Crédits : Borisb17/ Shutterstock

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L'écossais et le mannois se sont séparés progressivement du tronc gaélique commun entre le xe et le xiiie siècle. Jadis parlé dans les Hautes-Terres comme dans les Hébrides, l'écossais tend à ne subsister que dans les îles et sur la côte Ouest (environ 90 000 locuteurs au début des années quatre-vingt selon l'Encyclopædia Britannica). Le mannois (anglais manx) a disparu de l'île de Man durant ces dernières années. Une des particularités de la branche goïdélique est de distinguer deux séries de consonnes selon la qualité de la voyelle suivante : les consonnes sont palatales (devant e, i) ou non palatales. Ce phénomène phonétique a permis la conservation des déclinaisons : l'opposition des désinences -os (nominatif singulier) et ī (génitif singulier) a été transférée, avant la chute des syllabes finales, dans l'opposition entre consonne palatale et consonne non palatale : *makkWos, « fils », gén. makkWī est devenu mak, gén. mak′ (avec k′ palatal), écrits mac, maic.

Les dialectes brittoniques sont les langues parlées au pays de Galles, en Bretagne armoricaine et, autrefois, dans le Cornwall anglais. Là aussi, on peut distinguer différents états de langue : vieux gallois, vieux cornique et vieux breton sont connus par des gloses dans les manuscrits latins du viiie au xe siècle. Selon la nature des documents conservés, on a situé le moyen gallois de 1100 jusque vers 1350, le moyen cornique du xiie au xvie siècle, le moyen breton jusqu'au milieu du xviie. Le cornique moderne a disparu à la fin du xviiie siècle.

Le breton reste parlé par une bonne partie des paysans et des pêcheurs, à l'ouest d'une ligne allant de Plouha (Côtes-d'Armor) à Saint-Gildas-de-Rhuys (Morbihan). On ne dispose pas de statistiques sur le nombre exact de locuteurs. Le gallois est certainement mieux armé pour résister au temps, car il est encore parlé dans les agglomérations (soit par 650 000 personnes environ). Les quatre langues celtiques encore vivantes sont enseignées, à des degrés divers, à tous les échelons scolaires : elles sont l'objet de recherches et de cours universitaires ; elles ont leur place dans les médias. Mais ces activités culturelles ne sont pas une garantie de survie pour les langues qui sont de plus en plus menacées par l'anglais et le français.

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-600 à -200. Philosophes et conquérants

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Celtes, VIe-IIIe siècles avant J.-C.

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Écrit par :

  • : professeur de celtique à l'université de Rennes-II-Haute-Bretagne
  • : agrégé de grammaire, docteur d'État, maître de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : directeur des études pour l'Antiquité à l'École française de Rome

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Pour citer l’article

Christian-Joseph GUYONVARC'H, Pierre-Yves LAMBERT, Stéphane VERGER, « CELTES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/celtes/