CELTES

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Les mutations du IIIe siècle

Les Celtes face au modèle méditerranéen

Les contacts réguliers et directs avec les sociétés méditerranéennes ont également eu de profondes répercussions sur la culture et la société laténiennes. La rapidité de diffusion de certaines innovations à l'intérieur du grand domaine laténien montre combien les déplacements d'individus et de peuples comptent dans l'histoire des Celtes. On suppose ainsi que le va-et-vient constant de mercenaires entre leur pays d'origine et les champs de bataille méridionaux permet l'introduction de la monnaie, dans le dernier quart du ive ou au début du iiie siècle. Les troupes sont payées en pièces d'or que les commandants rapportent parfois au pays, où elles servent pour les transactions les plus importantes et les largesses aristocratiques. Dès le iiie siècle, ces monnaies sont épisodiquement copiées par des artisans laténiens. Ceux-ci prennent pour modèles les monnaies des cités et des royaumes qui entretiennent des troupes étrangères, comme les statères macédoniens de Philippe II, qui sont largement diffusés dans tout le domaine laténien et reproduits notamment en Gaule centrale, chez les Arvernes. Les graveurs de coins en modifient les images en fonction de leur propre culture graphique, au point que les prototypes sont rapidement méconnaissables.

Pourtant, dans le domaine laténien nord-alpin, la culture « celtique » se définit avant tout en réaction par rapport aux cultures méditerranéennes auxquelles elle a été confrontée et dont elle n'accepte certains traits qu'après les avoir modifiés. D'abord, les Celtes n'utilisent pas l'écriture. Quoique, dès le vie siècle, ils en aient connu l'existence, par l'intermédiaire de la culture de Golasecca, ils ne l'adoptèrent jamais que dans des contextes très périphériques à partir du iiie siècle et, tardivement, au ier siècle avant J.-C., dans les milieux précocement romanisés de Gaule centrale. Il n'y eut d'ailleurs jamais d'alphabet laténien et les rares inscriptions pré-romaines en langues celtiques empruntent toujours des alphabets étrangers non transformés : l'alphabet grec utilisé à Marseille dans les inscriptions gallo-grecques du midi de la Gaule, à partir de la fin du iiie siècle ; l'écriture lépontique dérivée de l'alphabet étrusque dans les inscriptions gallo-étrusques de l'Italie du Nord-Ouest, aux iie et ier siècles avant J.-C. Les inscriptions sont courtes et peu diversifiées : elles se trouvent sur des stèles funéraires, sur des bornes de délimitation des espaces sacrés ou sur des monuments cultuels.

Des productions artisanales originales

L'artisanat laténien se nourrit certes d'innovations techniques originaires du domaine méditerranéen, comme l'usage du tour pour la fabrication des céramiques. Pourtant, c'est aussi pendant cette phase de développement, au iiie siècle avant J.-C., que les productions laténiennes atteignent le plus grand degré d'originalité. La documentation archéologique nous révèle surtout l'univers très riche des armuriers. À partir de modèles d'armes déjà élaborés au ve siècle, ils améliorent les équipements militaires et les adaptent à un mode de combat résolument laténien. Leurs efforts se portent tout particulièrement sur l'épée et sur le système de fixation du fourreau à la ceinture. Tout est fait pour accroître la légèreté de l'équipement, la mobilité du fantassin, et pour faciliter sa course sur le champ de bataille.

De nouvelles spécialités artisanales se développent, comme la fabrication de perles et de bracelets en verre coloré. Les matières précieuses importées, de Méditerranée comme le corail, ou d'Europe du Nord, comme l'ambre, sont remplacées par des matériaux artificiels produits sur place. C'est alors qu'apparaît l'émaillerie laténienne, une technique d'application à chaud de verre opaque rouge sur des supports métalliques.

L'art décoratif s'affranchit toujours plus des modèles ornementaux méditerranéens. Au ive siècle, les compositions végétales, les plus nombreuses, se présentent comme des combinaisons subtiles de rinceaux grecs, de motifs laténiens anciens comme les triscèles (motifs formés de trois branches incurvées réunies par une de leurs extrémités) et de schémas de composition nouveaux. Le « style végétal » continu (ou « style de Waldalgesheim », du nom du site éponyme allemand choisi par Paul Jacobsthal, qui, le premier, définit les étapes de développement de l'art celtique), caractéristique du ive siècle, est attesté dans toutes les régions touchées à cette époque par les déplacements de populations nord-alpines.

Au iiie siècle, l'art ornemental laténien prend simultanément plusieurs voies : le « style des épées » d'un côté et le « style plastique » de l'autre. Sur les armes, en particulier sur les fourreaux d'épée, les compositions végétales incisées sont de plus en plus complexes. Elles intègrent, dans des entrelacs dont la rigueur géométrique parfaite échappe au premier regard, tous les motifs de la tradition décorative qui s'est constamment enrichie depuis la première moitié du ve siècle. Sur les parures et les pièces de char, au contraire, les compositions se réduisent à des esses ou à des triscèles obtenus, souvent selon le procédé de la cire perdue, à l'aide d'un petit nombre de reliefs globulaires très prononcés qui couvrent entièrement la surface des objets. Partout, des têtes monstrueuses, des masques déformés sont cachés dans les entrelacs ou émergent au cœur des frises en haut relief. Parmi ce bestiaire fantastique, on peut noter un motif particulier, la « paire de dragons affrontés », qui orne la partie supérieure de très nombreux fourreaux d'épée. Attesté dans toutes les régions fréquentées régulièrement par les guerriers laténiens, il semble constituer pour eux un signe de reconnaissance aussi bien qu'une protection symbolique.

Les nouvelles formes de culte

C'est dans le domaine des cultes qu'interviennent les transformations les plus importantes. On ne connaît guère de véritables sanctuaires avant le ive siècle pour l'Âge du fer transalpin : depuis l'Âge du bronze, on effectuait des offrandes votives dans des lieux naturels particuliers, comme les marais, les grottes et les sources, mais aucun aménagement cultuel n'a été retrouvé autour de ces dépôts. Depuis le vie siècle, les tombeaux pouvaient également faire l'objet de cultes privés qui se déroulaient parfois autour de statues des ancêtres.

Depuis la découverte de celui de Gournay-sur-Aronde dans l'Oise, en 1977, de nombreux sanctuaires celtiques ont été identifiés et fouillés. Ils datent d'une période comprise entre le iiie et le ier siècle avant J.-C. et sont concentrés plus particulièrement dans le nord et l'ouest de la France. Il s'agit généralement d'enceintes quadrangulaires de quelques dizaines de mètres de côté comportant des installations destinées aux sacrifices d'animaux et des fossés périphériques qui ont pu recevoi [...]

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Écrit par :

  • : professeur de celtique à l'université de Rennes-II-Haute-Bretagne
  • : agrégé de grammaire, docteur d'État, maître de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : directeur des études pour l'Antiquité à l'École française de Rome

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Pour citer l’article

Christian-Joseph GUYONVARC'H, Pierre-Yves LAMBERT, Stéphane VERGER, « CELTES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/celtes/