CAFÉS LITTÉRAIRES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La diffusion en Europe

L'introduction du café connaît de nombreuses résistances au cours du xviie siècle partout en Europe. La Faculté de médecine, reprenant les arguments des docteurs arabes, affirme qu'il est la cause de maladies innombrables. En France, après plusieurs tentatives infructueuses, le café est enfin adopté en 1669, pendant le séjour à Versailles de l'envoyé de la Sublime-Porte, Aga Mustapha Racca, qui convertit la cour à cette boisson amère et peu engageante. Jusqu'à cette date, le café est vendu à Paris dans d'obscures boutiques (les premiers témoignages écrits remontent à 1643) et, à partir de 1672, à la foire Saint-Germain. Le premier café littéraire digne de ce nom ouvre ses portes le 18 avril 1689 rue Neuve-des-Fossés-Saint-Germain-des-Prés (aujourd'hui rue de l'Ancienne-Comédie), en face du tout jeune Théâtre-Français créé par Louis XIV. Il porte le nom de son propriétaire, Procope. Le monde des arts dramatiques en fait son quartier général. Mais c'est aussi l'endroit où est diffusée la gazette, en sorte que comédiens et auteurs, régisseurs et amateurs s'y retrouvent avec ceux qu'on va appeler les nouvellistes. Pendant plus d'un siècle, tous les grands noms du théâtre et de la littérature le fréquentent : La Faye, Regnard, Crébillon père et fils, Fréron, Jean-Baptiste Rousseau, Piron, Voltaire, le baron de Grimm... Rebaptisé un temps Café Zoppi, son rôle pendant la Révolution est considérable : il est fréquenté par Danton et Marat, et c'est là que se déroulent les réunions du club des Cordeliers. Avec des hauts et des bas, le café Procope survit aux injures du temps et existe encore de nos jours.

En Angleterre, le café est mieux accepté et le médecin William Harvey s'en fait le défenseur. Ce serait un certain Edwards qui aurait ouvert la première maison de café à Londres vers 1652, d'abord dans la George and Vulture Inn, puis en créant The Rosee's Head, dirigée par son jeune protégé turc. D'autres ne tardent pas à l'imiter, qui ouvrent la Rainbow Tavern à Temple Bar et la Garraway Coffee-House. Très vite, on reproche là aussi aux cafés d'être des repaires de la sédition. On vient y lire la London Gazette et y discuter de politique. Ils sont agrémentés par la présence de jeunes et avenantes serveuses, les Phyllies. Quant au premier club littéraire de la capitale, le Mermaid Club, avec William Shakespeare, John Donne, Ben Jonson, Francis Beaumont, John Fletcher, il se réunit à la Mermaid Tavern, près du théâtre du Globe, sous le règne d'Élisabeth Ire. Les partisans de Cromwell, après la mort de leur lord-protecteur, complotent au Coffee Club, logé au sein de la Turc's Head. Les hommes de lettres, eux, préfèrent se retrouver à la Tom's Coffee-House ou à la Red Cow, surnommée Wit's ou Will's. Samuel Pepys vient y écouter John Dryden et Alexander Pope fait partie des habitués. William Congreve y entraîne Jonathan Swift. Celui-ci fréquente d'autres endroits, comme la Bell Tavern, et il fonde le Scriblerus Club. Au siècle des Lumières, triomphe le Kit-Kat Club, où l'on rencontre Horace Walpole au milieu d'une brillante société de lettrés. Samuel Johnson crée lui aussi plusieurs clubs réputés, comme l'Ivy Club Lane, puis l'Essex Head Club et enfin le Literary Club, qui tient ses séances au Turc's Head. Le commerce du thé, la force commerciale des brasseurs et l'évolution des clubs en sociétés élitaires seront cause du déclin des cafés anglais au cours du xixe siècle.

Il semble que c'est en Italie qu'a été créée la première bottega di caffè. À Venise, la première maison de café est enregistrée en 1681, suivie aussitôt par plusieurs dizaines d'autres. Des mesures sont prises par le gouvernement de la sérénissime République pour en limiter le nombre. Mais ils sont vite devenus indispensables aux Vénitiens, qui peuvent y sacrifier à trois de leurs vices majeurs : le jeu, la luxure et l'oisiveté. Ils s'avèrent aussi l'expression d'un idéal de luxe et de raffinement qui s'allie au goût de la littérature. Ce dont témoigne la comédie de Carlo Goldoni, La Bottega del caffè. A la Venezia trionfante, rebaptisé Florian, exprime depuis 1720 l'esprit des Vénitiens, qui vivent la décadence avec une rare désinvolture et une élégance tout aristocratique. Les grandes cités de la [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Walter Gropius et Le Corbusier

Walter Gropius et Le Corbusier
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Blasco Ibáñez

Blasco Ibáñez
Crédits : Henry Guttmann/ Getty Images

photographie

Café Griensteidl, R. Völkel

Café Griensteidl, R. Völkel
Crédits : Erich Lessing/ AKG

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  CAFÉS LITTÉRAIRES  » est également traité dans :

FRANÇAISE LITTÉRATURE, XIXe s.

  • Écrit par 
  • Marie-Ève THÉRENTY
  •  • 7 788 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Littérature et société »  : […] La révolution industrielle , avec retard par rapport au Royaume-Uni, transforme en profondeur l’économie du pays entre la Restauration et le second Empire, comme le montrent les expositions universelles de 1855 et 1867 : les banques, les transports, les sites industriels connaissent un développement sans précédent qui touche aussi la presse, le monde des spectacles et l’édition (Louis Hachette o […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Gérard-Georges LEMAIRE, « CAFÉS LITTÉRAIRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cafes-litteraires/