BULGARIE

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Nom officielRépublique de Bulgarie (BG)
Chef de l'ÉtatRoumen Radev (depuis le 22 janvier 2017)
Chef du gouvernementStefan Yanev (par intérim depuis le 12 mai 2021)
CapitaleSofia
Langue officiellebulgare
Unité monétairelev (BGN)
Population6 896 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)111 036

La République de Bulgarie

Après une sortie du régime communiste et une transition vers l'économie libérale qui, durant la décennie 1990, se caractérisent par une évolution politique heurtée et une restructuration économique fort coûteuse socialement, la Bulgarie est admise dans l'OTAN le 29 mars 2004 et dans l'Union européenne le 1er janvier 2007. Ce processus d'intégration lui permet de prendre quelque distance à l'égard du voisin russe. Mais après une stabilisation économique voire politique toute relative, la crise économique mondiale de 2007-2008, l'omniprésente contrainte énergétique et la corruption sévissant dans les milieux politiques replongent ce pays dans de vives tensions sociales.

Les années 1990

Retour au pluralisme politique

La Bulgarie postcommuniste est confrontée à une certaine instabilité politique qui découle de la radicalité des transformations intervenues au sortir d'un demi-siècle de domination soviétique et d'hégémonie du Parti communiste bulgare (PCB) et s'explique de plusieurs manières.

Tout d'abord, l'instauration du pluripartisme est négociée à la hâte lors de la Table ronde de janvier 1990, soit trois mois après la chute du Mur de Berlin. Tout en permettant le retour des partis historiques (à commencer par le courant agrarien doté d'une solide implantation durant l'entre-deux-guerres), l'apparition de nouvelles formations (issues de la dissidence syndicale ou écologique) et la subite métamorphose du PCB en Parti socialiste (PSB), elle donne lieu d'emblée à une nette bipolarisation du champ politique. Celui-ci se trouve divisé entre, d'une part, les forces anticommunistes réunies au sein de l'Union des forces démocratiques (UFD), rassemblement disparate allant du syndicat Podkrepa aux différentes fractions de l'Union agrarienne populaire bulgare, et, d'autre part, un PSB de tradition russophile, fort de sa solide capacité locale d'encadrement et de sa maîtrise de l'appareil de sécurité intérieure.

Durant la décennie 1990, le clivage entre le PSB, doté d'une bonne implantation dans les campagnes, et l'UFD, surtout présente dans les grandes villes s'impose, a fortiori dans les scrutins municipaux. À ce jeu bipolaire s'adjoint un troisième acteur, le Mouvement pour les droits et les libertés (MDL), porte-parole, depuis sa création en 1989, de la minorité turque forte de six cent cinquante mille personnes, concentrée dans le centre-sud et dans le nord-est du pays et, dans une moindre mesure, de la communauté rom à laquelle 326 000 personnes ont revendiqué appartenir (recensement officiel, février 2011). Détenteur, selon les scrutins, de 18 à 25 sièges (sur un total de 240), le MDL apporte son soutien aux différentes majorités qui se succèdent et reste une force d'appoint souvent décisive.

Ce face-à-face se traduit, de 1990 à 2000, par une succession d'alternances ponctuées de crises gouvernementales ; alors que l'UFD ne prend pas la mesure des défis posés par cette transition inédite, le PSB feint de négocier un virage social-démocrate, gardant un mode de gouvernement autoritaire que ses adversaires politiques pratiquent à leur tour. À deux reprises, la Bulgarie connaît de curieuses cohabitations qui sont autant de sources de blocages : en 1994 d'abord, lorsque l'ancien dissident Jeliou Jelev, élu chef d'État en 1990 (puis réélu en 1992) doit composer avec le gouvernement de Jan Videnov, devenu le nouveau leader du PSB ; en 2001 ensuite, quand Gueorgi Parvanov (PSB), sorti victorieux de l'élection présidentielle en novembre, doit partager le pouvoir exécutif avec le Premier ministre libéral Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, revenu d'exil, qui a été nommé en juillet.

Une deuxième source d'instabilité est relative aux interactions d'intérêts entre la classe politique et la sphère économique, à la faveur des transferts massifs de propriété opérés vers le tout nouveau secteur privé. Les processus de restitution et de privatisation donnent ainsi lieu à un accaparement de la propriété publique via des procédures opaques (appels d'offres douteux, délits d'initiés) qui, à leur tour, favorisent la constitution de réseaux mafieux. La conversion à l'économie de marché d'une nomenklatura ayant eu la haute main sur les entreprises publiques et les centrales de commerce extérieur de l'époque socialiste bénéficie également à des nouveaux venus qui ont su tirer profit des pratiques clientélistes et appartiennent désormais à la minorité de « nouveaux riches ». La multiplication des scandales et des affaires de corruption provoque ainsi limogeages et démissions spectaculaires et, bien sûr, un profond ressentiment social qui ira grandissant.

La troisième raison renvoie à l'éprouvante transition économique qui s'est traduite par une baisse dramatique du niveau de vie de la population et l'apparition d'un chômage qui, au milieu des années 1990, touchera près de 20 p. 100 de la population active. Cette épreuve est d'autant plus durement ressentie qu'elle s'accompagne d'une distorsion impressionnante des revenus : désorienté, l'électorat va alors se caractériser par un abstentionnisme croissant.

Une transition économique et sociale douloureuse

Sortir d'un demi-siècle d'économie planifiée et d'intégration au Conseil d'aide économique mutuelle (CAEM, fondé en 1949 et disparu peu avant la dislocation de l'Union soviétique en 1991) avec lequel Sofia réalisait près de 75 p. 100 de ses échanges, provoque, comme pour les autres pays ex-socialistes de la région, une terrible récession, aggravée, en Bulgarie, par d'autres facteurs.

Bulgarie : la sortie du communisme

Photographie : Bulgarie : la sortie du communisme

Une file d'attente dans une boulangerie à Sofia au début des années 1990. Pour la Bulgarie, comme pour la Roumanie, la sortie du communisme aura été pénible. 

Crédits : Paula Bronstein/ The Image Bank/ Getty Images

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Ayant hérité de l'époque communiste d'une lourde dette extérieure de près de onze milliards de dollars, ce pays est l'objet d'un certain ostracisme de la part des milieux financiers internationaux. Le rééchelonnement de cette dette, majoritairement composée de crédits non garantis, est ardu à négocier et Sofia, à l'inverse de Varsovie, doit se plier à des conditions draconiennes. Doté de ressources naturelles peu importantes, le pays jouit d'une situation géographique, certes non dénuée d'atouts (ouverture sur la mer Noire, zone de passage entre l'Europe et l'Orient), mais qui l'expose aux conséquences du violent démembrement de la Fédération socialiste yougoslave.

Ainsi, l'économie bulgare, comme sa voisine roumaine, devait aussi subir les effets de l'embargo décrété par l'ONU en 1992-1993 à l'encontre de la Serbie de Slobodan Milošević, lui valant un important manque à gagner sur le plan commercial, un renforcement des réseaux de contrebande... et une réputation d'instabilité récurrente : la frilosité des investisseurs étrangers diffère alors d'autant ses chances de redémarrage et de modernisation.

Face à l'implosion de la Yougoslavie, Sofia s'efforce d'adopter une attitude modérée ; après avoir été l'une des premières à reconnaître, en 1992, l'indépendance de la Répu [...]

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Bulgarie : carte physique

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Bulgarie : drapeau

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Bulgarie, VIIe-XIIe siècle

Bulgarie, VIIe-XIIe siècle
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La Bulgarie depuis 1878

La Bulgarie depuis 1878
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'Institut national des langues et civilisations orientales, docteur ès lettres
  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Nanterre, journaliste scientifique
  • : docteur en histoire du xxe siècle de l'Institut d'études politiques, Paris, journaliste, membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée
  • : maître de conférences honoraire
  • : agrégé de l'Université, docteur en études slaves, docteur d'État, professeur de bulgare à l'Institut national des langues et civilisations orientales, directeur du Centre d'études balkaniques
  • : journaliste
  • : chargée de cours à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris-VIII, analyste-rédactrice aux éditions de la Documentation française
  • : professeur à l'Institut national des langues orientales vivantes

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Pour citer l’article

Roger BERNARD, André BLANC, Christophe CHICLET, Nadia CHRISTOPHOROV, Jack FEUILLET, Vladimir KOSTOV, Edith LHOMEL, Robert PHILIPPOT, « BULGARIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bulgarie/