VARSOVIE (PACTE DE)

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« Il y a aujourd'hui sur la terre deux grands peuples [...] les Russes et les Anglo-Américains [...] chacun d'eux semble appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde. » Cette prophétie d'une singulière lucidité que prononça Alexis de Tocqueville dans le contexte de politique internationale de 1835 préfigurait la bipolarisation du monde issue de la Seconde Guerre mondiale et la constitution de deux blocs militaires antagonistes : l'O.T.A.N. (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) et le pacte de Varsovie. Si l'habitude s'est établie de présenter le second comme symétrique du premier, l'homologie ne doit pas être généralisée. La politique extérieure de l'U.R.S.S., inspirée par un dessein de sécurité, s'est orientée selon une double direction : d'une part, la recherche systématique de la coexistence pacifique avec les pays occidentaux ; d'autre part, l'établissement d'une zone d'influence, groupant autour de l'U.R.S.S. des États socialistes appelés à jouer le rôle d'un « glacis » stratégique et économique. Le pacte de Varsovie est devenu, depuis sa conclusion le 14 mai 1955, l'instrument privilégié de cette politique. Organisation de défense du camp socialiste, il se distinguait de l'O.T.A.N. par son origine, par son organisation, par son fonctionnement et par sa politique.

1945 à 1962. La décolonisation

Vidéo : 1945 à 1962. La décolonisation

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À la suite de l'effondrement du bloc socialiste, sa structure militaire puis sa structure politique ont été dissoutes, respectivement en février et en juillet 1991.

Origine : le problème allemand

Le réarmement de l'Allemagne a représenté pour l'U.R.S.S., à partir de 1945, un danger majeur, celui de voir aux portes du monde socialiste un peuple qu'elle qualifiait de « revanchard » et qui faisait, selon Moscou, planer de nouveau sur l'Europe la menace de la guerre totale. Il convenait donc d'organiser la défense de l'Europe de l'Est à l'égard d'une éventuelle agression de l'Allemagne occidentale.

Les accords de Paris

Le pacte signé à Varsovie le 14 mai 1955 constituait la réplique du camp socialiste aux accords de Paris en 1954, qui ouvraient les portes de l'O.T.A.N. à la république fédérale d'Allemagne.

Pour l'U.R.S.S., le but des accords de Paris était de lever les obstacles qui se dressaient sur la voie de l'accroissement du potentiel militaire ouest-allemand ; elle se souvenait en effet de l'utilisation que l'Allemagne avait faite de ses forces militaires durant deux guerres mondiales.

Le gouvernement soviétique avait protesté, par une note diplomatique, contre ces accords et proposé la réunion, à Moscou, d'une conférence groupant tous les États européens pour élaborer un système de sécurité collective. Les Occidentaux ayant refusé d'y participer, elle se tint sans eux à Moscou du 25 novembre au 2 décembre 1954. Les diverses démarches de l'U.R.S.S. en vue d'empêcher la ratification des accords de Paris furent vaines. Les Soviétiques devaient donc agir en deux temps : d'une part, le Soviet suprême décréta l'abrogation des traités anglo-soviétique de 1942 et franco-soviétique de 1944 ; d'autre part, le gouvernement russe organisa une réunion des démocraties populaires à Varsovie, le 11 mai 1955, quelques jours après la ratification des accords de Paris.

Devant la Conférence, Nikolaï Boulganine devait déclarer que désormais les traités bilatéraux d'amitié et d'assistance mutuelle entre les États socialistes devenaient insuffisants pour garantir la paix et que de nouvelles mesures multilatérales s'imposaient. Le pacte de Varsovie, signé quelques jours plus tard, devait permettre leur mise en œuvre. Son préambule rappelait que l'accord s'était fait compte tenu de la situation créée en Europe à la suite de la ratification des accords de Paris. La participation de l'Allemagne occidentale en voie de remilitarisation à l'Union de l'Europe occidentale et son intégration au bloc nord-atlantique augmentaient le danger d'une nouvelle guerre et créaient une menace pour la sécurité des États socialistes : dès lors devait s'organiser la légitime défense préventive.

La sécurité collective régionale

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les organisations internationales de défense et de sécurité se sont multipliées : O.T.A.N., pacte de Bagdad et Central Treaty Organization (Cento), pacte de Rio, Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (O.T.A.S.E.), Traité d'assistance mutuelle Australie-Nouvelle-Zélande (A.N.Z.U.S.), par exemple. Ces organisations, qui ont toutes une compétence régionale, ont un degré d'intégration et une efficacité variables ; les États-Unis participent à un grand nombre d'entre elles.

Le pacte de Varsovie organisait la défense de l'Europe de l'Est. Selon l'article 4 : « En cas d'agression armée en Europe contre un ou plusieurs des États signataires du traité, de la part d'un État quelconque ou d'un groupe d'États, chaque État signataire du traité exerçant son droit à l'autodéfense individuelle ou collective, conformément à l'article 51 de la Charte de l'Organisation des Nations unies, accordera à l'État ou aux États victimes d'une telle agression une assistance immédiate, individuellement ou par entente avec les autres États signataires du traité par tous les moyens qui lui sembleront nécessaires, y compris l'emploi de la force armée. » Par ailleurs, les parties contractantes s'engageaient à prendre les autres mesures concertées nécessaires pour consolider leur capacité défensive, « de façon à protéger le travail pacifique de leurs peuples, à garantir l'intégrité de leurs frontières et territoires et à assurer la défense contre toute agression éventuelle » (art. 5).

La mise en œuvre de ces engagements aurait pu être assurée dans le cadre des accords bilatéraux conclus entre les pays socialistes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La standardisation des forces armées qui existait depuis 1952 constituait déjà un facteur de coordination efficace, mais de nouvelles perspectives de développement s'ouvraient par la création d'une organisation fortement structurée.

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Pour citer l’article

Mario BETTATI, « VARSOVIE (PACTE DE) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/varsovie-pacte-de/