TAVERNIER BERTRAND (1941- )

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La question morale

Sujet contemporain autant qu’universel, le désir d’enfant pousse à des démarches inédites, alors que le gouffre ne cesse de se creuser entre pays riches et pays pauvres. Holy Lola (2004) conte l’odyssée – le mot n’est pas trop fort – d’un couple de Français qui cherche à adopter un enfant au Cambodge. Le film, très documenté, fourmille de détails vrais et émouvants et doit beaucoup à l’interprétation d’une grande justesse, sans sensiblerie inutile, d’Isabelle Carré et Jacques Gamblin. Son intérêt principal ne réside pas dans la dénonciation de ceux que la détresse pousse à exploiter la situation mais plutôt dans la description des effets de cette situation sur les « riches » demandeurs, dont le couple central. Le dilemme devient progressivement moral : jusqu’où peut aller leur désir, par exemple face à un enfant volé ?

La question morale pourrait être également le moteur de Dans la brume électrique (2009). L’inspecteur Robicheaux (Tommy Lee Jones) enquête dans les bayous de Louisiane sur d’atroces meurtres de jeunes femmes. Dans son esprit, cette violence en rejoint une autre, l’assassinat à caractère raciste dont il a été le témoin impuissant trente-cinq ans plus tôt. L’interrogation morale ne porte pas sur les moyens, à l’évidence déontologiquement inacceptables, dont use Robicheaux, mais sur son incapacité névrotique à admettre qu’il cherche à faire payer au meurtrier le sentiment de culpabilité qui le ronge pour ce meurtre dont il ne fut pourtant que le témoin. Ce film américain, adapté d’un roman de James Lee Burke, souffre en partie des conflits qui ont opposé le réalisateur au producteur. La version director, diffusée en dehors des États-Unis est parfois saisissante mais alourdie par une construction complexe, mêlant présent et souvenir, enquête et tournage d’un film, mythologie du bayou et guerre de Sécession.

Si le problème moral demeure avec La Princesse de Montpensier (2010), d’après une nouvelle de Madame de La Fayette écrite en 1662, Bertrand Tavernier évite le piège de la réflexion désincarnée. Il inscrit fortement ses personnages da [...]


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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « TAVERNIER BERTRAND (1941- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/bertrand-tavernier/