BANGLADESH

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Nom officielRépublique populaire du Bangladesh (BD)
Chef de l'ÉtatAbdul Hamid (par intérim depuis le 20 mars 2013, élu le 22 avril 2013)
Chef du gouvernementHasina Wajed (depuis le 6 janvier 2009)
CapitaleDhaka ou Dacca
Langue officiellebengali
Unité monétairetaka (BDT)
Population170 371 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)147 570

Le Bangladesh depuis l’indépendance

La formation du nouvel État (1971-1975)

Tandis que Mujibur Rahman est emprisonné au Pakistan pour trahison à partir de mars 1971, le jeune officier Ziaur Rahman (plus connu sous le nom de Zia) proclame officiellement l’indépendance du Bangladesh le 27 mars 1971. Icône du mouvement indépendantiste et chef de la Ligue Awami, le cheikh Mujibur Rahman est désigné président du nouvel État. Une sanglante guerre civile éclate alors entre Pakistanais et Bangladais, provoquant le départ de 10 millions de personnes en Inde, le viol de 200 000 femmes et la mort de 1 million de Bangladais. En décembre 1971, les troupes pakistanaises sont finalement défaites par la guérilla du Bengale oriental, aidée par l’intervention de l’armée indienne. Le Pakistan ne reconnaît le Bangladesh qu’en 1974, et les relations diplomatiques entre les deux États sont marquées par ce douloureux passé commun, bien qu’une nette amélioration ait été observée dans les années 2010. Le Bangladesh réclame cependant toujours la reconnaissance du génocide orchestré par l’armée pakistanaise lors de la guerre d’indépendance.

Mujibur Rahman, 1972

Photographie : Mujibur Rahman, 1972

Le leader indépendantiste bengali Mujibur Rahman fut le premier président de la République populaire du Bangladesh (de mars 1971 à avril 1972). 

Crédits : Hulton-Deutsch/ Hulton-Deutsch Collection/ Corbis Historical/ Getty Images

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Dès la fin de la guerre, Mujibur Rahman (appelé Mujib) est libéré. Il renonce au titre de président de la République populaire du Bangladesh pour prendre le poste de Premier ministre dès janvier 1972. Mais Mujib, qui doit relever de nombreux défis, fait rapidement preuve d’un manque d’autorité politique pourtant nécessaire à la construction d’une véritable unité nationale. Ayant rassemblé un large soutien populaire lors de la lutte pour l’indépendance, il se révèle incapable, une fois au gouvernement, de concilier les intérêts divergents des différentes classes sociales. Le gouvernement se retranche alors derrière ses intérêts partisans, lesquels sont davantage ceux d’une classe moyenne provinciale, éduquée, occidentalisée et laïque, qui forme la base du soutien électoral de la Ligue Awami au pouvoir.

Une nouvelle Constitution est adoptée en 1972, transformant le pays en une démocratie parlementaire fondée sur quatre principes essentiels : le nationalisme, la démocratie, le socialisme et le sécularisme. En pleine guerre froide, Mujib prône également une politique de non-alignement dans les affaires étrangères, tout en défendant sur le plan national une vision socialiste. De vastes plans de nationalisation sont lancés, empêchant l’émergence d’une classe capitaliste, et les investissements étrangers sont fortement limités. Le gouvernement est accusé de saper la croissance économique du pays.

En 1974, l’économie nationale s’effondre, tandis que le pays subit de fortes inondations qui provoquent une famine causant la mort de plus de 1,5 million de personnes. De plus en plus impopulaire, Mujib répond par un autoritarisme croissant : en décrétant l’état d’urgence, il met fin aux promesses d’un État démocratique respectueux des libertés. En août 1975, à la suite d’un coup d’État, Mujib et une partie de sa famille sont assassinés.

Les espoirs avortés du gouvernement de Zia (1976-1981) 

La mort de Mujib provoque un chaos politique, ponctué de coups d’État, jusqu’à l’arrivée au pouvoir, en 1976, du général Ziaur Rahman, second héros de l’indépendance. Le nouveau gouvernement, encouragé par la Banque mondiale, engage le pays sur la voie du capitalisme libéral, en privatisant les entreprises et en levant les restrictions aux investissements extérieurs. Ce revirement économique relance la croissance, favorisée par l’arrivée massive de l’aide internationale.

Soutenu par l’armée, le président Zia prend cependant conscience de la nécessité d’une ouverture démocratique pour mieux asseoir sa légitimité politique. Il réinstaure un régime parlementaire en 1978 afin de permettre la tenue d’élections libres et pluralistes. Il crée son propre parti politique, le Parti nationaliste du Bangladesh (Bangladesh Nationalist Party, B.N.P.), qui remporte largement les deuxièmes élections législatives du pays organisées en février 1979. Entre-temps, le président Zia réaffirme l’identité bengalie musulmane en inscrivant l’islam dans la Constitution de 1977, rompant ainsi avec le principe de laïcité défendu par son prédécesseur. De même, en matière de politique étrangère, alors que Mujib s’était rapproché de l’Union soviétique et de l’Inde, Zia renforce les relations diplomatiques et commerciales avec les États-Unis et les pays du Golfe.

Le gouvernement de Zia doit également faire face, à partir de 1978, à un conflit diplomatique avec la Birmanie – lequel n’est toujours pas réglé –, autour de la question des Rohingya. Les persécutions du gouvernement birman contre cette minorité musulmane provoquent un afflux massif de réfugiés au Bangladesh. Le gouvernement bangladais, qui développe alors une stratégie de rapatriement forcé déguisé (en programmant volontairement la dégradation des conditions de vie dans les camps) est alors accusé par la communauté internationale de violations des normes internationales en matière de droit des réfugiés.

Toutefois, le président Zia jouit d’une forte popularité, malgré l’autoritarisme dont il fait preuve. Mais, en 1981, l’économie nationale s’effondre à nouveau. Victime de vingt coups d’État depuis qu’il est au pouvoir, il est finalement assassiné par des dissidents de l’armée en mai 1981.

La dictature militaire du général Ershad (1982-1990)

Après un bref intermède, un nouveau coup d’État, en mars 1982, installe au pouvoir le général Mohammed Ershad, qui réinstaure la loi martiale. S’appuyant sur l’armée à laquelle il accorde des avantages, il poursuit les privatisations menées par son prédécesseur afin de relancer l’économie. Mais cette dernière est minée par plusieurs catastrophes naturelles (inondations en 1984, cyclone en 1985, mousson dévastatrice en 1988) qui frappent le pays.

Le général Ershad tente de légitimer son pouvoir en organisant des élections. Il fonde son propre parti, le Jatiya, et remporte les élections de 1986. Il restaure la Constitution qui promeut l’islam en religion d’État. Mais le régime militaire s’essouffle devant la popularité croissante de deux figures de l’opposition : la veuve du général Zia, Khaleda Zia, désormais à la tête du B.N.P., et la fille de Mujib, Hasina Wajed, qui dirige la Ligue Awami, lesquelles deviennent des alternatives démocratiques aux yeux de l’opinion publique. Ainsi, à partir de 1987, se forme un vaste mouvement populaire pacifique, le Gono Andolon (Mouvement du peuple). Sous la pression conjointe de la rue et de la communauté internationale qui menace de suspendre son aide financière, le général Ershad démissionne en décembre 1990.

L’expérience de l’alternance démocratique (1990- [...]

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Bangladesh : drapeau

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Plage de Cox's Bazar, Bangladesh

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Fleuve au Bangladesh

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Érosion fluviale au Bangladesh

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Écrit par :

  • : doctorante en science politique et relations internationales à SciencesPo Paris et au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), chercheuse invitée à l'International Centre for Climate Change Adaptation and Development (ICCCAD) Independent University, Dhaka, Bangladesh

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Pour citer l’article

Alice BAILLAT, « BANGLADESH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bangladesh/