BHUTTO ZULFIKAR ALI (1928-1979)

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Né dans le Sind, Zulfikar Ali Bhutto fait partie d'une des familles les plus fortunées du Pakistan. Son père fut ministre du gouvernement impérial. Après des études en Angleterre et aux États-Unis, Bhutto ouvre un cabinet d'avocat à Karachi en 1953, puis enseigne le droit constitutionnel au Collège de droit islamique de l'État de Sind. Lié à Ayyūb khān, commandant en chef de l'armée pakistanaise, il entre au gouvernement après le coup d'État réussi par ce dernier en 1957, et occupe divers postes ministériels (Commerce, Information, Reconstruction nationale...). Il accomplit plusieurs missions diplomatiques et commerciales à l'étranger. Aussi est-il appelé à remplacer Mohammed Ali au ministère des Affaires étrangères en 1962. À ce titre, il règle le contentieux frontalier entre la Chine et le Pakistan. Quoique lié à la Ligue musulmane, il s'écarte peu à peu de la ligne pro-américaine d'Ayyūb khān et prône un rapprochement avec la Chine populaire dans laquelle il voit l'allié naturel du Pakistan contre l'Inde. Lors de la guerre indo-pakistanaise dans la région du Cachemire (1965), les États-Unis cessent leur aide militaire au Pakistan et conjurent Ayyūb khān de s'entendre avec l'Inde, elle-même appuyée par l'U.R.S.S. Bhutto dénonce ouvertement l'accord conclu par Ayyūb khān en janvier 1966, l'accusant de vendre le Pakistan aux États-Unis. C'est la rupture entre Ayyūb et son ministre des Affaires étrangères. Celui-ci crée alors le Parti populaire pakistanais, de tendance gauche modérée, qui mène l'opposition au régime militaire d'Ayyūb puis de Yaḥyā khān. En 1970, le parti de Bhutto sort vainqueur des élections au Pakistan occidental.

Mais la Ligue Awami, qui a enlevé les élections dans la partie orientale du pays, revendique l'autonomie du Bangladesh. Le refus de Yaḥyā khān d'y souscrire débouche sur une répression sanglante de la population, l'intervention de l'armée indienne et finalement la sécession. Bhutto est alors rappelé par Yaḥyā khān ; ce ne sera pas suffisant. L'effondrement de l'armée pakistanaise, le discrédit dans lequel sont tombés les dirigeants militaires font apparaître Bhutto comme l'homme providentiel, seul capable de sauver le Pakistan.

Au moment d'entrer dans ses fonctions de président (déc. 1971), il présente son programme au pays, paraphrasant le premier chapitre de la Genèse : « Il nous faudra bâtir encore un nouveau monde et un nouveau pays. » En politique extérieure, tout en restant fidèle à l'alliance avec la Chine, il s'oriente vers une normalisation progressive des rapports avec le Bangladesh qu'il reconnaîtra en 1974. À l'intérieur, il s'est fixé pour tâche la reconstruction de l'économie pakistanaise, durement touchée par la perte de la partie orientale, mais il doit faire face à de graves problèmes sociaux et à la question explosive des nationalités.

En 1973, il lève la loi martiale et fait adopter la troisième Constitution, en vertu de laquelle il est nommé Premier ministre à l'issue des élections d'août 1973. « Islam, démocratie, socialisme » sont les mots d'ordre du nouveau régime. À l'intérieur, il mate les révoltes pachtounes et baloutches dans l'est du pays. Dans le même temps, il abolit le régime féodal, ébauche une réforme agraire, nationalise quelques banques et industries. Malgré sa victoire aux élections de 1977, il ne peut enrayer la montée des mécontentements qui aboutit le 5 juillet 1977 au coup d'État militaire du général Zia ul Haq. L'assassinat du père d'un de ses opposants, Ahmed Reza Kasuri, en 1974, auquel on le soupçonne d'avoir participé, entraîne sa condamnation à mort en 1978, suivie un an plus tard de sa pendaison.

Ali Bhutto, 1977

Photographie : Ali Bhutto, 1977

Le Premier ministre pakistanais, Zulfikar Ali Bhutto, en 1977, l'année du coup d'État militaire qui mit fin à la démocratie parlementaire. 

Crédits : Hulton Getty

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Zia Ul Haq, 1980

Photographie : Zia Ul Haq, 1980

Le président pakistanais Mohammed Zia Ul Haq, lors d'une conférence des ministres des Affaires étrangères islamiques à Peshawar, en 1980, pour discuter de la récente intervention soviétique en Afghanistan. 

Crédits : Central Press/ Hulton Archive/ Getty Images

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Ali Bhutto, 1977

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Yvan BARBÉ, « BHUTTO ZULFIKAR ALI - (1928-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/zulfikar-ali-bhutto/