APICULTURE

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Dès la Préhistoire, l'homme a exploité des capacités de l'abeille Apis mellifera L. à produire du miel à partir du nectar de fleurs, ce qui a permis le développement d'une véritable domestication de l'abeille à partir du xviiie siècle en Europe. On peut définir l'apiculture comme l'art d'élever les abeilles en vue, principalement, de la récolte du miel et de la cire. D'autres produits, comme la gelée royale et la propolis, sont aussi exploités. L'apiculteur fournit à la colonie un logement approprié : la ruche. Les ruches regroupées dans un même endroit constituent le rucher. L'apiculture est pratiquée par des apiculteurs professionnels, qui exploitent de cinq cents à trois mille ruches, ainsi que par de très nombreux amateurs pour lesquels cette activité constitue soit une distraction, soit un revenu complémentaire. On compte, en France, environ un million de ruches qui produisent entre 8 000 et 15 000 tonnes de miel par an.

L'apiculture moderne nécessite une grande technicité et de nombreuses interventions de l'apiculteur sur ses ruches, afin d'agrandir ou de réduire à volonté le volume dont disposent les abeilles, d'examiner tous les rayons sans perturber la colonie, de fabriquer artificiellement des essaims, de remplacer les reines âgées ou déficientes, d'extraire le miel par centrifugation sans détruire les rayons, d'agir efficacement sur le développement de la colonie, de déplacer les ruches d'une zone à une autre pour une meilleure utilisation des ressources mellifères. L'apiculteur peut aussi pratiquer la délicate opération d'élevage des reines et la sélection des souches les plus productives, l'apiculture transhumante – qui consiste à déplacer les ruches en fonction de la floraison de certaines plantes pour obtenir des miels spécifiques –, le contrôle de l'essaimage naturel, les apports de nourriture destinés à accélérer le développement des colonies.

Abeilles

Photographie : Abeilles

Essaim d'abeilles. 

Crédits : David J Sams, Getty Images

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Dans les années 1980, on a mis en évidence le rôle essentiel des abeilles dans la pollinisation de nombreuses plantes cultivées, ces insectes assurant le transfert des grains de pollen (éléments mâles) jusqu'aux organes femelles de la plante. Les abeilles peuvent être exploitées pour cette unique fonction, l'apiculteur louant alors des ruches aux agriculteurs sans en récolter nécessairement le miel. Ces services rendus à l'agriculture représentent plus de dix fois la valeur du miel produit. Les insectes pollinisateurs interviennent également dans la reproduction de plantes sauvages et jouent un rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité végétale.

Tout cela a conduit à une prise de conscience, dans les années 1990, de la nécessité de protéger les populations de pollinisateurs, domestiques ou sauvages, particulièrement menacées par la modification des agro-écosystèmes et les pratiques agricoles. Ainsi, la destruction des habitats naturels par l'urbanisation, le développement des surfaces cultivées et la baisse de la diversité botanique qui s'ensuit, la réduction des jachères ou encore le remembrement accompagné de la suppression de haies refuges sont autant d'éléments qui modifient le paysage végétal et qui peuvent avoir, à des degrés divers, des conséquences sur les populations d'insectes.

De plus, les techniques actuelles de protection des cultures reposent essentiellement sur l'utilisation de pesticides chimiques. Pour les produits phytosanitaires, en particulier les insecticides qui sont appliqués sur les cultures par voie aérienne, un cadre réglementaire, basé sur des méthodes d'évaluation des risques, a été mis au point dans les années 1950. Les tests permettent de mesurer la toxicité sur les abeilles, dans le cas où la firme souhaite utiliser le produit au cours de la floraison de la culture ou en période d'exsudation de miellat par les pucerons, c'est-à-dire au moment où les butineuses visitent les plantes et sont donc le plus susceptibles d'être contaminées. Les principales étapes d'évaluation des risques écotoxicologiques pour l'abeille comprennent des essais de toxicité aiguë qui permettent le calcul d'une valeur de référence, la dose létale 50 p. 100 (DL50, la dose de produit qui entraîne 50 p. 100 de mortalité à court terme), et des expérimentations sous cages ou sous tunnels offrant des conditions plus proches d'une situation agronomique. On prend en compte principalement la mortalité aiguë, mais il est également prévu, si nécessaire, de rechercher des effets indirects qui recouvrent des intoxications par des produits systémiques (présents dans les tissus de la plante au cours de son développement, comme c'est le cas, par exemple, de l'insecticide Gaucho, appliqué sur les semences de tournesol et qui migre dans la plante au cours de son développement ; ce produit étant soupçonné d'être responsable de mortalités inhabituelles d'abeilles dans certaines régions françaises depuis 1994), des effets létaux différés sur adultes ou sur larves, et des altérations du comportement. Toutefois, les recommandations concernant l'étude d'éventuels effets comportementaux sont peu précises et il n'existe encore aucun test validé pour l'évaluation d'effets de pesticides sur le comportement des insectes utiles comme les abeilles.

Les recherches en biotechnologie végétale proposent, comme alternative à l'application de pesticides chimiques, l'utilisation de plantes génétiquement modifiées, présentant une résistance aux insectes grâce à l'introduction de gènes codant pour des protéines insecticides. Comme pour les insecticides chimiques, il est nécessaire d'évaluer au préalable les risques d'exposition des abeilles à ces molécules et les effets qui en résultent. Aucun cadre réglementaire d'évaluation de la toxicité des plantes génétiquement modifiées vis-à-vis des abeilles n'a pour le moment été mis en place bien que les risques occasionnés présentent quelques similitudes avec les effets des produits phytosanitaires.

Malgré les moyens de contrôle de l'écotoxicité de molécules chimiques, les abeilles restent menacées par les changements environnementaux qui sont parfois difficiles à caractériser. La menace qui pèse sur elles est bien réelle, comme le rappellent les disparitions de colonies entières observées notamment aux États-Unis en 2007 (colony collapse disorder : « syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles »). L'origine de ce phénomène reste encore indéterminée, et plusieurs facteurs (effets inconnus des O.G.M., parasites, prédateurs, virus, ainsi qu'émissions d'ondes électromagnétiques émises par les téléphones port [...]

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Minh-Hà PHAM-DELÈGUE, « APICULTURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/apiculture/