ANGLAIS (ART ET CULTURE)Architecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Inigo Jones et sir Christopher Wren : l'affirmation d'un style national sous les Stuart (1603-1714)

C'est au cours d'une période qui verra le règne des Stuart interrompu par deux révolutions et par la République de Cromwell que va se définir un nouveau style architectural, profondément marqué par le classicisme. Si l'Angleterre connaissait depuis longtemps la grammaire classique de l'architecture, grâce en particulier au livre de John Shute, The First and Chief Grounds of Architecture, paraphrase associant Vitruve, Alberti et Serlio (1563), elle était restée relativement à l'écart du grand courant de la Renaissance internationale. Il revint à Inigo Jones (1573-1652), premier architecte anglais au sens moderne du terme, de révéler à son pays toute la richesse et la subtilité d'un langage véritablement neuf pour elle. Jones, qui fut d'abord peintre, mais surtout l'ordonnateur de somptueuses fêtes à la cour, fit deux voyages en Italie. Lors du second (1613), il put étudier longuement les œuvres de Palladio dont il rencontra le disciple Scamozzi. Lorsqu'il reçut la charge de surintendant des Bâtiments royaux, il sut imposer un style à la fois sobre et savant qui apparaît d'emblée à Queen's House à Greenwich (1616), où il adapte pour la première fois le modèle palladien de la villa à l'usage britannique : dépouillement et clarté des volumes extérieurs, richesse de l'ornementation intérieure. Le Banqueting Hall de Whitehall emprunte ses effets plastiques aux façades des palais vicentins. À Covent Garden (1631-1638), où il entoure une place de grandes demeures dignes et dépouillées construites au-dessus d'un rez-de-chaussée à arcades, Jones conçoit le premier square londonien bâti sur plan ordonnancé. Mais le palladianisme de Jones était trop exclusivement lié à une monarchie isolée de la nation pour connaître une réelle diffusion, en dehors du cercle restreint de la Cour. Son disciple John Webb sera le seul architecte à reprendre la leçon palladienne.

Queen's House, Greenwich

Photographie : Queen's House, Greenwich

Queen's House, Greenwich (environs de Londres). Architecte : Inigo Jones. 

Crédits : John Bethell/ Bridgeman Images

Afficher

Il faut noter qu'à côté de l'architecture officielle, prompte à assimiler les modèles italiens, l'architecture civile, au service d'une bourgeoisie dont la fortune repose sur la réussite commerciale, reste pour longtemps influencée par les modèles hollandais (dominante de la brique, maisons à pignon). Le paradoxe de la carrière de Christopher Wren (1632-1723) est que ce savant de la Royal Society, féru de mathématiques et de physique, professeur d'astronomie, n'ait reçu aucune formation en matière d'architecture. Or il incarne la figure moderne de l'architecte-démiurge, à la fois inspecteur des travaux, dessinateur, ingénieur, homme d'affaires et coordinateur d'une armée d'ouvriers. Après le grand incendie de septembre 1666 au cours duquel Londres fut presque totalement détruit, le roi Charles II nomma une commission d'experts dont Wren faisait partie. Trois ans plus tard, il reçut la charge de surintendant général qu'il conserva près de quarante ans. Il ne quitta l'Angleterre qu'une seule fois pour se rendre à Paris où il visita les églises qui s'y élevaient alors (la Sorbonne, le Val-de-Grâce), et put voir les modèles de Bernin pour le Louvre. Wren s'intéressa à l'urbanisme londonien, proposant de remodeler entièrement la structure de la ville à partir d'un plan associant un quadrillage régulateur et une série de places rayonnantes, solution trop moderne qui se heurta à la résistance des habitants et aux problèmes posés par la propriété foncière. Son intervention reste cependant capitale dans le paysage londonien puisqu'on lui doit la construction de la cathédrale St. Paul et de plus de cinquante églises. À St. Lawrence Jewry, St. Mary the Bow, St. Clement Dane, Wren se livre à un véritable travail de laboratoire, épuisant toute la variété des plans centraux caractéristiques de la Renaissance et des plans longitudinaux hérités de la tradition gothique, esquissant aussi d'intéressantes synthèses. Il enrichit ainsi l'architecture anglaise d'une foule de variations ingénieuses où des solutions constructives nouvelles sont mises au service d'expériences spatiales inédites. St. Paul, dont la construction a une histoire longue et complexe (1675-1710), résulte d'un compromis monumental entre une str [...]

Cathédrale Saint-Paul, à Londres

Photographie : Cathédrale Saint-Paul, à Londres

Vue aérienne de la cathédrale Saint-Paul, à Londres, œuvre de Christopher Wren. 

Crédits : English Heritage/ Heritage Images/ Getty Images

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Eastnor Castle

Eastnor Castle
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Cathédrale de Hereford

Cathédrale de Hereford
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Cathédrale de Hereford, la nef

Cathédrale de Hereford, la nef
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Knebworth House

Knebworth House
Crédits : John Bethell/ Bridgeman Images

photographie

Afficher les 30 médias de l'article


Écrit par :

  • : ingénieur au C.N.R.S., enseignante à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles

Classification

Autres références

«  ANGLAIS ART ET CULTURE  » est également traité dans :

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Barthélémy JOBERT
  •  • 1 108 mots

Il est significatif que les deux ouvrages les plus importants consacrés au particularisme marqué de l'art anglais, à son caractère unique au sein de l'histoire de l'art occidental, et en tout cas les premiers à poser délibérément cette question et à en faire l'objet principal de leur réflexion, L'« Anglicité » de l'art anglais et Les Antécédents idéologiques de l […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Langue

  • Écrit par 
  • Guy Jean FORGUE, 
  • Hans KURATH
  •  • 6 441 mots
  •  • 2 médias

L'anglais est une langue germanique qui, par sa structure, appartient à la catégorie des langues indo-européennes. Il est étroitement apparenté au frison, au hollandais, au bas allemand qui, avec le haut allemand, constituent le groupe occidental des langues germaniques.Importé dans les îles Britanniques dès le ve siècle par les envahisseurs venus du […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

  • Écrit par 
  • Elisabeth ANGEL-PEREZ, 
  • Jacques DARRAS, 
  • Jean GATTÉGNO, 
  • Vanessa GUIGNERY, 
  • Christine JORDIS, 
  • Ann LECERCLE, 
  • Mario PRAZ
  •  • 28 339 mots
  •  • 28 médias

Toute histoire littéraire sous-entend une perspective et la perspective a rapport au temps présent, le passé étant vu en fonction de problèmes contemporains ; ainsi, maint écrivain dont le nom est consacré dans le panthéon des célébrités peut se trouver aujourd'hui ou demain dans la situation de la semence qui tombe sur le basalte. Si l'on conçoit l'histoire littéraire comme dynamique et non plus […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Peinture

  • Écrit par 
  • Jacques CARRÉ, 
  • Barthélémy JOBERT
  •  • 8 177 mots
  •  • 13 médias

La peinture anglaise est souvent évoquée avec condescendance de ce côté-ci de la Manche – quand elle n'est pas complètement ignorée. On y discerne seulement, entre deux abîmes de médiocrité, un bref « âge d'or » allant de 1750 à 1850 et culminant avec Turner. Pour comprendre comment cette présentation caricaturale a pu longtemps être crédible, il faut aborder de front le reproche habituel fait à l […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Aquarelle

  • Écrit par 
  • Jacques CARRÉ
  •  • 3 838 mots
  •  • 2 médias

Dupremier voyage de John Robert Cozens en Italie en 1776 à la mort de Turner en 1851, l'Angleterre a connu un âge d'or de l'aquarelle. Cette technique picturale, auparavant réservée au dessin topographique et architectural, a brusquement connu la faveur des artistes et de leurs clients au moment où les voyage […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Sculpture

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
  •  • 2 368 mots
  •  • 4 médias

La « sculpture anglaise » existe-t-elle vraiment ? Si l'on a évidemment pratiqué de tout temps la sculpture en Angleterre, l'expression ne prend corps qu'à l'âge contemporain avec l'invention de la sculpture moderne. Le xxe siècle est en effet marqué par une véritable effervescence de la création sculpturale en Angleterre, phénomène qui a été analysé […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Musique

  • Écrit par 
  • Jacques MICHON
  • , Universalis
  •  • 6 932 mots
  •  • 8 médias

Les arts sont les témoins des civilisations et sont, comme elles, largement façonnés par le contexte géographique et historique qui les voit naître et se développer. La musique anglaise n'échappe pas à cette loi.Protégée de l'influence immédiate de ses voisins les plus proches par l'existence entre elle et eux d'un bras de mer, c'est en son propre terroir qu […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Cinéma

  • Écrit par 
  • N.T. BINH
  •  • 3 487 mots
  •  • 4 médias

Depuis ses origines, le cinéma britannique s'épanouit dans la contradiction – un peu comme l'humour anglais, que l'on caractérise comme conformiste d'un côté, iconoclaste de l'autre. On le déclare périodiquement « fini » pour mieux parler de ses « renaissances » ; les généralisations sont tentantes, souvent réductrices, parfois abusives, car à bien des égards, cette cinématographie reste déroutant […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Monique MOSSER, « ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Architecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anglais-art-et-culture-architecture/