ALCOOLISME

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Le mot alcoolisme désigne tout à la fois les manifestations individuelles de l'intoxication par l'alcool éthylique et les problèmes sociaux que posent à la collectivité – qui doit les gérer – les phénomènes psychologiques, pathologiques et accidentologiques résultant de cette intoxication. Cette ambiguïté n'est pas sans avoir une large incidence sur la charge sociale que représentent les maladies somatiques et psychiques liées à la dépendance envers l'alcool et sur leurs conséquences en matière de santé publique, d'accidents de la circulation, d'accidents du travail, de délinquance et de criminalité. Cet immense gaspillage social ne peut être compensé par les taxes sur la consommation des boissons alcoolisées.

À quoi tient ce décalage ? Au fait que l'alcool, composant de boissons très anciennement connues et attestées par l'histoire, peut passer pour un aliment mais qu’il est aussi l’un des psychotropes les plus banalisés. Puisque presque tous les peuples absorbent, en plus de leur alimentation, quelques substances à effet psychotrope, on comprend pourquoi l'alcool est largement consommé à travers le monde. À en juger par les strictes définitions des pharmacologues, il serait l'une des moins dangereuses de ces substances.

En réalité, le caractère alimentaire des boissons alcoolisées n’est vérifié qu’au-dessous d’un taux de consommation très faible, au-delà duquel s’ouvre le domaine de l’intoxication. Si la physiologie peut distinguer les effets psychotropes (désinhibant, euphorisant, dépresseur) des apports nutritifs d’une boisson, la personne qui absorbe un tel produit ne peut faire cette distinction. Cette discordance entre le jugement du physiologiste et la perception du consommateur doit être rappelée avant toute étude de la biologie de l'alcool dans l'organisme, et prise en compte dans toute approche du risque alcool pour la société.

Aspects biologiques

Le degré alcoolique mesure le pourcentage en volume d'alcool d'une boisson. Ainsi dans un litre de vin à 12 degrés, il y a 12 p. 100 d'alcool pur soit 0,12 litre ou 0,12× 0,8 = 96 g d'alcool, 0,8 étant la densité de celui-ci.

À des doses inférieures à 2 g/kg/24 h sur l'animal sain normalement nourri et non accoutumé, l'éthanol est oxydé préférentiellement à une vitesse constante et limitée : 100 mg/kg/h chez l'homme, 400 mg/kg/h chez le rat. Cette oxydation fournit 7 calories par gramme, utilisables pour couvrir, en gros, la moitié de la dépense basale sans produire d'extrachaleur, et épargnant, de ce fait, des nutriments. Ces propriétés font ranger les boissons alcoolisées parmi les aliments, étant entendu que, à la différence de l'eau, ces boissons ne constituent pas des aliments indispensables. Les calories d'alcool, à doses modérées, dans une ration alimentaire par ailleurs correcte, sont à prendre en compte pour un obèse. Il est nécessaire de le rappeler en prescrivant une diététique chez un malade, buveur très modeste, qui désire maigrir. À cette utilisation métabolique, il faut opposer l'ingestion dangereuse de l'éthanol à doses supérieures à 2 g/kg/24h, lorsqu'il est associé à une alimentation déséquilibrée ou insuffisante et absorbé de façon assez répétée pour produire l'accoutumance.

Dans ces dernières conditions, l'éthanol, oxydé par des voies métaboliques anormales, accroît les dépenses azotées et produit une extrachaleur.

Absorption digestive et diffusion

La vitesse d'absorption digestive est d'autant plus rapide que l'estomac se vide plus vite, que la concentration en alcool est plus élevée et que l'alcool est associé à moins de substances entraînant un séjour plus prolongé dans l'estomac.

L'alcool pénètre dans 80 p. 100 environ du corps. Le taux sanguin en alcool, ou alcoolémie, décroît normalement de 100 mg par kg et par heure. Cette valeur (« coefficient d'éthyloxydation », C.E.O.) peut s'élever jusque vers 140 mg/kg/h avec un régime riche en protéines et glucides ou sous l'influence de l'insuline ; elle peut diminuer à 60 mg/kg/h avec un régime riche en graisse.

L'alcool, diffusant vite, peut être dosé soit dans l'air expiré, soit dans la salive ou l'urine. Il faut noter qu'il existe normalement de l'alcool d'origine endogène dans le plasma (moins de 40 mg/l chez l'homme).

Oxydation

L'alcool est oxydé en fournissant 7 calories par gramme (environ 700 calories pour un litre de vin à 110). Les preuves de cette oxydation sont solides. L'alcoolémie baisse, sans que l'alcool soit excrété au-dehors pour plus de 1 à 2 p. 100 de la quantité ingérée. L'alcool marqué au carbone radioactif donne lieu à la production de CO2 marqué et d'un peu d'acides gras. L'abaissement du quotient respiratoire (Q.R.) rend compte du pourcentage d'alcool oxydé. Pendant l'oxydation de l'alcool, le métabolisme basal ne s'élève pas. C'est donc que l'alcool est bien utilisable et économise des glucides, des protéines et des graisses. Mais tout cela n'est vrai que pour un sujet normalement nourri et non alcoolique : en 24 heures, un homme oxydera l'équivalent d'un litre de vin à 12 degrés, c'est-à-dire 100 g d'alcool environ, mais la femme ne pourra en dégrader que 75 g..

Le travail musculaire ou le froid n'augmentent pas notablement la vitesse d'oxydation de l'alcool. Ainsi, lorsque le travailleur manuel boit davantage, cela n'alimentera pas le travail musculaire lui-même. L'alcool épargne seulement les réserves, et laisse donc disponibles davantage de glucides ou de graisses.

Une enzyme oxyde l'alcool en acétaldéhyde, qui est ensuite transformé en acide acétique. C'est dans le foie que se trouve en plus grande abondance cet « alcool-déshydrogénase » (ADH). C'est une enzyme cristallisant avec 2 ou 4 atomes de zinc, site de fixation d'un cofacteur, accepteur d'hydrogène, le NAD (nicotinamide – adénine – dinucléotide).

Dès qu'une petite quantité de NADH est formée, une autre réaction doit le reconvertir en NAD pour que l'oxydation de l'alcool puisse continuer. Cette réaction couplée est probablement une étape de l'oxydation du glucose, mettant en jeu l'acide pyruvique.

L'acétaldéhyde est très rapidement oxydé en acide acétique en présence d'acétaldéhyde-deshydrogénase.

Couplage dans le métabolisme de l'alcool éthylique

Dessin : Couplage dans le métabolisme de l'alcool éthylique

La réaction de couplage dans le métabolisme de l'alcool éthylique. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Dans l'intoxication chronique, l'acétaldéhyde atteint des taux élevés qui résultent de la coexistence de plusieurs mécanismes d'épuration (alcool déshydrogénase, système microsomial d'oxydation de radicaux libres, l'éthanol ou MEOS, catalase). L'accumulation de l'acétaldéhyde semble conduire à la synthèse de molécules ressemblant aux opioïdes et expliquant à la fois les accidents de sevrage et la dépendance psychique, puis physique, peut-être déjà d'ailleurs les effets psychotropes de l'alcool. L'alcoolisme chronique serait donc une toxicoma [...]

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Couplage dans le métabolisme de l'alcool éthylique

Couplage dans le métabolisme de l'alcool éthylique
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Alcoolisme : évolution depuis 1960

Alcoolisme : évolution depuis 1960
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Écrit par :

  • : directeur de recherche
  • : docteur en médecine, psychiatre, médecin délégué de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (A.N.P.A.A.)
  • : professeur honoraire à la faculté de médecine de Paris, médecin honoraire des hôpitaux de Paris
  • : docteur en médecine, qualifié en psychiatrie, psychiatre des hôpitaux, chef de service de l'intersection d'alcoologie Reims (E.P.S.D. Marne), président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (A.N.P.A.A.)
  • : ancien professeur au Conservatoire national des arts et métiers, ancien directeur du laboratoire de nutrition humaine

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Pour citer l’article

Marie CHOQUET, Michel CRAPLET, Henri PÉQUIGNOT, Alain RIGAUD, Jean TRÉMOLIÈRES, « ALCOOLISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alcoolisme/