Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

AGRICULTURE Accès aux ressources productives

En agriculture, l'accès aux ressources productives – et d'abord à la terre – est une question essentielle tant pour s'attaquer aux problèmes de la faim et de la pauvreté dans le monde que pour affronter les défis de nature écologique à dimension planétaire. Dans toutes les régions du monde où la pluviométrie est insuffisante pour permettre des récoltes abondantes et régulières, l'accès à l'eau pour l'irrigation en est un complément indispensable pour toute production agricole. L'accès à l'eau potable pour les troupeaux et pour les humains est aussi critique dans les régions arides. C'est parfois le premier facteur limitant. En plus de l'accès à la terre et de l'accès à l'eau, les producteurs agricoles doivent aussi avoir accès aux semences végétales, aux races animales, aux intrants agricoles, au capital et aux marchés pour vendre leurs produits. Traiter une question en laissant les autres sans réponses mènerait à un échec.

Qu'il s'agisse de l'accès à la terre ou de l'accès à l'eau, étudiés ici, de nouveaux modes de gouvernance sont nécessaires.

L'accès à la terre

Fondamental pour l'agriculture et vital pour les paysans pauvres, l'accès à la terre est très diversement réparti à travers le monde. Qu'il s'agisse de permettre que perdurent et soient encore améliorées des situations relativement égalitaires, ou de réformer durablement des structures très inégalitaires, de nouveaux modes de gouvernance de l'accès à la terre, dont les prémices commencent à peine à émerger, sont nécessaires.

Diversité des modes d'accès à la terre

La terre n'est pas un bien comme un autre. C'est un espace que l'on ne peut normalement ni détruire ni déplacer et qui contient des ressources (fertilité, eau, biomasse, biodiversité, minerais, etc.), dont au moins une partie n'est pas le fruit du travail. Les droits qu'un individu ou un groupe de personnes possède sur une terre se réfèrent en réalité aux rapports avec les autres. Ils sont multiples – on parle de « faisceaux de droits » – et concernent l'espace en tant que tel (droits de transit, de gestion, d'exclure les autres personnes), les ressources que contient cet espace et la possibilité de leur transmission à autrui. Quand on différencie et précise la nature des différents types de droits sur la terre, on trouve toujours différents ayants droit sur une même parcelle, des individus ou des groupes de personnes (familles, communauté villageoise, groupe ethnique, État, etc.). Certains droits devraient même relever de l'humanité tout entière quand ils sont liés à l'écosystème planétaire et au climat.

Cette situation de droits multiples est bien visible en Afrique subsaharienne où, dans de nombreuses régions, certaines personnes peuvent avoir le droit de récolter des fruits, d'autres de chasser et d'autres encore de mettre en culture un territoire, sans nécessairement avoir le droit d'y planter des arbres.

La plupart des concepts courants utilisés pour décrire les droits sur la terre correspondent à une situation historique particulière, développée en Europe à partir des régimes féodaux et transformée par la Révolution française. Ils privilégient la figure du propriétaire, détenant la quasi-totalité des droits. En France, le Code civil reprend les termes d'usus, fructus, et abusus du droit romain pour définir la propriété comme la réunion des trois. Pourtant, pas plus en Europe que dans les autres régions du monde, le propriétaire n'est le seul ayant droit. Les droits du propriétaire sont limités par des lois, et les droits d'autres personnes peuvent être reconnus comme des exceptions (servitudes de passage, etc.). Dans les sociétés modernes, ces possibilités et restrictions (construction, etc.) déterminent[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : ingénieur agronome, directeur de l'Association pour l'amélioration de la gouvernance de la terre, de l'eau et des ressources naturelles (A.G.T.E.R.)
  • : maître de conférences en économie, centre E.R.E.I.A. (E.A. 4026, université d'Artois), membre du G.D.R. réseau-ville (G.D.R. 2524 du C.N.R.S.)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Accès à la terre

Accès à la terre

Plantations de bananes au Honduras

Plantations de bananes au Honduras

Irrigation dans le monde

Irrigation dans le monde

Autres références

  • AGRICULTURE BIOLOGIQUE

    • Écrit par Céline CRESSON, Claire LAMINE, Servane PENVERN
    • 7 882 mots
    • 6 médias

    L’agriculture biologique (AB) est un mode de production et de transformation ayant pour objectif de préserver l’environnement, la biodiversité, le bien-être animal et le développement rural. Elle est définie dans ses principes par la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique...

  • AGRICULTURE DURABLE

    • Écrit par Jean-Paul CHARVET
    • 5 444 mots
    • 10 médias

    Dans le langage courant, l’expression « agriculture durable » fait d’abord référence à une agriculture respectueuse de l’environnement, avec, comme principaux objectifs, la limitation du recours aux intrants (engrais, produits phytosanitaires…) d’origine industrielle. S’y ajoute la diversification...

  • AGRICULTURE URBAINE

    • Écrit par Jean-Paul CHARVET, Xavier LAUREAU
    • 6 273 mots
    • 8 médias

    L’expression « agriculture urbaine », qui était devenue un oxymore dans les pays industrialisés avec la disparition progressive au cours du xxe siècle des ceintures maraîchères entourant les villes, a retrouvé du sens. En effet, dans un contexte d’étalement urbain (urbansprawl) et...

  • ADVENTICES

    • Écrit par Marcel BOURNÉRIAS
    • 804 mots

    Étymologiquement, une plante qui s'ajoute à un peuplement végétal auquel elle est initialement étrangère est une plante adventice (lat. adventicium, supplémentaire). On distingue les adventices réellement étrangères (exotiques), spontanées dans des régions éloignées (érigéron du Canada),...

  • AFGHANISTAN

    • Écrit par Daniel BALLAND, Gilles DORRONSORO, Universalis, Mir Mohammad Sediq FARHANG, Pierre GENTELLE, Sayed Qassem RESHTIA, Olivier ROY, Francine TISSOT
    • 37 316 mots
    • 19 médias
    L'économie de l'Afghanistan est encore fondamentalement agricole : c'est le seul pays de la région où l'agriculture emploie plus de la moitié de la population active et contribue pour plus de 50 % à la formation du PNB. Rien pourtant de figé dans cette situation : l'agriculture afghane est brusquement...
  • AFRIQUE DU SUD RÉPUBLIQUE D' ou AFRIQUE DU SUD

    • Écrit par Ivan CROUZEL, Dominique DARBON, Benoît DUPIN, Universalis, Philippe GERVAIS-LAMBONY, Philippe-Joseph SALAZAR, Jean SÉVRY, Ernst VAN HEERDEN
    • 29 784 mots
    • 28 médias
    ...et l'État Libre (2,8 millions d'habitants). Ces territoires regroupent sept anciens bantoustans qui servaient de réservoirs de main-d'œuvre au Gauteng. Ce sont aussi des régions agricoles importantes, pour le maïs, le blé et l'élevage dans l'État Libre et le Nord-Ouest, les agrumes et produits tropicaux...
  • AFRIQUE NOIRE (Arts) - Aires et styles

    • Écrit par Claire BOULLIER, Geneviève CALAME-GRIAULE, Michèle COQUET, Universalis, François NEYT
    • 15 151 mots
    • 2 médias
    Les sociétés d'Afrique de l'Ouest sont composées pour la majorité d'entre elles d'agriculteurs. Là où ne se sont pas encore implantées les religions musulmanes ou chrétiennes, ceux-ci continuent à pratiquer des cultes traditionnels dont la conception et le calendrier sont étroitement liés à l'activité...
  • Afficher les 205 références

Voir aussi