Le 27 août 1995 à Paris, Bernard Lapasset, alors président en exercice de l'International Board, déclare à la presse que l'instance dirigeante du rugby mondial a décidé de renoncer aux règles relatives à l'amateurisme et d'autoriser « ... toutes les formes de paiement, à tous les niveaux du jeu ». Les primes de match comme les salaires, versés sous le manteau depuis une quinzaine d'années, peuvent désormais l'être de manière officielle. Le rugby devient un sport professionnel. Mais, en laissant à chaque fédération le soin d'organiser le professionnalisme à sa guise, le Board n'a sans doute pas évalué qu'un rugby à plusieurs vitesses risquait de voir le jour, en fonction de la détermination de chaque fédération à s'engager dans cette nouvelle voie.
« Sport de voyous pratiqué par des gentlemen », ainsi se définissait jusqu'alors le rugby. Cette célèbre expression pouvait s'interpréter de la manière suivante : « un sport réservé à une élite, n'ayant pas besoin de tirer des revenus de sa pratique ». Cette notion d'amateurisme, défendue contre vents et marées jusqu'à ce mois d'août 1995, s'est régulièrement trouvée au cœur des grandes crises que le rugby a connues depuis sa naissance en plusieurs temps au cours du xixe siècle : « schisme » de 1895 en Angleterre, vingt-deux clubs décidant de créer une Ligue du Nord qui conduira à la naissance du rugby à XIII ; crise de 1930 en France, lorsque quinze clubs quittèrent la Fédération française de rugby pour protester contre l'amateurisme marron...
Au début du xxie siècle, le rugby semble encore chercher sa voie. Les grandes nations de l'hémisphère Sud (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande) se sont tout de suite engagées de plain-pied dans le professionnalisme, créant de nouvelles compétitions (Super 12, devenu Super 14 puis Super 15, Tri-Nations), et passant des contrats avec leurs joueurs, ce qui leur a permis de dominer le rugby mondial. En Angleterre et en France, en revanche la primauté est restée aux clubs, qui met […]
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