3. Les langues
• Le nordique commun
La reconstitution du nordique commun (urnordisk) n'est possible que par comparaison avec d'autres langues germaniques archaïques, en analysant les noms de lieux et de personnes, les vocables retenus par ceux des auteurs classiques qui ont parlé du Nord au début de notre ère, les emprunts que lui ont faits le finnois et les dialectes lapons (on reconnaît, par exemple, dróttinn dans ruhtinas ou guld dans kulta), et les inscriptions runiques rédigées dans l'ancien fu ark à vingt-quatre signes. D'autre part, mis très tôt en contact avec le monde celtique et avec la Romania, le Nord a emprunté de bonne heure à ces voisins quelques vocables, utilitaires surtout (vin, kål = « chou », peppar, mantel, mur, tegel ou des noms d'agents en -are < latin -arius).
Langue indo-européenne, le nordique commun était donc une langue à flexions, où les rapports grammaticaux s'exprimaient par différentes terminaisons (de cas, de genres, de nombres, de personnes) qui s'ajoutaient aux radicaux soit directement, soit par l'intermédiaire d'un affixe de liaison. Le jeu des influences réciproques des sons vocaliques à l'intérieur d'un mot et en fonction de la position de l'accent provoque diverses altérations (parmi lesquelles les métaphonies) qui rendent compte des déclinaisons et des conjugaisons. Le nordique commun a hérité de l'indo-européen ses trois genres (masculin, féminin, neutre), ses trois nombres (singulier, pluriel, et duel qui survivra longtemps en islandais : pronom personnel vit, « nous » = « toi et moi », par opposition à vér, « nous tous »), ses huit cas (nominatif, génitif, datif, accusatif, ablatif, vocatif, locatif et instrumental, qui se réduiront progressivement aux quatre premiers, les quatre autres disparaissant rapidement à l'exception de l'instrumental qui survit dans certaines tournures figées en islandais : kasta steini, « jeter une pierre », ríd–a hesti, « monter un cheval ») et un système de temps verbaux reposant sur l'alternance vocalique, ou apophonie, du radic […]
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