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NORVÈGE

Marc AUCHET
Régis BOYER

Norvège : carte physiqueNorvège : drapeauPar deux fois, lors de référendums organisés en 1972 et en 1994, les Norvégiens ont refusé que leur pays adhère à l'Europe communautaire. Pour expliquer cette nette réticence, de nombreux commentateurs ont tiré argument du fait que la Norvège a longtemps eu à subir le joug de pays étrangers comme le Danemark puis la Suède. Par conséquent, elle serait particulièrement sensible aux abandons de souveraineté qu'une participation directe à la construction européenne entraînerait inévitablement.

Norvège : carte physique Carte

Norvège : carte physique Carte physique de la Norvège. 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Norvège : drapeau Dessin

Norvège : drapeau Norvège (1821). Avec sa croix scandinave, ce drapeau est directement inspiré du drapeau suédois et surtout du Dannebrog (cf. Danemark) auquel la couleur bleue a été rajoutée en signe d'indépendance. Ces trois couleurs ont également été choisies en hommage à la France, qui y avait renoncé sous la Restauration (cf. France). 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Période faste de l'histoire nationale, l'époque des Vikings a vu les ancêtres des actuels Norvégiens écumer les mers, colonisant les Orcades, les Shetland, les Hébrides et l'Irlande, sans oublier l'Islande, créant sur cette île une société qui devait inspirer les auteurs des sagas du xiiie siècle. C'est à un Viking « norvégien » qu'on attribue en outre la découverte de l'Amérique du Nord au tournant du Ier millénaire. Commencée par Harald à la belle chevelure, vers la fin du ixe siècle, poursuivie durant les deux siècles suivant sous l'impulsion des rois convertisseurs Olaf Trygvasson et, surtout, Olaf Haraldsson, l'unification du royaume ne fut réellement achevée qu'au xiiie siècle. Considérablement affaiblie par la Peste noire au milieu du xive siècle, la Norvège eut besoin de s'appuyer sur des alliances pour contrebalancer l'influence des Allemands de la Hanse, fortement implantés à Bergen. Par le jeu de mariages dynastiques, elle eut en 1380 un roi également héritier du trône du Danemark. Ce fut le prélude à l'Union de Kalmar, qui réunit les trois royaumes scandinaves de 1397 à 1521. Une fois cette union dissoute, la Norvège resta possession danoise jusqu'en 1814, date à laquelle elle fut rattachée à la Suède de Bernadotte, en compensation de la perte de la Finlande, conquise par les Russes quelques années plus tôt. Il s'ensuivit une nouvelle période de sujétion, à l'autre voisin scandinave cette fois, et ce jusqu'en 1905. C'est à cette date que le pays retrouva sa pleine souveraineté, après plusieurs siècles d'assujettissement à des couronnes étrangères.

Longtemps considéré comme une lointaine province, le pays s'affirma au point de vue économique à partir du xviiie siècle, avec ses exportations de bois et de minerais. C'est à cette époque qu'il prit de plus en plus conscience de sa spécificité. Après le traité de Kiel, aux termes duquel la Norvège fut enlevée aux Danois, un fort mouvement de nationalisme prit naissance, s'exprimant entre autres dans les domaines linguistique et culturel. Il culmina près d'un siècle plus tard, au moment de la rupture de l'union avec la Suède. Alors qu'elle était au début du xxe siècle l'un des pays les plus pauvres d'Europe, la Norvège s'est hissée en quelques décennies au deuxième rang mondial quant au P.N.B. par habitant grâce à sa richesse en hydrocarbures, exploitée à partir des années 1970.

La longue présence de la social-démocratie au pouvoir, dès la période de l'entre-deux-guerres, a largement contribué à instaurer un État-providence dont les principes fondamentaux sont perçus comme des éléments essentiels du modèle de société norvégien, quelle que soit l'orientation politique du gouvernement en place. Après avoir servi de référence dans de nombreux pays au cours des années 1960, le « modèle scandinave » perdit une bonne partie de sa force d'attraction dans les décennies qui suivirent. À la fin des années 1980, on alla même parfois jusqu'à proclamer sa fin. Après quelques années de crise économique sérieuse, les pays scandinaves, la Norvège entre autres, ont toutefois apporté la preuve de la vitalité de leur société, à telle enseigne que leur réussite actuelle attire à nouveau l'attention de nombreux pays étrangers. Depuis le milieu des années 2000, l'économie norvégienne affiche des résultats exceptionnels en termes de croissance et d'emploi. Il serait toutefois illusoire de penser que la société norvégienne est exempte de difficultés : grave pénurie de main-d'œuvre, vieillissement de la population, perspective de l'épuisement progressif des réserves d'hydrocarbures, présence d'un grand nombre d'immigrés, qui bouscule la cohésion sociale et crée des tensions politiques importantes, dégradation des locaux consacrés aux activités scolaires, aux soins aux personnes âgées, aux bibliothèques, lacunes du système de santé, etc. Membre de l'Espace économique européen, mais pas de l'Union européenne, qui est pourtant son premier partenaire économique, la Norvège est aujourd'hui largement ouverte sur le monde. Même si elle prend soin de mettre en valeur son patrimoine culturel, elle s'est mise au diapason de la mondialisation et a su tirer profit de cette situation nouvelle.

Marc AUCHET

Si l'on se place dans une perspective nationaliste, on peut dire que le malheur de la littérature norvégienne provient, pendant longtemps, d'une série de confusions ou de collusions imputables à l'histoire : pendant le Moyen Âge, d'un point de vue littéraire, Norvège et Islande ne se distinguent guère et l'évidente suprématie islandaise inciterait à remettre dans l'ombre la part pourtant capitale qui revient à la Norvège ; après le passage sous la domination danoise, même relégation, compliquée d'un problème de langue, le mode d'expression dano-norvégien (riksmål) contrariant le développement d'un langage purement local (ou landsmål, appelé aujourd'hui nynorsk : néo-norvégien) que les chercheurs de l'âge romantique devront retrouver dans les chants populaires ou folkeviser. Ce n'est qu'à partir de 1850 que, l'évolution politique aidant, la Norvège entrera de plain-pied dans le chœur des grandes littératures européennes, et alors avec un éclat remarquable que disent les grands noms d'Ibsen, de Bjørnson, puis de Hamsun, de Undset, de Vesaas, ou encore de Jon Fosse.

Cela explique que les lettres norvégiennes soient, si souvent, si naturellement militantes : qu'elles réagissent contre la domination étrangère, dans le domaine linguistique en particulier, contre le puritanisme hérité d'un protestantisme rigide, ou qu'elles opposent les « deux cultures » dont elles sont nées – la danoise, urbaine, élégante et raffinée ; la populaire, rurale, réaliste et fruste –, il y a toujours quelque obstacle à vaincre pour les compatriotes d'Ibsen.

Et il se pourrait bien qu'en dernière analyse cet antagonisme tînt encore plus à de douloureuses contradictions internes qu'à des éléments extérieurs. Les effusions de l'âme et la tendance profonde au rêve, la tentation mystique et le goût de l'ineffable qui paralyse souvent l'expression ouverte, le poids du passé légendaire s'opposent généralement, ici, à un besoin d'action concrète impérieux et cassant, voire à un naturalisme raide qui ne dédaigne pas le système. Mais, outre un élan de générosité spontané qui rachète la tendance un peu lourde à trop de gravité dogmatique, ce conflit se résout très heureusement, comme si souvent sous les ciels du Nord, par une grande connivence avec la nature ; la montagne, le sapin, la mer, la neige exaltent le regard qu'ils dotent d'une dimension cosmique, tandis qu'ils enracinent toujours l'âme et le rêve dans quelque fond de fjordCôte à fjords, Norvège.

Côte à fjords, Norvège Photographie

Côte à fjords, Norvège Les côtes à fjords (ici le fjord de Geiranger en Norvège) présentent des échancrures littorales très profondes et souvent ramifiées en roches résistantes, dues à l'ennoyage d'une auge à la suite d'une déglaciation. En dépit du relèvement isostasique parfois important du continent (côte occidentale d… 

Crédits: Paul Kenward, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Régis BOYER

1.   Cadre naturel et population

D'une superficie de 386 958 km2, dont 323 878 pour la Norvège proprement dite, le reste étant presque entièrement occupé par l'archipel polaire du SvalbardBanquise ( Spitzberg), le pays a grossièrement la forme d'une spatule s'étirant sur 1 700 km, du nord au sud. Au nord, son manche s'allonge de part et d'autre du cercle polaire, large parfois de quelques kilomètres seulement, tandis que, plus au sud, elle se renfle et sa largeur peut atteindre plus de 400 km.

Banquise Photographie

Banquise Débâcle de la banquise dans l'océan Arctique, au large de la Norvège (archipel des Svalbard). 

Crédits: John Beatty, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Presque entièrement montagneuse, la Norvège présente sa longue façade sur la mer du Nord où s'émiettent ses côtes ; le climat maritime tempère l'influence de la haute latitude, assure des précipitations abondantes qui entretiennent ses forêts, alimentent les usines hydroélectriques. Naturellement tournée vers la mer, elle en exploite les ressources (pêcheries) et possède une flotte marchande importante.

  Le relief

La Norvège est formée presque exclusivement de hautes terresCampagne de l'Oppland ; si l'on excepte les environs d'Oslo, l'altitude est presque toujours supérieure à 500 m, avec des sommets dépassant 2 000 m (Galdhøppigen, dans le massif de Jotunheim). Il s'agit le plus souvent de hautes croupes, assez monotones, comme le Hardangervidda.

Campagne de l'Oppland Photographie

Campagne de l'Oppland Vue de la campagne de l'Oppland en automne, dans la Norvège intérieure. 

Crédits: Pal Hermansen, Tony Stone Images/ Getty Consulter

L'énorme masse montagneuse a été portée à ces hautes altitudes à l'époque tertiaire, après avoir été érodée, aplanie ; dressée au-dessus de la mer du Nord, elle fut profondément attaquée par les fleuves côtiers et c'est à ces morsures violentes de l'érosion qu'elle doit aujourd'hui la beauté de ses paysages ; l'abrupt littoral fut déchiqueté, tandis que d'étroites vallées l'échancraient.

Puis se sont formés les énormes glaciers quaternaires, rabotant les aspérités, recreusant les vallées en auges gigantesques. Quand ils fondirent, les océans s'enflèrent et malgré un lent resoulèvement du continent, la mer se faufila entre les rochers, multipliant les îles, les archipels côtiers ( LofotenÎles Lofoten, Vesterålen), qui semblent posés sur une banquette à fleur d'eau, le strandfladen ; elle s'insinua dans les vallées, les transformant en fjords et pénétra parfois sur plus de 100 km en longues digitations à l'intérieur des terres (fjords de Hardanger, Sogne, Trondheim). Aussi, la côte norvégienne ne compte pas moins de 20 000 km, quoique le tracé extérieur n'en mesure que 2 650.

Îles Lofoten Photographie

Îles Lofoten Hamnoy, village situé sur les îles Lofoten, en Norvège. 

Crédits: Chad Ehlers, Tony Stone Images/ Getty Consulter

  Le climat et la végétation

Le climat norvégien s'ordonne par rapport à la mer. L'influence maritime a été renforcée par le courant nord-atlantique qui longe la côte. C'est seulement dans la Norvège du Sud-Est que le climat offre des nuances plus continentales (à Oslo, moyenne de janvier : — 4,7 0C ; moyenne de juillet : 17,3 0C). La Norvège occidentale présente en revanche un climat entièrement maritime que modifie seulement l'altitude des massifs montagneux ; les isothermes courent du nord au sud sur 13 degrés de latitude presque parallèles à la côte ; en certaines contrées, sur le bord de la mer, hiver et été sont peu marqués (à Bergen, moyenne de janvier : 1,5 0C ; moyenne de juillet : 15 0C). Même à l'extrême nord, près du 70e degré de latitude, TromsøTromso sur la côte ne présente encore que — 4 0C comme moyenne du mois le plus froid (à peu près comme Oslo) avec 12 0C pour le mois le plus chaud ; cependant la latitude s'exprime par les nuits claires de l'été (soleil de minuit) et l'obscurité de l'hiver. Dès qu'on s'éloigne de la côte réapparaissent les contraintes de cette latitude. À Karasjok, sur le même parallèle que Tromsø, le thermomètre peut descendre en hiver à — 50 0C.

Tromso Photographie

Tromso Vue aérienne de Tromso en hiver, ville norvégienne située au-delà du cercle polaire arctique. 

Crédits: Richard Elliott, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Le voisinage de la mer est responsable aussi des abondantes précipitations : plus de 2 m à Bergen, de 5 à 6 m en certains points de l'intérieur ; elles ne se font plus rares qu'au sud (740 mm à Oslo) et à l'extrême nord (340 mm à Karasjok). Assez bien réparties, elles ont un maximum d'été et tombent en hiver sous forme de neige. On compte quelques glaciers ; peu nombreux au nord où la mer est proche (Svartisen), on les trouve surtout au sud où le Jostedalsbre, avec les glaciers voisins, occupe plus de 800 km2.Glacier de Briksdal, Norvège

Glacier de Briksdal, Norvège Photographie

Glacier de Briksdal, Norvège Le glacier de Briksdal (Briksdalbreen), dans l'ouest du pays, est une des deux langues du Jostedalsbreen, le plus grand glacier d'Europe. 

Crédits: G. Hellier/ Robert Harding World Imagery/ Getty Consulter

Alimentés par ces précipitations, les cours d'eau ont un très fort débit ; les tributaires de la mer du Nord sont des torrents assez courts ; les seuls grands fleuves sont ceux qui s'écoulent vers le sud et le Skagerrak, comme l'Otta et le Glomma dont les vallées (Gudbrandsdal, Østerdal) sont largement ouvertes à la circulation. Le débit est maximal au moment de la fonte des neiges ; mais il est régularisé par les nombreux lacs (lac Mjøsa sur le Gudbrandsdal).

Favorisée par cette humidité, la végétation doit s'adapter aux conditions de température et de lumière.

Tout au nord, la toundra subarctique étale son tapis de mousses, de lichens, de bouleaux et de saules nains. Mais dans la plus grande partie de la Norvège dominent les forêts boréales. La végétation s'étage en altitude. Au-dessus de la côte venteuse, dépourvue d'arbres, c'est le vaste domaine des conifères (pins et sapins), puis ceux-ci cèdent la place aux bouleaux ; au-dessus encore commence la zone alpine, parsemée de cuvettes marécageuses, avec une végétation de mousses, de bruyères, de myrtilles qui s'éclaircit de plus en plus jusqu'à la zone enneigée, le fjell (ou fjeld). Au sud seulement, dans les plaines basses, mieux ensoleillées, on trouve des arbres à feuilles caduques (ormes, tilleuls).

La Norvège possède en Europe l'île Jan Mayen et surtout le Svalbard, un archipel voisin de l'océan Glacial Arctique, comprenant les îles du Spitzberg, où l'on exploite quelques mines de charbon, et la petite île aux Ours.

Georges CHABOT

  Une nette croissance démographique

En 2013, la Norvège comptait 5 051 000 habitants. La superficie couverte par les terres étant de 323 802 km2 (sans l'archipel du Svalbard ni l'île Jan Mayen), la densité de la population était de 15,6 habitants/km2, soit l'une des plus faibles d'Europe, juste après l'Islande. Il faut noter toutefois que 80 p. 100 de la population habitent dans des agglomérations et que, à l'exception des trois districts (fylker) les plus septentrionaux (Nordland, Troms et Finnmark), on enregistre au début du xxie siècle une nette croissance démographique, en particulier à Oslo et dans le district voisin de Akershus.

Les communes les plus peuplées sont Oslo (623 966 hab. en 2013)Oslo, Bergen (267 950), Trondheim (179 692), Stavanger (129 191), Sandvika, centre administratif de la commune de Bærum (116 677), Kristiansand (84 476), Fredrikstad (76 807) et Tromsø (70 358). L'agglomération (tettstedet) d'Oslo comptait  856 915 habitants (2008), et la « région du Grand Oslo » (Region Storoslo), subdivision qui englobe les districts entourant la capitale et sert parfois de référence pour les statistiques, avait une population de 1 422 000 habitants en 2010.

Oslo Photographie

Oslo Vue d'Oslo, capitale de la Norvège. 

Crédits: Richard Elliott, Tony Stone Images/ Getty Consulter

En 2011, le taux de fécondité était de 1,9 enfant par femme, ce qui, relativement au nombre d'habitants, situait la Norvège parmi les pays les plus féconds de l'O.C.D.E., aux côtés de l'Islande, la France et l'Irlande. À la même date, l'espérance de vie était de 83,5 ans pour les femmes et de 79 ans pour les hommes.

Près de 7 femmes et 8 hommes sur 10 sont présents sur le marché du travail. En 2011, la population active se composait de plus de 2,5 millions de personnes, et le taux de chômage était de 3,2 p. 100.

Les Sames, peuple premier réparti sur plusieurs pays du Nord de l'Europe (Norvège, Suède, Finlande et Russie), sont difficiles à dénombrer avec exactitude. On estime toutefois qu'ils pourraient être quelque 70 000. C'est en Norvège qu'ils sont les plus nombreux (40 000), et la plupart d'entre eux habitent dans le district du Nordland.

Depuis les années 1940, le pourcentage d'immigrés a été multiplié par six. Ceux-ci représentaient 8,9 p. 100 de la population en 2007. Au début de l'année 2006, les Suédois et les Danois étaient les plus nombreux parmi les immigrés de la première génération, mais la proportion issue de pays non occidentaux était de loin la plus importante (environ les deux tiers) : Pakistan, Irak, Vietnam, Somalie, Iran, Turquie, Sri Lanka. Cette catégorie de population s'est implantée dans tout le pays, mais plus particulièrement à Oslo. Depuis l'élargissement de l'Union européenne, le nombre d'immigrés polonais a augmenté de façon spectaculaire. La Norvège manque de main-d'œuvre et elle mène une politique active de recrutement à l'étranger. Cette question de l'immigration est ainsi devenue un important enjeu politique.

Marc AUCHET

2.   La Norvège ancienne (VIIIe-XIVe s.)

  Au temps des Vikings (VIIIe-XIIe s.)

L'histoire proprement dite débute avec le viiie siècle. On entrevoit alors une famille princière puissante, les Ynglinger, sur la rive occidentale du fjord d'Oslo ; la tradition la dit d'origine suédoise. D'autres lignages s'imposent dans l'est et surtout au nord, dans le Trøndelag. Peu après 700, les premiers Norvégiens partent chercher des terres nouvelles dans les archipels écossais. C'est le début, à peine remarqué, de l'âge des Vikings, auquel les Norvégiens prirent une part si active. Les navires trouvés dans les tumulus princiers de Gokstad et d'OsebergNavire d'OsebergTête de dragon de la sépulture d'Oseberg, près du fjord d'Oslo, attestent la qualité de l'instrument nautique utilisé par les Vikings norvégiens au ixe siècle.

Navire d'Oseberg Photographie

Navire d'Oseberg Retrouvée en 1904 à Oseberg en Norvège, cette embarcation servit de sépulture à une reine morte en 834. Long de 22 mètres, le navire comporte, de la proue à la poupe, de remarquables décorations et témoigne de la qualité technique des embarcations vikings. Musée de l'université d'Oslo. 

Crédits: W. Forman/ AKG Consulter

Tête de dragon de la sépulture d'Oseberg Photographie

Tête de dragon de la sépulture d'Oseberg Cette tête de dragon faisait partie du matériel funéraire immergé à Oseberg en 834. L'art et l'imaginaire scandinaves étaient imprégnés de représentations fantastiques issues d'un foisonnant bestiaire. Musée de l'université d'Oslo. 

Crédits: Hulton Getty Consulter

La société norvégienne de l'âge des Vikings reposait sur une riche aristocratie foncière, gravitant autour de roitelets établis dans chaque province. Elle exerçait l'autorité politique aussi bien que religieuse. Aucune structure étatique n'existe avant la fin du ixe siècle, où les Ynglinger du Viken commencent à construire lentement une monarchie, dans des conditions que l'on connaît par des textes trop tardifs (xiie-xiiie s.) ou trop lointains (Islande) pour que leur valeur soit inattaquable. L'auteur principal de cette transformation fut le roi Harald aux beaux cheveux (Hårfagre), qui s'imposa par sa force navale et écrasa les roitelets de l'Ouest à la célèbre bataille du Havsfjord (date traditionnelle : 872). Il établit ses fils dans les provinces soumises, jusqu'en Trøndelag. Les chefs qui n'acceptaient pas son autorité émigrèrent dans les îles écossaises ou en Islande. On ignore encore jusqu'à quel point Harald put imposer à ce monde disparate quelques institutions communes, en matière militaire ou fiscale.

Les descendants de Harald, partagés entre leur activité de Vikings en Angleterre et leurs rivalités intestines, n'empêchèrent pas le Trøndelag de ressaisir son autonomie sous les jarls de Lade et le Sud de passer sous un protectorat danois. Mais la couronne regagna son prestige grâce à Olaf Tryggvason (règne 995-1000) et, après un intermède danois sous Knut le Grand, surtout grâce à Olaf Haraldsson (r. 1016-1030), devenu saint Olaf après sa mort à la bataille de Stiklestad. Tous deux anciens Vikings, devenus chrétiens outre-mer, ils favorisèrent de tout leur pouvoir la conversion du pays, entreprise par des missionnaires allemands et surtout anglais. Trois diocèses s'organisèrent bientôt à Nidaros (Trondheim), à Selja (transféré à Bergen) et à Oslo. Mais le xie siècle norvégien reste dominé par l'esprit viking, dont la plus belle illustration est la tentative de conquête de l'Angleterre lancée en 1066 par le roi Harald le Sévère (r. 1047-1066), ancien officier au service de Byzance ; elle échoua quelques jours avant le débarquement de Guillaume le Conquérant.

La véritable cristallisation des institutions ne se fit pas dans le cadre du royaume, trop vaste, mais dans celui des provinces, regroupant les districts (fylker) pour la tenue des assemblées politiques et judiciaires, les quatre grands things de Frosta (autour du fjord de Trondheim), de Gula (côte occidentale), de Borg (autour du fjord d'Oslo) et d'Eid (dans l'intérieur). Chacun élabora sa législation séparée, y compris un droit ecclésiastique très éloigné du droit canon reçu dans le reste de la chrétienté latine.

Vers la fin du xie siècle, la Norvège n'est encore guère plus qu'une expression géographique. Fils et petits-fils de Harald le Sévère s'en partagent ou s'en disputent la couronne. Les uns vivent encore en Vikings, comme Magnus Nu-Pieds (Barfod), auteur de deux expéditions en pays celtique (r. 1093-1103). D'autres élaborent, avec l'aide de l'Église, un État moins rudimentaire, comme Olaf Kyrre (r. 1066-1093). Sigurd (r. 1103-1130) manifeste le lent rapprochement de la Norvège et de l'Occident en entraînant, de 1107 à 1111, toute une armée à Jérusalem, en faisant le tour de l'Europe.

  De l'unification à l'Union (XIIe-XIVe s.)

La majeure partie du xiie siècle voit une Norvège divisée par des luttes inexpiables entre prétendants. Cependant l'organisation ecclésiastique se complète. En 1152-1153, le cardinal Nicolas Brekespear apporte tardivement les idéaux réformateurs de l'Église grégorienne et crée, au bénéfice de Nidaros, un archevêché national, qui se voit rattacher les archipels atlantiques. Vers la même époque s'affirment les vocations urbaines d'Oslo, Stavanger, Bergen et Nidaros : une civilisation originale y naît, dont les fouilles récentes de Bergen ont montré la vigueur et l'autonomie par rapport à l'Allemagne.

La couronne ne retrouve quelque force qu'à la fin du siècle, grâce à un aventurier d'une énergie farouche, qui se prétendait descendant des anciens rois, Sverre (r. 1177-1196). S'appuyant sur un parti de hors-la-loi, hostiles aux prélats et à l'aristocratie, les Birkebeiner (« ceux qui ont des jambières en écorce de bouleau »), et sur une garde liée par serment, la hirdh, il établit des agents royaux à la tête des provinces, polémique avec les évêques et lutte au besoin par les armes contre le parti ecclésiastique (Bagler), encourage la naissance d'une histoire en langue nationale. Il créa une monarchie nouvelle, politiquement unifiée, mais qui ne trouva guère la paix intérieure avant 1240.

Cette condition indispensable une fois obtenue, la Norvège s'aligne rapidement sur les grandes royautés occidentales. Håkon IV Håkonsson (r. 1217-1263), petit-fils de Sverre, fixe sa capitale dans le port le plus actif, Bergen, affermit son autorité sur les îles occidentales : les Orcades, l'Islande et même le Grønland le reconnaissent pour souverain. Il noue, en 1250, les premiers liens avec Lübeck et entretient des contacts suivis avec l'Angleterre et la France. Le couronnement du roi par le cardinal Guillaume de Sabine en 1247 marque la réconciliation avec l'Église, qui de son côté élève à Nidaros une splendide cathédrale gothique, symbole du triomphe des goûts occidentaux sur l'ancienne architecture de bois. La littérature courtoise et les chansons de geste trouvent un nombreux public.

Cette œuvre fut poursuivie, de 1263 à 1280, par le fils de Håkon, Magnus le Législateur (Lagabøter), qui unifie le droit, favorise les villes, mais doit, en 1266, céder à l'Écosse les Hébrides et Man. La génération suivante fut moins heureuse. Erik Magnusson (r. 1280-1299) et son frère Håkon V (r. 1299-1319) furent obligés de composer avec les commerçants allemands de plus en plus entreprenants. Laissant le comptoir hanséatique dominer Bergen, Håkon transporte la capitale à Oslo et essaie sans grand succès d'interdire aux Allemands l'accès du Nord et des campagnes.

Håkon ne laissant qu'une fille, la couronne passa à son petit-fils, le prince suédois Magnus VII Eriksson (r. 1319-1343). Ce fut le premier maillon de successions compliquées qui finirent par donner en 1380 la Norvège au jeune Olaf (r. 1380-1387), déjà roi de Danemark, et en réalité à sa mère, la reine Marguerite, qui gouverna jusqu'en 1412. Ainsi la Norvège était entrée dans des unions personnelles, d'abord avec la Suède (1319-1380), puis également avec le Danemark sous l'autorité d'Erik de Mecklembourg. L'union des trois royaumes scandinaves fut scellée à Kalmar en 1397. La Norvège, partenaire le plus faible, y fut finalement partie perdante.

3.   Un pays sous tutelle

  L'Union Danemark-Suède-Norvège (1380-1523)

Alors que l'Union entraînait entre Suède et Danemark d'atroces querelles – qui aboutirent finalement à l'indépendance de la Suède en 1523 –, elle fut acceptée sans trop de peine en Norvège, dont l'aristocratie déclinante était colonisée par des éléments suédois et germano-danois. Après 1380 et jusqu'en 1814, l'histoire politique de la Norvège se confond à peu près avec celle du Danemark. Du moins garde-t-elle ses institutions propres jusqu'au xvie siècle ; leur clef de voûte est depuis 1300 environ le Conseil (Råd), assemblée des plus grands noms de l'aristocratie et de quelques prélats, qui exerce au nom de rois absents l'essentiel des pouvoirs en matière d'administration intérieure.

Mais ces aspects politiques, pénibles pour le sentiment national d'aujourd'hui, ont moins d'importance que les phénomènes économiques et sociaux qui font de la période de l'Union la plus sombre de l'histoire norvégienne. Les effets de la « peste noire » de 1348-1349 et la dépendance de plus en plus complète envers le commerce allemand, fournisseur de céréales devenues indispensables, ont entraîné la ruine des populations rurales : dans certains cantons, les capacités contributives baissèrent des deux tiers entre le début et la fin du xive siècle. L'aristocratie norvégienne doit s'effacer devant un petit nombre d'immigrés. La culture intellectuelle et artistique piétine ou recule, à moins qu'elle ne se mette à la remorque de l'Allemagne hanséatique. Dans l'élan de créations universitaires de la fin du xve siècle, la Norvège est le seul royaume nordique à n'en point recevoir. Au xve siècle, sa langue même décline devant l'irruption du danois, qui est à l'origine de l'une des deux langues utilisées aujourd'hui.

Ainsi, vers la fin du Moyen Âge, la Norvège a plus qu'à demi perdu sa personnalité. Les motifs de cette déchéance restent fort discutés. Faut-il en rejeter la responsabilité sur l'égoïsme des Lubeckois, dont dépendait tout le commerce extérieur – exportations de poisson et de bois, importations de céréales – et qui vivaient dans l'enclave presque close du « quai des Allemands » (Tyskebryggen) à Bergen, sans rien investir sur place de leurs bénéfices ? Mais l'atonie générale de la société norvégienne a des causes plus lointaines, avant tout l'effondrement de la classe des grands paysans-propriétaires sur qui avait reposé depuis l'ère des Vikings la vie politique et militaire : elle n'avait pas supporté l'implantation d'une monarchie à l'occidentale et notamment le poids de la fiscalité royale et la création d'une noblesse de service. Le commerce indigène aussi était mort de n'avoir pu s'adapter aux nouvelles conditions d'échanges créées par la Hanse. En somme, la Norvège médiévale est morte pour avoir évolué trop lentement.

Lucien MUSSET

  L'Union dano-norvégienne (1523-1814)

Au début des Temps modernes, la Norvège est affaiblie, troublée par les répercussions des soulèvements suédois, exploitée par les Hanséates ; cependant l'Union dano-norvégienne persistait et l'archevêque de Trondhjem (Trondheim), Olaf Engelbriktsson, en ralliant en 1531-1532, sous Frédéric Ier (r. 1523-1533), la cause perdue de Christian II (r. 1513-1523), contribua à l'affaiblissement des résistances nationales : ce qui permit l'implantation du luthéranisme. La charte royale de 1536, imposée au pays par Christian III, faisait de la Norvège une partie du Danemark. Il s'agissait en principe d'une double monarchie, mais, la noblesse norvégienne ayant à peu près disparu, le Conseil de Copenhague dirigea le royaume, tandis que la noblesse danoise accaparait presque tous les fiefs et domaines, y compris les biens d'Église sécularisés par la Réforme.

Marchands et armateurs scandinaves

Pourtant, le littoral atlantique n'échappait pas à l'expansion économique du xvie siècle et les comptoirs hanséatiques reculaient sous la poussée des actifs marchands et armateurs scandinaves. Même le quai germanique de Bergen n'échappait pas à cette pénétration. Mais les rouliers hollandais vinrent bientôt remplacer les Hanséates pour s'implanter dans toutes les activités économiques norvégiennes. Comme les produits forestiers étaient de plus en plus demandés en Europe, l'activité industrielle se développa sensiblement grâce à l'utilisation de la scie hydraulique, mise au point vers 1520. Les Norvégiens, dès lors, devinrent le principal fournisseur de bois de charpente ; les forêts littorales ne tardèrent pas à s'épuiser, et il fallut faire descendre les bois des fjells de l'hinterland, le long des rivières.

Alors que les Norvégiens utilisaient encore pour la pêche au hareng et à la morue de petites embarcations et des procédés archaïques, les Hollandais et les Anglais commencèrent à venir pêcher au large, usant de vastes nasses, et les riches bourgeois norvégiens, au début du xviie siècle, les imitèrent, armant des navires plus gros et plus perfectionnés, s'assurant le commerce des pêcheries, contrôlant les sorties de bateaux de pêche auxquels ils fournissaient le sel, achetant les cargaisons, exploitant les pêcheurs. Le capitalisme urbain domina plus encore la grande pêche baleinière ; Bergen continua d'être le centre principal du commerce du poisson.

L'industrie minière fut un autre facteur important du développement économique du pays. L'intérêt se porta notamment vers les métaux précieux. À l'instigation de Christian III (r. 1534-1559), le travail des mines commença avec des mineurs allemands. Mais ce fut surtout Christian IV (r. 1588-1648) qui, dans un esprit mercantiliste, imprima à tout le royaume une activité nouvelle. Ayant fondé Christiania ( Oslo), il fit exploiter les mines d'argent de Kongsberg et de cuivre de Røros ; des mines de fer s'ouvrirent au voisinage de Christiansand nouvellement créée. En 1624, le roi favorisa, par l'octroi d'une charte, la création d'une compagnie du fer, chargée du développement de la métallurgie. Mais cette compagnie déclina rapidement du fait d'exploitations trop dispersées.

Réformes de l'administration provinciale (XVIIe s.)

Christian IV entendit protéger les paysans contre l'oppression seigneuriale et, sous son règne, la paysannerie commença à se transformer. Il procéda à une réforme de l'administration provinciale ; les cours de justice, s'inspirant de la loi norvégienne de 1604, défendirent les biens et les communaux villageois contre les baillis seigneuriaux et les intendants des domaines aristocratiques. Le privilège des nobles et des fonctionnaires de voyager aux frais des ruraux disparut, des baillis furent relevés de leurs fonctions.

D'autre part, l'ordonnance religieuse de 1607 plaça l'Église sous la domination royale. À la campagne, la carrière de pasteur, charge peu à peu devenue héréditaire, fit du clergé un agent actif du pouvoir central. Cette fonctionnarisation progressive du pastorat fut entérinée dans le Code norvégien de 1687. Mais déjà, sous l'administration du gouverneur général Hannibal Sehested, de 1642 à 1651, la modernisation de l'administration avait été entreprise par les intendants de province (lendmenn) et les baillis royaux (aarmenn), ce qui répondait d'ailleurs aux exigences de la politique extérieure (guerres contre la Suède de 1643-1645 et 1657-1660). L'alliance qui se nouait entre la couronne et la bourgeoisie préparait les voies à l'absolutisme monarchique.

La perte des provinces du Bohuslän, du Jämtland et de l'Härjedalen, la lourdeur de la dette publique portèrent un grave préjudice à la noblesse danoise, qui perdit sa puissance politique. Le dualisme aboutit à une Constitution ou loi royale qui créait une monarchie héréditaire et absolue (1665), à laquelle la Norvège se rallia.

Désormais il n'y eut plus d'État norvégien. La Norvège fut encore plus étroitement rattachée à la couronne du Danemark par l'action de fonctionnaires locaux liés par le mariage aux marchands urbains. L'absolutisme accéléra la concentration urbaine du commerce et de l'artisanat. La charte royale de 1662 accorda à douze villes, avec des privilèges, le droit de commercer et le monopole sur l'arrière-pays. Cependant, tandis que le nombre des scieries se trouvait limité, l'emprise économique danoise se marquait par des tarifs protecteurs, l'exportation exclusive du fer et du verre au Danemark, l'importation réservée aux grains danois.

Naissance de la prospérité

En 1665, la population norvégienne était de 450 000 habitants, mais au siècle suivant elle s'accrut plus rapidement que celle du Danemark et sa prospérité fut en général plus grande, ce qui devait augmenter son importance.

Obéré par les guerres, le gouvernement royal, dès 1660, entreprit la vente de milliers de fermes des terres de la couronne. Les paysans en furent les principaux bénéficiaires. Ainsi leur situation fut nettement supérieure à celle des paysans du Danemark et des duchés. Elle s'améliora encore au xviiie siècle : en 1750, il y avait en Norvège deux fois plus de propriétaires paysans indépendants que de fermiers et, vers 1800, ils représentaient 75 p. 100 de l'ensemble.

Au point de vue commercial, les échanges s'accrurent avec l'Angleterre, devenue depuis l'incendie de Londres le principal acheteur des bois de construction et des produits dérivés des forêts norvégiennes nécessaires aux constructions navales. Au reste, sous l'impulsion du vice-roi Gyldenlöve (1664-1699), le pays développa sa propre marine, qui profita de sa neutralité pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg pour effectuer des transports au compte des belligérants et assurer des échanges avec toute l'Europe.

Cette prospérité fut sérieusement compromise par les épreuves de la grande guerre du Nord contre Charles XII de Suède au début du xviiie siècle, avec l'invasion et la peste, qui devaient cependant exalter le courage et l'individualité populaires.

La montée des prix, à partir des années 1730, favorisa la promotion bourgeoise, mais aggrava les oppositions entre les groupes sociaux. Tandis que le gouvernement instituait des impôts plus lourds sur les terres, l'expansion agricole corrélative à la croissance démographique entraînait l'apparition d'un semi-prolétariat rural de défricheurs : 12 000 vers 1720, 48 000 au début du xixe siècle (ils seront près de 85 000 en 1850). Le malaise social s'exprima lors des soulèvements paysans (la guerre des Strilar, 1764 ; le mouvement de Lofthus, 1786-1787). Les mesures libérales opérées par le Danois J. F. Struensee (1737-1772) avaient été abandonnées par ses successeurs. Mais cela fit comprendre à A. P. Bernstorff (1735-1797) la nécessité de réformes, notamment la suppression du monopole des grains danois (1788).

L'accroissement de la marine commerciale norvégienne dans la seconde moitié du xviiie siècle reflète la demande accrue de poissons, de bois et de métaux sur les marchés européens et le relatif déclin des intermédiaires bataves. Elle bénéficia fortement de la guerre de Sept Ans, et connut un nouveau développement pendant la guerre d'Indépendance américaine : 546 navires d'un tonnage de 24 300 lasts (1 last = 2 t. env.) en 1776, 844 jaugeant 46 500 lasts en 1784, 915 et 53 300 lasts en 1801. Elle dépassait en 1807 celle du Danemark avec environ 11 000 marins, sillonnant toutes les mers. Bergen restait consacré aux pêcheries, tandis que Christiania devenait un centre industriel et d'exportation des bois, cependant que se développaient aussi Arendal sur la côte méridionale et Drammen à l'ouest de Christiania, tirant l'un et l'autre profit d'un relâchement du protectionnisme.

Renouveau du sentiment national (1807-1814)

La paysannerie norvégienne, sourde aux appels de la Révolution française, fut réveillée par le message piétiste d'Hans Nielsen Hauge (1771-1824), qui marqua d'une façon indélébile le luthéranisme norvégien, associé à l'esprit d'entreprise. Cependant l'hostilité contre les notables grandissait quand la Norvège ne couvrait que les deux tiers de ses besoins. Le sentiment national s'affermissait avec la renaissance littéraire, sans mettre en cause le loyalisme monarchique. Déjà le pays réclamait son université, qui ne lui fut accordée par Frédéric VI qu'en 1811. La crise qui devait rompre l'Union ne se développa qu'après 1807, lorsque l'attaque britannique contre la flotte danoise amena le prince régent Frédéric à abandonner la neutralité et à rallier la cause napoléonienne. Le blocus anglais réduisit à la misère une grande partie du pays, coupé du Danemark, avec un papier monnaie déprécié entraînant l'inflation. Le mécontentement était général, alors que se répandaient de plus en plus les idées démocratiques. Les marchands, les industriels, la riche bureaucratie s'unissaient aux paysans contre une domination danoise contraignante.

Le chef du mouvement d'indépendance, le comte Herman Wedel Jarlsberg, voulait transférer l'allégeance de la Norvège à Christian Auguste d'Augustenbourg, héritier de Charles XIII, roi de Suède, mais la mort du prince la même année (1810) fit échouer ce projet. Dans ces conditions, le traité de Kiel entre la Suède et le Danemark (14 janv. 1814), qui donnait la Norvège à Bernadotte, régent et futur roi de SuèdeBernadotte, offusque les Norvégiens.

Bernadotte Photographie

Bernadotte Le Français Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844), devenu prince héréditaire de Suède en 1810, devient roi de Suède et de Norvège sous le nom de Charles XIV, en 1818. 

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Le vice-roi danois, Christian-Frédéric, héritier de la couronne du Danemark, appuyé par les notables, réunit l'Assemblée d'Eidsvoll, qui vota une Constitution censitaire d'inspiration franco-américaine et l'élut roi (17 mai 1814). La Constitution reposait sur la séparation des pouvoirs, le législatif revenant au Storting (la Diète), disposant seul du droit de lever les impôts, mais le monarque conservant l'exécutif.

Cependant les alliés soutenaient Bernadotte qui, dès juillet 1814, franchit la frontière. Des négociations s'ouvrirent presque simultanément (armistice de Moss, 14 août 1814). Le Storting accepta l'abdication de Christian-Frédéric et l'élection de Charles XIII de Suède (r. 1814-1818).

La Norvège était déclarée un royaume libre, indépendant, soumis à une simple union personnelle avec la Suède.

  L'Union suédo-norvégienne (1814-1905)

Le Storting d'août 1815 avait défini clairement la nouvelle situation politique et juridique. Mais cette nouvelle union scandinave ne fut pas heureuse. Seuls quelques grands marchands y étaient favorables pour des raisons commerciales. Quant aux Suédois, qui croyaient compenser la perte de la Finlande par la Norvège, les formes de l'Union leur déplurent.

Revendications du Storting norvégien

Les Norvégiens furent indisposés par la nomination d'un vice-roi suédois. Bernadotte, devenu Charles XIV Jean (r. 1818-1844), entendait établir des relations cordiales avec ses sujets norvégiens, mais ses objectifs ne correspondaient pas aux leurs. Il voulait exercer une plus forte autorité, alors qu'ils prétendaient tirer le maximum de la Constitution d'Eidsvoll. Si la question de la dette dano-norvégienne fut réglée grâce à la médiation britannique, la suppression par le Storting des titres nobiliaires héréditaires et des privilèges entraîna l'opposition de la noblesse suédoise. Elle fut imposée par la Diète norvégienne en 1821 après trois sessions successives (le veto royal de six ans ne pouvant être exercé que deux fois). Les Norvégiens persistaient à célébrer le 17 mai au lieu de l'anniversaire de l'Union suédo-norvégienne, attachement exprimé par le poète romantique Henri Wergeland, puis par Bjørnstjerne Bjørnson.

Non seulement le Storting dominé par des paysans et des radicaux urbains refusait une modification constitutionnelle favorable à la prérogative royale, mais il demandait, en 1836, l'égalité avec la Suède en matière de politique étrangère. Il n'obtint de pavillon national que sur les navires de commerce ; la démocratisation des autorités locales fut accordée en 1837, permettant seulement la promotion culturelle et politique de la population. Depuis 1854, le Storting réclamait la suppression du poste de gouverneur général. Les députés demandaient également que le gouverneur soit responsable devant l'Assemblée ou participe aux débats. La loi passa en 1872, mais Charles XV (r. 1859-1872) puis Oscar II (r. 1872-1905) refusèrent d'y souscrire, sur le conseil même du gouvernement conservateur de Frédéric Stang, tout en acceptant la chute du gouvernement. Néanmoins, le chef de la gauche libérale Johan Sverdrup, dont les élections de 1882 avaient assuré le succès, fit assigner devant la Haute Cour de justice Selmer et sept membres de son gouvernement, hostiles au contrôle parlementaire, qui furent condamnés à abandonner leurs fonctions ou à payer des amendes. Oscar II, dans une Suède divisée, dut se résoudre, le 23 juin 1884, à nommer Sverdrup à la tête du ministère, ce qui introduisait le système parlementaire. Des réformes libérales suivirent, orientant le régime politique vers la démocratie, avec l'organisation des partis politiques de gauche et de droite. En 1898, le suffrage universel masculin fut adopté, et le jury introduit dans les procès.

Revendication d'une représentation extérieure

Pour défendre les intérêts de leur marine marchande grandissante, les Norvégiens avaient d'abord revendiqué, en 1885, une égale représentation au comité mixte chargé des affaires étrangères, puis le Storting exigea, en 1892-1893, la création de consulats uniquement norvégiens. Il demandait également que la politique étrangère du pays fût confiée à un Norvégien, sans ingérence de la diplomatie suédoise. Oscar II s'y refusant, le ministère, de gauche, démissionna et fut remplacé par le conservateur Emile Stang. Mais, battu aux élections de 1894, il dut se retirer en 1895. Tandis que se formait un gouvernement de coalition, les Suédois doublaient leur budget militaire, rompaient l'union douanière. Un nouveau comité suédo-norvégien ne put résoudre la question de la représentation diplomatique séparée. L'opposition norvégienne, fière de GriegGrieg, d'Ibsen, de Nansen, alla jusqu'à refuser le budget, voulant imposer un drapeau national et des forteresses norvégiennes (1898).

Grieg Photographie

Grieg Le compositeur norvégien Edvard Grieg (1843-1907), vers 1890. 

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Le 18 mai 1905, les leaders nationalistes norvégiens, conduits par l'armateur de Bergen Christian Michelsen, décidaient le vote au Storting d'un service consulaire norvégien séparé (loi applicable en avril 1906). Oscar II refusa de ratifier cette décision. Le cabinet norvégien donna sa démission, mais le roi ne l'accepta pas, dans l'impossibilité où il se trouvait d'en former un autre. Dès lors, le 7 juin 1905, le Storting unanime déclara que l'Union avec la Suède était abolie, le roi de Suède ayant cessé d'exercer ses fonctionsOscar II. Sous l'influence du prince royal Gustave, des libéraux et des socialistes, le Riksdag de Stockholm consentit à négocier la dissolution de l'Union, à certaines conditions préliminaires. L'une d'entre elles était un plébiscite général en Norvège, dont le résultat, le 13 août, donna 368 211 voix pour la dissolution et 184 contre. La convention de Karlstad (31 oct.) entérina la décision norvégienne. Toutes les forteresses des frontières seraient détruites et toutes les contestations ultérieures portées devant la Cour internationale de La Haye. Un nouveau plébiscite attribua la couronne au prince Charles de Danemark, petit-fils du roi de Danemark et gendre d'Edouard VII, qui, élu le 18 novembre 1905 sous le nom de Haakon (Håkon) VII, devint le premier roi de la Norvège indépendante depuis 1380 (r. 1905-1957).

Oscar II Photographie

Oscar II Le roi de Suède et de Norvège Oscar II (1829-1907) ouvre la séance du Parlement suédois alors que la Norvège se prépare à déclarer son indépendance, en 1905. 

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Le mouvement d'indépendance avait été stimulé par un essor économique remarquable : développement du commerce du bois, trafic au long cours de la troisième flotte du monde, assurant d'importants bénéfices, pêche modernisée, avec le harpon-grenade de Sven Foyn, début de l'exploitation des chutes d'eau et création en 1905, par Samuel Eyde, de la Norsk Hydro, organisation productrice de nitrate de calcium fondée sur la puissance électrique, l'État contrôlant les principales sources d'énergie. La première ligne de chemin de fer remontait à 1854 et Trondhjem était relié à Christiania en 1880, mais la houille blanche fut surtout ensuite utilisée pour le télégraphe, les scieries, la production de pâte de bois et de cellulose. Cependant les facilités d'importation de produits agricoles étrangers entraînaient un recul des surfaces cultivées de plus de 11 p. 100 de 1871 à 1907, et l'accroissement démographique était freiné par une forte émigration (700 000 Norvégiens partant pour l'Amérique du Nord de 1850 à 1910)Norvégiens émigrant vers l'Amérique, vers 1870 et le fléchissement de la natalité depuis 1890.

Norvégiens émigrant vers l'Amérique, vers 1870 Photographie

Norvégiens émigrant vers l'Amérique, vers 1870 Émigrants norvégiens en route pour les États-Unis, vers 1870, sur le navire Hero. La forte croissance démographique et l'appauvrissement rural entraînèrent dès le milieu du XIXe siècle une forte émigration des pays scandinaves, essentiellement vers le nord-ouest des États-Unis. 

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4.   Une indépendance menacée (1905-1970)

L'union des partis contre la tutelle suédoise ne survécut pas à l'indépendance et à la retraite de Christian Michelsen de la présidence du Conseil en octobre 1907. Néanmoins la gauche (Venstre) maintint, en général, sa suprématie pendant les douze années suivantes. Le suffrage quasi universel fut appliqué en 1900, élargi aux femmes en 1913. Une rupture se produisit, en 1908-1909, dans la gauche libérale à propos des restrictions aux investissements capitalistes étrangers. Les réformes sociales s'accélérèrent, la révolution industrielle entraînant des mutations économiques et sociales : assurance contre les accidents, secours aux chômeurs, hospitalisation, assurances sociales (1914).

  Une démocratie travailliste et neutre (1914-1939)

En dépit de ses sympathies pour la Grande-Bretagne, la Norvège resta neutre pendant la Première Guerre mondiale, mais perdit 49,3 p. 100 (1,24 Mt) de sa flotte de commerce, qui rendit toutefois d'importants services aux Anglais. Cette non-belligérance enrichit la spéculation, mais aigrit les rapports entre le capital et le travail. L'après-guerre fut marquée par une grave crise : effondrement des prêts et diminution des constructions navales (8e rang en 1923), mévente, incertitudes monétaires, nombreux paysans accablés de dettes hypothécaires. Le parti travailliste norvégien, qui datait de 1887, vit augmenter ses voix, mais, faute d'une représentation plus exactement proportionnelle, ne pouvait envoyer au Parlement que la moitié des députés auxquels il aurait pu prétendre. Après la réforme électorale de 1921, qui instituait le scrutin de liste, les travaillistes devinrent en 1927 le parti le plus fort au Storting, avec cinquante-neuf sièges. Dès 1928, ils formaient, mais provisoirement, le ministère, les partis bourgeois se groupant pour constituer des cabinets de coalition. L'administration libérale domina avec J. L. Mowinckel, un armateur, de 1924 à 1926, de 1928 à 1931 et de 1933 à 1935. Il fut relayé par des conservateurs, puis par des agrariens. Enfin les travaillistes l'emportèrent en mars 1935 avec Johan Nygaardsvold qui resta à la tête du gouvernement – en exil à Londres à partir de 1940 – jusqu'après la libération du pays, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La Société des Nations reconnut la suzeraineté de la Norvège sur le Spitzberg. La Norvège réclamait le Groenland (Grønland) oriental au Danemark, dont la souveraineté fut confirmée en 1933 par la Cour de La Haye.

Pendant les dix années qui précédèrent le second conflit mondial, la Norvège fut sévèrement touchée par la crise économique internationale. Le chômage affectait plus de 30 p. 100 des salariés de l'industrie, favorisant l'implantation du socialisme. La reprise était cependant nette en 1937. Mais le contrôle étatique n'a cessé de s'étendre. L'Office national agricole, créé en 1928, possède le monopole de l'importation des céréales et achète également tous les grains produits dans le pays.

  Entre l'Angleterre et l'Allemagne (1940-1945)

Comme les autres pays scandinaves, le royaume de Norvège était strictement attaché à sa neutralité. Déçu par la Société des Nations pendant la guerre d'Abyssinie, le gouvernement norvégien annonça, en avril 1938, son intention de s'abstenir de toute participation à un conflit armé. En octobre 1939, les États nordiques l'affirmaient solennellement à Stockholm. Mais la situation géographique comme les intérêts économiques du pays mettaient en péril, plus encore qu'en 1914-1918, la sécurité de la Norvège. D'une part, le gouvernement d'Oslo laissait les Britanniques disposer de ses pétroliers ; d'autre part, il autorisait les Allemands à acheminer le fer suédois par le port de Narvik en utilisant ses eaux territoriales.

Cependant, les Alliés envisageaient d'occuper Narvik « pour couper la route du fer » et de mouiller des mines le long des côtes norvégiennes. De son côté, Hitler était résolu à s'emparer de ceux des États scandinaves qui représentaient un intérêt stratégique immédiat. Le Danemark assurerait le passage vers la Norvège dont les fjords constitueraient des bases naturelles pour les sous-marins allemands, et l'hinterland des aérodromes pour les avions attaquant l'Angleterre. Il convoitait les richesses norvégiennes : marine marchande de mille bateaux et trente mille marins, pyrite, molybdène, cuivre, chrome, bauxite. D'ailleurs, le rassemblement national de QuislingVidkun Quisling et Himmler, vers 1940 établissait un réseau de renseignements travaillant pour les nazis. L'arraisonnement par les Britanniques du ravitailleur l'AltmarkL'Altmark dans les eaux norvégiennes, en 1940 devant Bergen et le mouillage des champs de mines alliés dans les eaux norvégiennes servirent de prétexte à l'attaque allemande du 8 avril 1940. Dès le lendemain, Oslo et les ports de Stavanger, Trondhjem et Narvik tombaient aux mains de l'envahisseur, que renforçaient au sud des forces aéroportées. L'armée norvégienne était celle d'un pays de trois millions d'habitants qui connaît les douceurs de la paix depuis cinquante ans. Ses maigres forces n'étaient guère en état de combattre, n'ayant pas été mobilisées. Pourtant, le fort d'Oskarsborg coula le croiseur Blücher, permettant au roi et au gouvernement de quitter Oslo pour poursuivre la lutte. L'attaque brusquée allemande avait surpris les Alliés autant que les Scandinaves. La Navy de l'amiral Forbes arriva trop tard et, malgré ses succès du 13 avril au large de Narvik, ne parvint pas à redresser la situation. Les unités franco-anglaises, handicapées par la distance, réussirent cependant à débarquer à Namsos au nord et à Åndalsnes au sud. L'amiral anglais lord Cork and Orrery et le général français Béthouart avec ses chasseurs alpins et la légion étrangère prirent Narvik le 28 mai. Fait d'armes inutile. La supériorité aérienne allemande contraignait les Alliés à la retraite devant Trondhjem ; le 23 c'était à Namsos, puis à Narvik dans la première semaine de juin. La victoire allemande de Norvège était grosse de conséquences pour l'avenir du conflit. Mais le gouvernement royal norvégien de Londres, rallié par la flotte de guerre et de commerce, soutenait la lutte des Alliés, à laquelle collabora vaillamment la résistance clandestine intérieure du « Front de la patrie », notamment dans l'affaire de l'eau lourde de Vemmork près de Rjukan (janv. 1944). Quisling formait un gouvernement qui n'avait ni l'appui populaire ni la complète confiance des Allemands. Malgré leurs efforts, ceux-ci ne purent séduire les « Aryens du Nord ». Quand vint la libération, le 8 mai 1945, le peuple norvégien était prêt à travailler au redressement d'un pays durement touché financièrement et économiquement par la guerre et l'occupation.

Vidkun Quisling et Himmler, vers 1940 Photographie

Vidkun Quisling et Himmler, vers 1940 Le Premier ministre fasciste norvégien Vidkun Quisling (1887-1945), à gauche, au côté d'Heinrich Himmler (1900-1945), le chef de la Gestapo, vers 1940. Symbole de la collaboration d'État, Quisling fut jugé et exécuté comme criminel de guerre en 1945. 

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L'Altmark dans les eaux norvégiennes, en 1940 Photographie

L'Altmark dans les eaux norvégiennes, en 1940 Le navire ravitailleur allemand Altmark, en février 1940, réfugié dans le Jössingfjord en Norvège. Les trois cents marins britanniques détenus à son bord furent libérés par la manœuvre audacieuse du destroyer britannique HMS Cossack, qui prit le navire allemand à l'abordage, le 16 février, alors qu'il se trouvait dans les eaux neutres de la Norvège. 

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  Reconstruction et désenclavement

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les élections du 8 octobre 1945 avaient ramené au pouvoir les travaillistes, dont la représentation s'accrut lors des élections de 1949 et surtout de 1957 (plus de 48 p. 100 des suffrages). Ainsi, le travaillisme avait conservé la majorité pendant trente ans. Mais il la perdit au Storting en 1965, et un gouvernement de coalition fut formé par les centristes, les conservateurs, les libéraux et les chrétiens. Aux élections de 1969, ces quatre partis gardèrent une faible majorité des sièges (76 députés contre 74).

Redressement économique

À l'issue du conflit, le pays se retrouvait très appauvri : 20 p. 100 de la fortune nationale perdue, plus de la moitié de la marine marchande coulée, la valeur des armements de pêche réduite de plus de 40 p. 100, celle de l'industrie de plus de 30 p. 100. Les tâches de la reconstruction rassemblèrent toutes les énergies. Les difficultés financières avaient pour corollaire le maintien et l'extension du rôle de l'État dans la vie économique. Il fallut avoir recours à des emprunts étrangers : puis le plan Marshall permit de ranimer les échanges internationaux. Des institutions nouvelles de planification économique assurèrent l'exploitation d'un secteur important de l'activité économique soustrait à la propriété privée, comme les usines d'aluminium d'Årdal, les fonderies de Mo-i-Rana, jouissant de l'autonomie financière. Avec l'adhésion en 1948 à l'O.E.C.E., un assouplissement de l'emprise étatique fut possible. Comparé à celui des autres pays européens, le niveau des investissements a été relativement élevé depuis la fin de la guerre. Entre 1950 et 1960, 30 p. 100 en moyenne du produit national brut de la Norvège a été investi, contre 20 p. 100 pour l'ensemble de l'Europe. Cependant, son taux annuel moyen de croissance, pendant la période 1957-1966, a été inférieur aux taux des pays du Marché commun, en raison du coût plus élevé de l'infrastructure (transports, constructions, logements), de la croissance relativement faible de la population active et de la nécessité d'importants capitaux pour la flotte marchande et l'électrométallurgie. Une grande partie de l'industrie électrométallurgique et électrochimique a été, depuis vingt ans, installée dans l'Ouest et dans la partie méridionale de la Norvège du Nord.

En janvier 1970, une importante réforme fiscale est entrée en vigueur, liée à l'introduction de la T.V.A. (taxe à la valeur ajoutée), allégeant l'impôt direct sur le revenu des personnes physiques et les impôts frappant les sociétés (réduction de 15 p. 100 par rapport à ceux de 1969), majorant les allocations familiales et les autres prestations sociales.

Depuis 1958, les activités primaires (agriculture, pêche, sylviculture) occupent une part de plus en plus réduite de la main-d'œuvre. Cependant la prédominance de la petite propriété se maintient, malgré les lois agraires de remembrement de 1955 et 1965, et la Norvège reste forte importatrice de produits agricoles. La grande majorité des paysans adhère à des organisations coopératives de vente, réglementant le marché, modernisant les techniques de production, unifiant les prix. Depuis la dernière guerre, la pêche a évolué, (moins de pêcheurs et un net fléchissement des prises), en raison de la raréfaction progressive des bancs de morues le long des côtes. La pêche à la baleine est néanmoins deux fois plus active qu'en 1920-1925 et l'industrie de la congélation du poisson crée des emplois nouveaux dans des régions jusqu'à présent en régression. L'industrie des produits forestiers s'est spécialisée dans la production des pâtes à papier, papiers et cartons. Elle a triplé depuis les années 1930, a doublé depuis 1956 et s'exporte pour les deux tiers, mais elle est maintenant débitrice de l'étranger et connaît des difficultés, ses prix de revient restant plus élevés que ceux de Suède, de Finlande et d'Amérique du Nord.

L'importance de la flotte marchande a encore augmenté. Passant de 2,7 Mt brutes de jauge en 1945 à 19,7 Mt en 1968, soit 10 p. 100 du tonnage mondial, c'est une flotte modernisée, aux grandes unités, où les pétroliers représentent environ 50 p. 100 de l'ensemble (10 Mt). Au contraire, la balance commerciale est déficitaire ; toutefois, les recettes des frets couvrent, en grande partie, le déficit des opérations commerciales, ses principaux partenaires commerciaux étant la Suède, l'Allemagne fédérale et le Royaume-Uni ; la découverte de gisements pétroliers en mer du Nord lui ouvre des perspectives nouvelles.

La sécurité sociale norvégienne

Vers la fin du xviiie siècle, certaines provinces avaient organisé une aide sociale et un secours public aux pauvres. En 1845 fut votée une loi sur l'aide aux pauvres pour l'ensemble du royaume. Elle fut remplacée, en 1900, par la loi sur le secours public, et en 1965 fut promulguée la loi actuelle sur l'aide sociale.

L'industrialisation croissante de la fin du xixe siècle accéléra les mesures d' assistance sociale. En 1895, une assurance sur les accidents du travail fut mise au point pour les ouvriers de l'industrie, puis des mesures furent prises pour les marins et les pêcheurs. Dès 1911, l'assurance maladie obligatoire fut instaurée pour les bas salaires. Depuis 1957, elle est obligatoire pour toute la population.

En 1936, la pension vieillesse selon certaines conditions fut introduite, avec des allocations pour les aveugles et les invalides. L'allocation-chômage obligatoire apparut en 1939.

En 1946 furent instituées les allocations familiales et, dès 1941, les pensions de guerre. L'expansion des assurances sociales a été rapide depuis 1960. L'abolition, en 1959, de la justification des besoins pour l'obtention de la pension de vieillesse marque une importante étape, et à partir de 1960 l'assurance générale sur les accidents du travail a remplacé, en les élargissant, les anciennes caisses d'accidents du travail. En 1965, on créa des allocations aux veuves et aux mères célibataires. L'assurance nationale en 1967 groupa tous les types d'assurance sociale.

Le Storting de 1977 a adopté de nouvelles dispositions à propos de l'allocation maladie concernant tous les salariés et les indépendants.

Problèmes éducatifs et culturels

Dès 1739, la loi danoise décrétait l'instruction publique obligatoire dans les écoles primaires (folkeskole). L' enseignement, de sept à seize ans, est gratuit et généralement mixte. Depuis 1959, des écoles municipales font office d'écoles secondaires pour les trois dernières années et distribuent un enseignement pratique et théorique ; des écoles complémentaires (framhalds-skoler) sont ouvertes aux élèves issus du primaire.

L'enseignement secondaire comporte la realskole et le gymnasium, pour la première, les études durent trois ans et donnent accès à des emplois publics et privés. Au gymnasium, cinq ans d'études aboutissent à l'artium (baccalauréat) qui ouvre l'accès aux universités. Les professeurs du secondaire sont formés dans l'enseignement supérieur. Les cours pour jeunes adultes sont dispensés dans les cent collèges populaires d'inspiration grundvigienne. Outre les universités d'Oslo, de Bergen, de Trondheim et de Tromsø et les grandes écoles (Hautes Études polytechniques de Trondheim, École supérieure d'agriculture d'Aas, École vétérinaire d'Oslo, École des hautes études commerciales de Bergen, École normale supérieure de pédagogie de Trondheim), la Société royale de Trondheim (1760) et l'Académie des sciences d'Oslo (1857) président au développement scientifique du pays. La recherche en matière d'océanographie, de biologie sous-marine à Bergen est activement menée. Responsable du prix Nobel de la paix, la Norvège a conscience de sa mission humanitaire. Elle possède les réalisations les plus avancées dans le domaine de la réadaptation et la réinsertion dans la vie active des handicapés.

Le temps des alliances économiques

La Norvège a adhéré à l' O.T.A.N. (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) en 1949, sa frontière avec l'U.R.S.S. dans l'extrême Nord l'inclinant à coopérer avec l'Occident. Les événements de Hongrie en 1956 mirent fin aux discussions concernant cette participation. Mais avec le temps, les tendances neutralistes du pays semblent plutôt se fortifier ; les bases étrangères sont interdites sur le territoire norvégien.

Son appartenance depuis 1957 au Conseil nordique affirme le renforcement des liens entre nations scandinaves. Cependant ce Nordek, fruit de longues négociations depuis la première réunion de Copenhague de février 1953, ne crée encore qu'une union économique et douanière entre la Norvège, la Suède, le Danemark et la Finlande, dont l'application est prévue pour le 1er janvier 1972 ; mais déjà les passeports ont été supprimés et uniformisées les conventions de sécurité sociale et la législation pénale. La nouvelle organisation nordique aura une banque d'investissements pouvant consentir des prêts aux industriels des quatre pays. La création d'un Conseil des ministres nordique est envisagée.

Depuis 1961, aucun parti ne détient la majorité au Storting. Entre 1965 et 1971, le pays eut un gouvernement de coalition, puis des gouvernements minoritaires. Depuis 1973, un gouvernement émanant du parti travailliste s'est appuyé sur le parti socialiste de gauche dans certaines affaires et sur un ou plusieurs partis, notamment en politique étrangère.

Sous Olaf V (r. 1957-1991), suivant les autres pays scandinaves et la Grande-Bretagne, la Norvège est entrée, en 1960, dans la petite zone de libre-échange ou A.E.L.E. Mais, dès 1962, elle a présenté sa demande d'adhésion au Marché commun élargi. En juillet 1967, elle a renouvelé cette demande, après délibération du Parlement d'Oslo ; sur cent cinquante voix, cent trente-six se sont exprimées en sa faveur, treize seulement ont voté contre. Son entrée dans la C.E.E. posera des problèmes propres à la situation géographique et à la structure économique du pays, notamment en matière d'agriculture et de pêche.

Le référendum du 25 septembre 1972 n'a donné que 46,1 p. 100 seulement de oui, une majorité de 53,49 p. 100 des votants a répondu non. Le nouveau cabinet minoritaire a aussitôt demandé aux Communautés européennes l'ouverture de négociations pour conclure un accord de libre-échange. L'accord a été signé à Bruxelles (mai 1973). Il prévoit la suppression des droits de douane sur les produits industriels en juillet 1977, mais avec une période transitoire plus longue pour certains produits considérés comme « sensibles » par la Communauté. Cette liste est importante pour la Norvège : produits de l'industrie du papier, carbure de silicium, ferro-alliages, magnésium, nickel et aluminium. La Norvège a obtenu de la Commission de Bruxelles des concessions substantielles pour certains produits de la pêche et de l'élevage.

La coopération entre les pays nordiques prend des aspects multiples. Outre les organismes officiels, dont le plus important est le Conseil nordique, un réseau de contacts officieux s'est établi, resserrant les liens internordiques, non seulement en matière de sécurité, mais aussi dans le domaine de l'éducation, de la politique sociale, du marché du travail, de l'harmonisation des lois et de la culture. Les gouvernements successifs ont traité avec prudence les problèmes concernant le Spitzberg ; pour ménager l'U.R.S.S., la Norvège n'accorde aucune concession pétrolière à des firmes étrangères au nord du 62e parallèle et le Storting, par souci de maintenir le délicat équilibre nordique, interdit la présence d'armes nucléaires sur le territoire.

Dès la création de l'O.N.U., la Norvège y a joué un rôle actif ; son ministre des Affaires étrangères, Trygve Lie, en fut le premier secrétaire général de 1946 à 1953. Cette adhésion a influencé de manière décisive sa politique étrangère ; elle a envoyé des unités militaires participer aux opérations de sauvegarde de la paix au Liban et a détaché des experts à propos du développement des pêcheries.

Depuis le milieu des années 1950, la Norvège accorde une aide qui ne cesse de s'accroître aux pays en voie de développement.

L'importance stratégique de la Norvège a été démontrée lors de la Seconde Guerre mondiale. Le royaume entend assumer sa sécurité et son indépendance en joignant ses forces à celles de l'O.T.A.N. La garantie de l'O.T.A.N. est concrétisée par l'établissement à Kolsås, près d'Oslo, du quartier général des Forces alliées et par l'implantation dans le nord du pays de quatre aérodromes militaires à Bodø, Bardufoss, Andørja et Banak. Une installation radar, à Vardø, surveille l'immensité arctique. Environ 10 p. 100 du budget pour 1979 sont attribués aux forces armées ; cette somme, la plus importante qui fut jamais votée et à une large majorité, est destinée à de nouveaux équipements, à l'entraînement des troupes de la Garde nationale et de la conscription, selon la tradition de l'ordonnance de Christian IV de 1628, au recrutement de nouveaux officiers, dont du personnel féminin, à la modernisation de la flotte et des défenses côtières, ainsi qu'à la formation des pilotes d'avions à réaction au Canada et aux États-Unis.

Claude NORDMANN

5.  La Norvège contemporaine

  Les grands enjeux politiques et économiques

Toute la période de l'immédiat après-guerre a été dominée en Norvège par la personnalité hors pair du social-démocrate Einar Gerhardsen (1897-1987), Premier ministre pendant dix-sept ans au total. Son départ en 1965 marque la fin d'une époque : celle de la reconstruction du pays et du succès spectaculaire de l'État-providence. Le début de la décennie suivante a été marqué par deux événements qui, bien que de façon très différente, ont eu une importance décisive pour l'histoire de la Norvège contemporaine : le débat concernant l'adhésion à la Communauté européenne et l'entrée dans l'ère du pétrole.

La Norvège et la construction européenne

Ni le pouvoir politique, ni les décideurs économiques n'avaient manifesté un intérêt particulier pour le projet européen tel qu'il avait été défini par les traités de Rome, en 1957. Deux ans plus tard, la Norvège avait d'ailleurs préféré adhérer à l'Association européenne de libre-échange (A.E.L.E.), créée par le Royaume-Uni pour faire concurrence au Marché commun. Lorsque ce dernier se ravisa et présenta sa candidature à l'entrée dans la C.E.E., la Norvège – comme le Danemark – emboîta le pas à son premier partenaire économique de l'époque. Lorsque le président Pompidou leva le veto français, en 1969, la problématique européenne se retrouva brusquement au centre de l'actualité et déclencha en Norvège le débat le plus virulent et le plus durable de tout le xxe siècle.

Une majorité très nette de députés se déclara favorable à l'adhésion, tout comme l'ensemble des responsables économiques. La classe politique était toutefois très partagée, les lignes de clivage créant souvent des factions opposées à l'intérieur des différentes formations, en particulier au sein du Parti travailliste. Dans le sillage des bouleversements idéologiques des années 1960, suivant une stratégie qui avait déjà fait ses preuves dans la lutte contre la guerre au Vietnam et l'armement nucléaire, un vaste mouvement d'opposition se créa alors en dehors du Parlement, le Mouvement populaire contre l'adhésion à la C.E.E. en août 1970. Dans cette initiative de citoyens très hétérogène où toutes les opinions politiques, de l'extrême gauche aux mouvements les plus conservateurs, étaient représentées, un fort consensus s'établit autour de l'idée que la dynamique européenne menaçait les intérêts vitaux du pays, mettant en péril son identité même. Les défenseurs de l'adhésion se rassemblaient essentiellement autour d'arguments économiques. Le référendum organisé en octobre 1972 se solda par un résultat éloquent : 53,49 p. 100 des électeurs votèrent pour le non et 46,51 p. 100 pour le oui, avec un taux de participation élevé de 77,68 p. 100. Le gouvernement du social-démocrate Trygve Bratteli, qui avait plaidé pour l'adhésion, dut démissionner. Une coalition minoritaire de trois partis « bourgeois » (Parti populaire chrétien, Parti du centre et Parti libéral), lui succéda. Elle ne se maintint toutefois qu'un an au pouvoir.

Le débat sur l'adhésion à la C.E.E. a laissé des traces profondes dans l'histoire politique norvégienne. Les gouvernements successifs, qu'ils soient de droite ou de gauche, ont souvent prudemment évité de relancer la discussion. Une deuxième consultation fut néanmoins organisée en 1994 par le Premier ministre social-démocrate Mme  Gro Harlem Brundtland, au moment où la Finlande et la Suède faisaient acte de candidature. Les pourcentages restèrent pratiquement les mêmes : 52,2 p. 100 de non, contre 47,8 p. 100 de oui, avec un taux de participation de 88,44 p. 100. Depuis lors, les sondages ont donné des résultats fluctuants, mais les opposants à l'adhésion sont toujours majoritaires.

En mai 1992, un accord fut signé entre l'Union européenne (U.E.) et les pays de l'A.E.L.E., qui créait l'Espace économique européen (E.E.E.), dans lequel tous les États concernés devaient être sur un pied d'égalité, suivant les principes de la liberté de circulation pour les marchandises, les personnes, les services et les capitaux. Par 130 voix contre 35, le Parlement norvégien ratifia cet accord. Les négociations furent achevées au cours de l'année 1994. En 1995, la Suède et la Finlande devenaient membres de l'U.E. La Suisse ayant par ailleurs refusé de ratifier le traité qui avait créé l'E.E.E., la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein sont les seuls pays de l'A.E.L.E. concernés par ce nouveau cadre. La Norvège se trouve ainsi dans une position paradoxale : étant en dehors de l'U.E., elle ne participe pas aux processus décisionnels, mais son statut de pays membre de l'E.E.E. lui crée l'obligation d'entériner les lois qui s'appliquent à l'Europe communautaire. Elle se plie avec une grande loyauté à cette règle, qui fait d'elle un pays beaucoup plus « européen » qu'il n'y paraît. L'opinion publique semble ne pas avoir pris pleinement conscience de cette dépendance pourtant bien réelle.

L'ère du pétrole

Les années 1970 se distinguèrent aussi par la mise en exploitation des gisements de pétrole et de gaz découverts dans la mer du Nord quelques années auparavant. Grâce à cette richesse providentielle, la Norvège, qui était l'un des pays les plus pauvres de l'Europe occidentale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, devait devenir une grande puissance énergétique et l'une des nations les plus riches du monde.

Le champ Ekofisk, au sud de la zone appartenant à la Norvège, fut le premier à être exploité, en 1971. C'est encore aujourd'hui le plus productif.Plate-forme offshore en mer du Nord

Plate-forme offshore en mer du Nord Photographie

Plate-forme offshore en mer du Nord Une plate-forme pétrolière dans la zone norvégienne, en mer du Nord. Les zones revenant à chaque pays avaient été délimitées par la convention de Genève de 1958, et c'est au sud de cette zone norvégienne que le gisement d'Ekofisk a été découvert en 1969. 

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Pétrochimie en NorvègeLa Norvège s'est distinguée dès le départ par une gestion prudente de ses ressources en hydrocarbures. L'État est propriétaire des gisements et le Parlement décide du rythme de l'exploitation. Un ministère du Pétrole et de l'Énergie a été créé en 1978 et le principe d'une utilisation raisonnable des revenus du pétrole s'est imposé de très bonne heure. Ces bénéfices colossaux doivent profiter à l'ensemble de la société norvégienne et servir à soutenir l'économie nationale dans les périodes de crise. Les milieux écologiques luttent efficacement pour la protection de l'environnement, dans un contexte fragile où on a recours à des technologies sophistiquées. Jusqu'au début des années 2000, les gouvernements successifs se sont appuyés sur des estimations qui prévoyaient un épuisement à assez court terme des réserves norvégiennes de pétrole et de gaz, mais des découvertes récentes dans le Grand Nord, dans la mer de Norvège et à la hauteur de Hammerfest, dans la mer de Barents, ont révélé que d'immenses ressources sont encore inexploitées. Les gisements les plus prometteurs se trouvant toutefois dans les eaux territoriales russes, le gouvernement de Jens Stoltenberg, au pouvoir depuis 2005, a déployé une intense activité diplomatique pour défendre les intérêts norvégiens dans ce secteur. Un accord a été signé en octobre 2007 entre Gazprom et StatoilHydro, qui fait du géant norvégien un des principaux acteurs impliqués dans l'exploitation du gisement de Shtokman.

Pétrochimie en Norvège Photographie

Pétrochimie en Norvège Complexe pétrochimique photographié au crépuscule, en Norvège. 

Crédits: Arnulf Husmo, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Un fonds pétrolier (Statens petroleumsfond) fut créé en 1990, et sa gestion fut confiée à la Banque centrale de Norvège. À la fin de l'année 2007, il représentait un capital de plus de 2 000 milliards de couronnes, soit environ 250 milliards de dollars. La récession du début des années 1990 retarda les premiers versements, qui eurent lieu en 1996. Fonds de réserve, le fonds pétrolier a pour but de permettre aux générations futures de bénéficier des recettes du pétrole, de financer le vieillissement de la population, ainsi que d'amortir les effets des variations du prix du pétrole. Il a pris le nom de « fonds de retraite » en 2006. Une part importante de la population souhaite que le gouvernement utilise davantage ces revenus pour améliorer le système actuel de prestations sociales, mais le Parlement veille à ce que les règles altruistes fixées pour le fonctionnement de ce fonds soient respectées. Il est administré selon des règles d'éthique très strictes, qui excluent par exemple de l'actionnariat les fabricants d'armes « particulièrement inhumaines ».

  L’évolution de la vie politique depuis 1970

Ces deux grands enjeux, la position vis-à-vis de l'Europe et la gestion de la manne pétrolière, ont dominé la vie politique après 1970.

Alternance au pouvoir, surchauffe et crise

Jusqu'aux élections de 1961, le Parti travailliste (Det Norske Arbeiderpartiet) avait eu la majorité absolue au Storting. Il ne l'a plus jamais atteinte par la suite. La coalition « bourgeoise » qui resta au pouvoir d'octobre 1965 à mars 1971, dirigée par Per Borten (Parti du centre), homme politique populaire, poursuivit pour l'essentiel la politique menée par les gouvernements sociaux-démocrates qui l'avait précédée. Croissance économique, plein-emploi, hausse des prix modérée, redistribution de la richesse nationale restèrent à l'ordre du jour, dans le cadre de l'État de bien-être, entraînant des dépenses publiques de plus en plus élevées. La question de l'adhésion à la C.E.E. eut raison de la cohésion gouvernementale.

Le dirigeant du Parti travailliste, Trygve Bratteli constitua alors un gouvernement minoritaire et défendit le oui lors de la campagne qui prépara le référendum de l'automne de 1972. Une puissante opposition extra-parlementaire se forma, regroupant diverses tendances hostiles à la construction européenne. Désavoué par le résultat de la consultation, le gouvernement Bratteli démissionna, laissant la place à une nouvelle coalition « bourgeoise », dont la principale mission fut de négocier un accord commercial avec la Communauté européenne. Les élections législatives de 1973 furent catastrophiques pour le Parti travailliste, qui perdit 12 sièges.

Le débat européen avait créé une grande instabilité dans l'électorat et la situation parlementaire était tellement chaotique qu'aucune majorité ne se dégagea. Trygve Bratteli put toutefois constituer un autre gouvernement minoritaire. Son parti resta au pouvoir jusqu'en octobre 1981, après que deux autres sociaux-démocrates, Odvar Nordli et Gro Harlem Brundtland, première femme à devenir chef du gouvernement en Norvège, lui eurent succédé en tant que Premier ministre. Pour lutter contre les effets de la crise pétrolière des années 1970 et maintenir la croissance, les gouvernements travaillistes eurent recours jusqu'en 1977 à des mesures de type keynésien et utilisèrent les revenus du pétrole pour encourager la consommation. Cette politique eut toutefois pour conséquence une inflation d'environ 10 p. 100, difficile à juguler. À cette époque, les mouvements écologique et féministe, qui s'étaient imposés dès les années 1960, exercèrent une forte influence sur la vie politique. Le deuxième gouvernement Gro Harlem Brundtland, en 1986, fut composé de presque autant d'hommes que de femmes. Depuis lors, la parité est constamment restée une question d'actualité. Au début des années 1970, il y avait moins de 10 p. 100 de femmes au Parlement, alors qu'aux élections de 2005 cette proportion était de 37,9 p. 100. Une loi entrée en vigueur au 1er janvier 2006 fixe pour les conseils d'administration des entreprises à capitaux publics et des sociétés anonymes cotées en bourse l'obligation d'être composés d'au moins 40 p. 100 de femmes.

Après 1974, le nombre de salariés de l'industrie a commencé à baisser, en même temps que le secteur tertiaire occupait une place de plus en plus importante. Les ouvriers ayant souvent voté pour le Parti travailliste, contrairement aux employés de bureau et autres représentants de la classe moyenne, ce dernier perdit de son audience. À cette cause structurelle s'ajoutait le fait que les gouvernements travaillistes successifs se montraient incapables d'apporter un remède à la crise économique. Les dissensions internes qui déchiraient le parti contribuaient aussi à son affaiblissement.

La seconde moitié des années 1970 fut marquée par un renforcement de la droite. Alors qu'il avait obtenu moins de 18 p. 100 des voix aux élections de 1973, ce parti parvint à un score record de près de 32 p. 100 en 1981 (53 sièges sur 155), jamais égalé depuis lors. Il avait encore 50 sièges aux élections suivantes, en 1985, mais quatre ans plus tard, sa représentation tombait à 37 sièges, et il a souvent obtenu moins de 30 députés aux consultations ultérieures. C'est Kåre Willoch, président du groupe parlementaire, qui devint Premier ministre en 1981 à la tête d'un gouvernement minoritaire composé uniquement de ministres issus de son parti. Deux ans plus tard, en 1983, le Parti chrétien populaire et le Parti du centre se rallièrent à lui, et les trois formations constituèrent une coalition majoritaire. Les deux gouvernements Willoch, attachés aux idées néo-libérales, dans un contexte international marqué par les deux mandats du président Reagan (1981-1989) et la longue période du thatchérisme (1979-1990), menèrent une politique économique en rupture avec les méthodes dirigistes utilisées lorsque les travaillistes étaient au pouvoir. On donne à cette période d'essor économique le nom de jappetid, de l'anglais yap (young aspiring professionnal, « jeune professionnel ambitieux »). Elle fut caractérisée par le souci de la croissance et par une confiance accrue dans les mécanismes du marché. Les pouvoirs publics diminuèrent la pression fiscale et prirent des mesures de dérégulation. Il en résulta un élan nouveau pour l'économie norvégienne et le volume des exportations augmenta, déclenchant un optimisme exagéré. Jouant à plein la carte de la concurrence, les banques prirent des risques parfois inconsidérés. La population fut prise d'une frénésie de consommation et de nombreux foyers s'endettèrent considérablement. Un phénomène de surchauffe s'installa, une baisse importante du prix du pétrole aggrava encore la situation et le pays fut entraîné dans la crise, contraignant Kåre Willoch à présenter la démission de son gouvernement.

Reprise et prospérité

Le 9 mai 1986, le Parti social-démocrate constituait un gouvernement homogène minoritaire. La période qui va de mai 1986 à octobre 1997 fut dominée par la personnalité de Mme Gro Harlem Brundtland, leader incontesté du Parti travailliste, personnalité respectée au niveau international, un des responsables politiques les plus populaires de l'époque contemporaine en Norvège. Son gouvernement commença par dévaluer la couronne, de façon à faciliter les exportations et freiner les importations, il augmenta certains impôts et taxes, bloqua les salaires, et poursuivit la politique économique favorable à l'économie de marché pratiquée par Willoch. Cela n'empêcha toutefois pas la crise de s'aggraver au cours des années suivantes, entraînant de fortes tensions dans le monde du travail. Les élections de 1989 furent catastrophiques pour le Parti travailliste et pour la droite, alors que la gauche socialiste et le Parti du progrès, aux deux extrémités de l'échiquier politique, firent un bond en avant spectaculaire, passant respectivement de 6 à 17, et de 2 à 22 sièges. Refusant une alliance avec le Parti populiste de Carl I. Hagen, la droite, le Parti populaire chrétien et le Parti du centre s'allièrent alors pour former une coalition minoritaire sous la direction de Jan P. Syse (Conservateur). Très divisé sur la question européenne, ce gouvernement eut une durée d'à peine un an.

Gro Harlem Brundtland revint alors au pouvoir, à la tête d'un gouvernement travailliste minoritaire. En 1992, le taux de chômage atteignait le chiffre record de 6,2 p. 100. Le train de mesures adopté en décembre, qui comprenait entre autres une réduction des charges patronales, fut accompagné par une baisse des taux d'intérêt et une faible hausse des prix, mais il fallut attendre 1994 pour que la situation s'améliore vraiment.

Pendant toute cette période, y compris la dernière année, d'octobre 1996 à octobre 1997, où Thorbjørn Jagland succéda à Gro Harlem Brundtland, le Parti travailliste évolua nettement au point de vue idéologique. Qu'il s'agisse de questions ayant trait à l'énergie ou la politique sociale, aux affaires étrangères ou aux privatisations, il se rapprocha des thèses défendues par les centristes ou même par la droite. Le gouvernement lança en outre un mouvement de réforme de l'administration, de façon à la rendre plus moderne et plus efficace. Comme il en avait pris l'engagement si son parti obtenait moins de 36,9 p. 100 des voix lors des élections d'octobre 1997, Thorbjørn Jagland démissionna. Le Parti populaire chrétien et le Parti du progrès obtinrent respectivement 13,7 et 15,3 p. 100 des voix, leur meilleur score électoral jusque-là, tandis que le Parti libéral (Venstre) franchissait à peine la limite rédhibitoire des 4 p. 100.

Kjell Magne Bondevik, du Parti populaire chrétien, réussit alors à constituer un gouvernement minoritaire avec le Parti libéral et le Parti du centre. Malgré sa fragilité (42 députés sur 165), il se maintint au pouvoir jusqu'en mars 2000. Contrairement au Parti travailliste, le parti de Bondevik fit de la politique familiale l'un de ses principaux chevaux de bataille. C'est une question liée à la protection de l'environnement qui causa la chute du premier gouvernement Bondevik. Fortement partisan d'une diminution drastique des gaz à effet de serre, le gouvernement posa la question de confiance à propos d'un projet de construction d'usines à gaz et fut renversé.

C'est le social-démocrate Jens StoltenbergJens Stoltenberg qui devint alors Premier ministre, à la tête d'un nouveau gouvernement minoritaire. L'un des objectifs principaux de cette mandature fut la modernisation du secteur public, dans une optique néo-libérale qui rappelait celle de Tony Blair. Deux grandes sociétés nationales, Telenor et Statoil, furent partiellement privatisées, le secteur hospitalier et de la santé, en particulier les soins aux personnes âgées, fit l'objet d'une réforme de grande envergure qui déclencha un des débats les plus houleux de l'après-guerre en Norvège et souleva une vague de protestations. Les hôpitaux régionaux devinrent propriété de l'État et se virent appliquer des exigences de rentabilité qui aboutirent entre autres à la fermeture de certains services spécialisés. D'autres réformes destinées à assurer un fonctionnement plus rationnel de la société frappèrent aussi l'enseignement supérieur et la police. Les élections de l'année 2001 sanctionnèrent sévèrement le gouvernement. Le parti du Premier ministre travailliste perdit 22 sièges et enregistra son score le plus faible de toute son histoire d'après guerre. La droite en gagna 15 et les partis populaire chrétien et du progrès en obtinrent respectivement 22 et 26 (14,6 p. 100 des voix). Ce résultat montrait que l'électorat souhaitait nettement une politique de droite.

Jens Stoltenberg Photographie

Jens Stoltenberg Le Premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, pendant les élections municipales du 10 septembre 2007. 

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Kjell Magne Bondevik (Parti populaire chrétien) revint alors au pouvoir, avec une coalition minoritaire qui comprenait aussi la droite et le Parti libéral et pouvait compter sur le soutien conditionnel du Parti du progrès. Le nouveau gouvernement continua à encourager les privatisations, en particulier dans le secteur de la santé et de l'école. La pêche en mer fut favorisée par rapport à la pêche côtière, par un système de concentration des quotas sur un nombre réduit d'entreprises de plus grande envergure, en même temps que l'État faisait un effort particulier de rationalisation des dépenses de l'administration communale en introduisant les principes de la concurrence, du regroupement en unités plus grandes, et de la centralisation. Cette politique de réformes rencontra suffisamment de résistance pour que les trois partis de l'opposition (Gauche socialiste, Parti travailliste et Parti du centre) décident de se présenter conjointement devant les électeurs.

Le scrutin de l'automne de 2005 permit au Parti social-démocrate de gagner 38 sièges et de retrouver ainsi son étiage habituel. Mais le grand vainqueur de cette consultation était le Parti du progrès, à l'extrême droite de l'échiquier politique norvégien, populiste, très restrictif en matière d'immigration, qui progressait de 12 sièges et en totalisait 38. Il devenait ainsi le deuxième Parti du Storting. Jens Stoltenberg put alors former une coalition majoritaire « rouge-verte », les « verts » n'étant pas les écologistes, mais les représentants du Parti du centre, anciennement agrarien. C'était la première fois que le Parti travailliste acceptait d'exercer le pouvoir au sein d'une coalition, la première fois que le Parti du centre collaborait avec des partis de gauche et la première fois que la Gauche socialiste participait à un gouvernement norvégien. Malgré des options politiques nettement divergentes dans plusieurs domaines clés (politique européenne, guerre en Afghanistan, questions d'environnement, etc.), les trois partis s'engagèrent dans une politique orientée nettement plus à gauche que le premier gouvernement Stoltenberg. Qu'il s'agisse du domaine de la santé, de l'école ou des services administratifs, l'accent fut mis sur la défense du secteur public.

Au cours des dernières décennies, la Norvège s'est distinguée par un fort engagement international et une diplomatie active. Elle a joué entre autres un rôle de médiateur dans le règlement de plusieurs conflits, en particulier celui du Proche-Orient, lors des accords d'Oslo, en 1993. Bien que l'utilisation des fonds qu'elle consacre à l'aide aux pays en développement fasse depuis quelque temps l'objet de vives critiques, la Norvège donne le bon exemple à la communauté internationale en lui réservant près de 1 p. 100 de son P.N.B.

En septembre 2009, la coalition gouvernementale sortante de centre gauche est reconduite à l’issue des élections législatives. Elle représente en effet aux yeux des Norvégiens la stabilité et la défense de l'emploi, car le plan de relance qu’elle a adopté en début d'année a permis de minimiser l'impact de la crise économique mondiale et de maintenir le chômage à un faible niveau.

Un événement tragique vient en 2011 perturber ce tableau. Le 22 juillet, un homme fait exploser une voiture piégée à Oslo, faisant huit morts et, quelques heures plus tard, il ouvre le feu lors d’un rassemblement des Jeunesses sociales-démocrates, tuant soixante-neuf personnes. L’auteur de ces deux attentats terroristes, les premiers actes de ce type sur le territoire norvégien, est un extrémiste de droite, fondamentaliste chrétien, antimarxiste et islamophobe. Alors que l’auteur des attentats dénonçait « le multiculturalisme qui pourrit la Norvège », Jens Stoltenberg déplore une attaque contre une « société ouverte », caractéristique du pays.

Lors des élections législatives de septembre 2013, le Parti travailliste arrive en tête, malgré un net recul, mais le Parti conservateur et le Parti du progrès concluent un accord pour former un gouvernement de coalition minoritaire, dont Erna Solberg prend la tête.

  Vie économique

Comme celle des autres pays industrialisés, l'économie norvégienne a connu une mutation spectaculaire depuis les années 1950. L'importance du secteur tertiaire a considérablement augmenté. Il occupe aujourd'hui près de 75 p. 100 des salariés norvégiens. Un élément spécifique a toutefois marqué un tournant décisif dans l'histoire économique du pays : l'exploitation d'importants gisements de pétrole et de gaz dans les eaux territoriales nationales à partir de 1971. Cette branche d'activité est venue s'ajouter aux principaux secteurs traditionnels (agriculture et sylviculture, pêche, constructions navales) et a profondément modifié la structure de l'économie nationale. La Norvège n'a pas tardé à devenir l'un des plus grands pays producteurs et exportateurs d'hydrocarbures au niveau mondial.

Après avoir fortement ressenti les conséquences de la baisse du prix du brut à la fin des années 1980, elle a commencé à sortir de la récession à partir de 1993, et la première décennie du xxie siècle a été une période de croissance robuste et de chômage faible. Rapporté au nombre de ses habitants, son P.N.B. a fait de la Norvège le deuxième pays le plus riche d'Europe, après le Luxembourg.

Sachant que les réserves norvégiennes d'hydrocarbures sont limitées, les pouvoirs publics gèrent leur exploitation avec prudence. L'un des défis majeurs auxquels le pays est confronté est d'éviter les effets pervers de la richesse pétrolière. Le développement de certains secteurs de pointe contribue à diversifier les activités, générant des emplois et apportant une contribution importante au P.N.B.

L'agriculture

TrondelagLes conditions climatiques et topographiques n'étant pas favorables à l'agriculture, le pays dépend beaucoup de l'extérieur pour les denrées alimentaires.

Trondelag Photographie

Trondelag Vue aérienne de la campagne dans le Trondelag, en Norvège. 

Crédits: Arnulf Husmo, Tony Stone Images/ Getty Consulter

En 2006, les surfaces cultivées couvraient 3,2 p. 100 du territoire, tandis que le secteur agricole et forestier fournissait du travail à 2,6 p. 100 de la population active et ne représentait que 0,7 p. 100 du P.N.B. À la même période, la Norvège comptait 51 200 exploitations, soit environ quatre fois moins qu'en 1949. Depuis la fin du xxe siècle, ce mouvement s'est poursuivi à un rythme rapide, en même temps que les exploitations devenaient plus grandes et les méthodes de gestion plus rationnelles.

Les exploitations agricoles norvégiennes, très fortement mécanisées, n'ont pratiquement plus de chevaux. Le nombre de vaches laitières est en constante diminution, contrairement à celui des porcs et des moutons. L'élevage du vison, après une croissance vertigineuse jusqu'en 1969 (plus de 3 millions), s'est stabilisé en 2004-2005 aux environs de 400 000 ou 500 000.

Le nombre d'agriculteurs à plein temps diminue régulièrement. Certains d'entre eux ont un travail annexe et déclarent avoir une autre activité principale. Au milieu des années 2000, près du quart des agriculteurs norvégiens ne pouvaient pas vivre de leur exploitation. Un grand nombre d'agriculteurs complètent leurs revenus en exploitant aussi des forêts.

La forêt

Depuis des siècles, le bois occupe une place de choix parmi les produits d'exportation de la Norvège. Son importance relative a toutefois diminué. Ce secteur d'activité ne représentait plus que 0,3 p. 100 du P.N.B. en 2005 (0,75 p. 100, si on ajoute l'industrie forestière), alors que ce pourcentage était de 2,5 en 1950. La forêt couvre 33 p. 100 du territoire norvégien, mais seuls 24 p. 100 de cette surface sont productifs. Le sapin est le plus fortement représenté, suivi par le pin et le bouleau. La production annuelle est d'environ 7 millions de mètres cubes. Elle a pratiquement doublé en l'espace d'un siècle.

La pêche et l'aquaculture

Depuis toujours, la pêche fait partie des ressources naturelles de la Norvège. Elle ne représente que 0,7 p. 100 du P.N.B., mais fournit 4,4 p. 100 de la totalité des exportations nationales et est actuellement le troisième secteur d'exportation du pays, après les hydrocarbures et la métallurgie. Ses principaux clients sont le Danemark, la Russie, la France (plus grand consommateur de saumon norvégien) et le Japon. Depuis les années 1950, le nombre de pêcheurs a très fortement diminué, mais la production a été multipliée par deux.

À partir des années 1980, la pisciculture s'est développée à un rythme rapide. Le saumon représente à lui seul 85 p. 100 du poisson d'élevage norvégien, la truite vient en deuxième position.

Le pétrole

Dès le départ, les pouvoirs publics norvégiens ont tenu à contrôler l'ensemble des activités pétrolières. C'est l'État qui a le droit de propriété sur toutes les ressources et c'est lui qui délivre les permis de prospection et d'exploitation. Le Parlement fixe le mode de fonctionnement de ce secteur. Les différents partis politiques, parfois en désaccord sur le rythme à adopter, s'entendirent toutefois très tôt sur le principe que les revenus du pétrole devraient servir à créer une meilleure qualité de vie pour la société norvégienne. Au lieu de se lancer dans une course incontrôlée à la production, le pouvoir politique a toujours fait preuve d'une grande prudence. Il a tenu le plus grand compte des prévisions qui ont toujours indiqué que les ressources du socle continental norvégien étaient limitées. Jusqu'à présent, les gouvernements successifs sont arrivés à convaincre l'opinion publique que les énormes revenus du pétrole devaient être gérés au mieux des intérêts de tous, en pensant en particulier aux aléas de la vie économique et aux besoins des générations à venir.

La Norvège se situe dans les quinze premiers pays producteurs de pétrole (1,5 million de barils par jour, après avoir atteint en 2000 un pic de production de 2 millions de barils par jour), et dans les dix premiers pour les exportations. En outre, les exportations de gaz norvégien couvrent à peu près 15 p. 100 de la consommation européenne. Au milieu des années 2000, les activités liées au pétrole représentaient 25 p. 100 du P.N.B. et 33 p. 100 des revenus de l'État (en impôts, taxes et actionnariat), ainsi qu'environ 50 p. 100 du volume d'exportation global du pays pour les marchandises et les services.

La production de pétrole, qui s’épuise depuis les années 2000, est susceptible de progresser à nouveau, en raison de la découverte de plusieurs gisements en mer du Nord au début des années 2010. La production de gaz est quant à elle appelée à augmenter.

Les pouvoirs publics sont attentifs au fait que l'immense richesse pétrolière de la Norvège a bouleversé les structures de l'économie nationale et risque de masquer ses faiblesses, hypothéquant ainsi l'avenir. L'une de leurs préoccupations est d'éviter de tout miser sur les revenus d'un seul produit.

L'énergie

Bien avant que ses ressources en pétrole et en gaz naturel ne fassent d'elle une grande puissance énergétique, la Norvège s'est distinguée, dès les années 1880, dans le domaine de la houille blanche. Pour ce qui est de la seule électricité, les Norvégiens détiennent toutefois le record mondial de la consommation par habitant, avec une moyenne dix fois supérieure à la moyenne mondiale. La topographie du pays (nombreuses chutes d'eau) ainsi que ses conditions climatiques sont particulièrement favorables à la production d'hydroélectricité, qui représente à elle seule 99 p. 100 de la production nationale en courant électrique. Tous modes de production confondus, la Norvège produit environ 128 TWh par an. En l'espace de vingt-cinq ans, la consommation de pétrole et de produits dérivés a diminué, alors que la part de l'électricité a nettement augmenté, mais le gaz naturel est appelé à jouer un rôle croissant à l'avenir.

Le secteur industriel

Près du tiers de l'important potentiel hydroélectrique de la Norvège est utilisé au profit d'industries fortement consommatrices d'énergie (métallurgie, chimie et pétrochimie, fabrication de papier et de pâte à papier), nettement orientées vers l'exportation. Parmi les métaux, il y a lieu de mentionner surtout l'aluminium, dont la Norvège est un important producteur et exportateur, ainsi que le magnésium, le nickel, le zinc et les ferro-alliages.

Si la construction navale est depuis longtemps un point fort de l'industrie norvégienne, celle des plates-formes pétrolières est beaucoup plus récente.

Le secteur de l'industrie alimentaire, des boissons alcoolisées et du tabac est également présent.

Le secteur du bâtiment et les travaux publics connaît une progression continuelle depuis 1990.

L'activité tertiaire

Qu'il s'agisse du marché intérieur ou du commerce extérieur, les services occupent une place croissante dans l'économie norvégienne, notamment les transports maritimes et les services à caractère financier. La flotte marchande norvégienne est l'une des premières du monde, après des pays comme la Grèce ou le Japon. Le fret maritime est l'une des principales sources de devises du pays, avec les hydrocarbures, l'industrie et la pêche.

La qualité des paysages et des infrastructures font de la Norvège une destination touristique appréciée des étrangers et les revenus liés à cette branche d'activité sont en augmentation.

Les Norvégiens ont diversifié et modernisé leur économie. Dans des domaines comme l'exploitation des gisements sous-marins, la pêche ou l'aquaculture, ils ont développé des techniques de pointe et ont acquis un savoir-faire technologique qui leur permet de fabriquer de nombreux équipements spécialisés et de proposer une grande quantité de services de diverses natures. Le secteur des technologies de l'information et de la communication a pris un tel essor qu'il est devenu l'une des toutes premières branches d'activité norvégiennes, après les hydrocarbures.

Le commerce extérieur

Les effets de la mondialisation ont été nettement bénéfiques pour la Norvège. Elle exporte de l'énergie en grande quantité, dans un contexte international où la demande des pays émergents progresse fortement et où les prix sont entraînés à la hausse, et elle importe à faible coût de plus en plus de biens de consommation de pays comme la Chine ou l'Inde.

Pays d'une importance réduite, la Norvège dépend beaucoup de son commerce extérieur. Sa balance commerciale affiche régulièrement un excédent de plus de 300 milliards de couronnes dans les années 2000. Les principaux revenus proviennent du pétrole brut, du gaz naturel et des condensats, suivis par les exportations de métaux (fer, acier, aluminium et nickel, avec leurs alliages), les produits chimiques et les machines et équipements. Les autres grands produits d’exportation sont les poissons et produits de la mer (saumon, morue séchée, hareng…).

Les principaux partenaires économiques de la Norvège sont

la Suède, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, les Pays-Bas, le Danemark, la Chine et la France. Environ 70 p. 100 des importations de marchandises et 80 p. 100 des exportations se font avec des pays de l'U.E. Le volume des échanges avec ces derniers connaît toutefois une baisse régulière depuis 2004, au bénéfice de la Chine, dont l'importance va en augmentant (vêtements, équipements de bureau, informatique, télécommunication).

Marc AUCHET

6.   La littérature

Les rigueurs de l'Histoire ont fait grand tort à la Norvège, qui n'est parvenue à créer une littérature de premier ordre que depuis un siècle et demi. Elle ne réussit pas à résoudre un problème linguistique qui complique grandement toute approche. Pourtant, elle possède quelques-uns des plus grands écrivains qu'ait comptés le nord de l'Europe.

  Les débuts, jusqu'à la Réforme

Les premiers documents « écrits » remontent au ive siècle de notre ère : ce sont les inscriptions runiques égaillées sur tout le territoire norvégien. Simplement commémoratives ou obscurément magiques, concises jusqu'à l'énigme ou hautement élaborées, elles témoignent par leur versification évoluée de l'existence d'une poésie primitive orale de qualité, faite sans doute de proverbes, d'énigmes allitérées, de chants de conjurations (galdrar) et d'hymnes. Surtout, certaines attestent que les genres eddiques faisaient florès bien avant l'âge d'or islandais et que l'art raffiné des scaldes a pu naître sur le sol norvégien. Étaient norvégiens, en effet, le plus ancien scalde connu, Bragi Boddason (première moitié du ixe s.), auteur de la Ragnarsdrápa, ainsi que Þjódólfr de Hvín (début du xe s.), qui composa Haustlöng (Longueur d'automne) et Ynglingatal (Dénombrement des Ynglingar), Þorbjörn Hornklofi (début du xe s.), auteur d'un Haraldskvaedi, et Eyvindr Skáldaspillir (v. 915-v. 990), qui a laissé un Hákonarmál (Dit de Hákon) et un poème généalogique, Háleygjatal.

À partir du xie siècle s'établit la grande communauté culturelle Islande-Norvège, où il est difficile de démêler ce qui revient à un pays plus qu'à l'autre, encore que ce soient presque toujours des Islandais, semble-t-il, qui aient rédigé ou consigné les textes que nous connaissons. Pourtant, il est probable que certains poèmes de l' Edda sont, tout ou partie, d'origine norvégienne, notamment les Hávamál, les Grimnísmál, les Vaflthrudnísmál, l'Atlakvida, les Hamdismál et la Völundarkvida.

Christianisée à partir de 1000, la Norvège adopte l'alphabet latin et entreprend la rédaction de codes de lois et de chroniques historiques ou de vies de saints sous l'impulsion de ses évêques, autour de quelques monastères actifs. Dès 1170 environ, l'archevêque Eysteinn de Nidarós (Trondhjem) compose une Passio et miracula beati Olavi ; avec un savoureux recueil d'homélies en langue vulgaire (Gammel norsk homiliebok, v. 1200), c'est le point de départ d'une abondante production hagiographique (Postola sögur, Heilagra manna sögur). Un moine, Þjódrekr (Theodoricus), écrit, avant 1200, une Historia Norvegiae (v. 1180) et un Ágrip af Nóregs konunga sögum (v. 1190, Abrégé des histoires des rois de Norvège). Ces précisions sont importantes. On a coutume de s'extasier, à bon droit, sur le « miracle islandais ». Et certes la production littéraire de l'île dépasse, en quantité comme en qualité, tout ce qui s'est fait sur le continent à égalité d'époque. Mais on ne saurait oublier que les fondateurs (les colonisateurs) de l'Islande furent en majorité des Norvégiens, et qu'ils y apportèrent leur culture, leurs traditions, leurs textes aussi bien.

Sous l'influence du roi Hákon Hákonarson (1204-1263), la Norvège se tourne résolument vers l'Europe, la France surtout, ce qui lui vaut une littérature abondante, imitée et souvent directement traduite de la littérature française de cour et de chevalerie. De cette importante production, deux chefs-d'œuvre émergent : l'anonyme Konungs skuggsjá (v. 1250, Speculum regale), composé à la manière des Miroirs chers à l'époque, et le Draumkvaedi (Poème du rêve), également anonyme, qui pourrait remonter à 1300 et ressortit au genre de visions poétiques du Paradis et de l'Enfer. Même si ce sont des Islandais qui, pour la plupart, ont satisfait les désirs de Hákon en matière de littérature, il est très probable que l'exemple est souvent venu de Norvège. Pour ne prendre qu'un exemple, le célèbre Frère Robert qui traduisit-adapta le Tristan de Thomas pour en faire la Tristrams saga ok Isöndar, était vraisemblablement un Norvégien.

Avec le passage, en 1380, sous la domination danoise cesse ce que Hans E. Kinck a appelé l'« époque de la grandeur » norvégienne. Presque quatre siècles de demi-silence vont suivre. Silence, à vrai dire, de l'élite seulement, car le peuple norvégien continuera de témoigner d'une activité poétique et conteuse dont on ne s'avisera de relever l'intérêt qu'au xixe siècle romantique. À la veillée, aux jours de fêtes, dans les assemblées, on se répète les folkeviser, strophes, ballades, danses au rythme simple, aux thèmes naïfs où l'on évoque les trolls, les champions du temps passé, qu'ils sortent du fond local ou reprennent des motifs communs à toute l'Europe. Ou bien ce sont des steve, petites improvisations lyriques (on en a dénombré quelque vingt mille) sur la beauté de la femme aimée, le charme des forêts, la saveur de vivre. Enfin, il y a les eventyr, contes fantastiques en prose, où le réalisme tient à un décor de nature typique et à une peinture des caractères qui évoque assez bien l'esprit des sagas islandaises. Le génie norvégien semble ainsi avoir accordé très tôt une place prépondérante au genre du conte, éventuellement poétique, mais en majorité narratif. La collection des contes populaires à laquelle travailleront les romantiques propose ainsi une quantité vraiment surprenante de textes, sans commune mesure avec ce qu'offre le reste de la Scandinavie.

  De la Réforme au romantisme

La Réforme n'aura d'abord que peu d'effets sur la Norvège : venue du Danemark, elle ne faisait que renforcer le joug étranger. Le xvie siècle s'intéresse certes à l'humanisme, dans la mesure en particulier où il affectionne les inventaires de connaissances scientifiques, historiques ou géographiques, mais il se préoccupe beaucoup plus de nationalisme. Om Norges rige (1567, Du royaume de Norvège) d'Absalon Petterssøn Beyer et la traduction, par Peder Claussøn Friis, de la Heimskringla de Snorri Sturluson (Norske Kongers Chronica, 1663) définissent déjà les tendances de ce nationalisme – l'exaltation du passé glorieux en particulier – qui finiront par passer pour la coloration majeure de l'inspiration norvégienne.

Le xviie siècle ne verra qu'un seul écrivain de qualité, le pasteur Petter Dass (1647-1707), qui décrit poétiquement son pays dans le goût baroque (Nordlands Trompet, 1678-1698, Trompette du Nord) et commente Luther en vers.

Au xviiie siècle, les deux plus grands Norvégiens, Ludvig Holberg et Johann Wessel, écrivent toute leur œuvre en danois. Car le Danemark a agi en colonialiste sévère en Norvège, interdisant l'emploi de la langue norvégienne dans tous les actes officiels et contraignant l'intelligentsia à publier en danois. De leur côté, les cercles intellectuels sont à l'école des « philosophes » français. La Société de Trondhjem (fondée en 1760), puis la Société norvégienne (à partir de 1772) diffusent une foi dans la vérité universelle, un culte de la raison qui remontent tout droit à Voltaire.

Ce sont les événements qui se chargeront de précipiter le cours des choses. Les bouleversements introduits dans les affaires européennes par Napoléon provoquent la fondation d'une Université norvégienne à Kristiania en 1811, puis la dissolution de l'union avec le Danemark en 1814. Cédée à la Suède, la Norvège ne lui est plus rattachée que par la personne du roi. Si les deux pays ont une politique étrangère commune, ils ont des administrations différentes.

Il n'en faut pas davantage pour provoquer une vague de nationalisme qui prend l'allure d'une forte poussée libérale. La gauche norvégienne, à l'époque, s'efforce de revenir aux sources nationales, surtout en recréant une langue originale. Deux grands noms dominent cet âge effervescent.

Le premier est Henrik Wergeland (1808-1845), chez qui luttes politiques et activités littéraires sont inséparables. Ce poète, dramaturge, historien et essayiste fougueux, trouva le moyen d'être à la fois un rêveur épique (Digte, 1829 et 1834, Poèmes) et un visionnaire (dans son chef-d'œuvre Skabelsen, Mennesket og Messias, 1830, La Création, l'homme et le Messie, où il dépeint l'affrontement manichéen des forces fécondes de la vie avec les puissances de la mort, et aussi dans les rêveries fantastiques de Jan van Huysums blomsterstykke, 1840 (Les Fleurs de Jean van Huysum), un historien romantique passionné de Herder, un polémiste humanitaire plaidant pour les humbles, l'indépendance et la démocratie (dans le diptyque Jøden, 1842, Le Juif, et Jødinden, 1844, La Juive), et un idéaliste platonicien. Le romantisme scandinave a le plus souvent échappé à l'attention des critiques français. Pourtant, le Danois Œhlenschläger, le Suédois Geijer, et Wergeland en premier lieu, manifestent une remontée vers l'expression d'un génie original qui connaîtra tout son éclat avec la « percée » moderne à venir.

Johan Sebastian Welhaven (1807-1873), qui fut d'abord l'ami de Wergeland, lui fait parfaitement antithèse. S'il fut attaché lui aussi à la cause norvégienne, il ne put se résoudre à rompre avec la tradition danoise. Norges dœmring (1834, Le Crépuscule de la Norvège) fait une mordante satire de la société norvégienne, ignorante et satisfaite d'elle-même. Il résoudra le dilemme en luttant pour le scandinavisme, tout en puisant parfois son inspiration dans la poésie populaire et dans un certain romantisme national (Reisebilleder og digte, 1851, Images de voyages et poèmes ; En Digtsamling, 1859, Un recueil de poèmes). On retient surtout de cette œuvre une poésie élégante qui recherche la rigueur classique (Digte, 1838, Poèmes) pour chanter mélancoliquement des amours tragiques (Nyere Digte, 1844, Nouveaux Poèmes) ou exalter d'abord un panthéisme à la Schleiermacher, puis le christianisme.

Ainsi se trouve clairement posé le problème fondamental des lettres norvégiennes modernes : celui de l'affrontement des « deux cultures », la danoise chère aux élites, l'autochtone léguée par le passé lointain et entretenue par le petit peuple des paysans et des pêcheurs.

Celle-ci va se trouver brusquement remise à l'honneur par les travaux d'historiens et de folkloristes remarquables. C'est l'historien P. A. Munch (Det Norske folks Historie, 1851-1863, L'Histoire du peuple norvégien) et surtout Jørgen Moe (1813-1882) et Peter Christen Asbjørnsen (1812-1885), qui éditent ensemble de 1841 à 1871 des Norske Folkeeventyr (Contes et légendes populaires de Norvège), tandis que M. B. Landstad recueille des Norske Folkeviser en 1852-1853 et qu' Ivar Aasen (1813-1896), instituteur rural et philologue autodidacte, lui-même poète et dramaturge, compose une grammaire et un dictionnaire du norvégien populaire. Voici fondée la langue écrite que cherchait le « norvégianisme », cet amalgame de parlers populaires dialectaux, de tournures archaïques, auquel on donnera le nom de landsmål, puis de nynorsk ou néo-norvégien. Désormais, les assises d'une littérature en langue originale sont posées. Qui plus est, le départ est donné à un vaste mouvement d'études du peuple dont bénéficiera largement la littérature, tandis que paysans et pêcheurs, devenus symbole de la nation, se trouvent incarnés dans une floraison de types pittoresques et drus, aimant l'humour vert et le fantastique. Tout proches des forces de la nature : de Peer Gynt au Mattis des Oiseaux de Tarjei Vesaas en passant par les Gens de Juvik de Olav Dunn, c'est le type littéraire norvégien qui est sorti, vivant, de ces recueils. Ivar Aasen et Aasmund Olafsson Vinje (1818-1870) ayant d'emblée doté cette langue nouvelle de ses premières œuvres de qualité, la porte s'ouvre sur un nouvel âge d'or des lettres norvégiennes.

  Réalisme et naturalisme (1850-1890)

L'époque qui suit voit d'importants changements économiques et sociaux. Il en résulte de vives luttes politiques, paysans et classe moyenne fortement nationalistes s'opposant à une droite royaliste et unioniste. En 1884, la gauche accède au pouvoir et introduit le parlementarisme dans les mœurs. C'est aussi le moment où la Norvège s'ouvre aux influences extérieures. Positivisme, rationalisme, utilitarisme et darwinisme marquent les esprits autant que le réalisme, puis le naturalisme français. Ici comme ailleurs dans le Nord, le rôle décisif aura été joué par le Danois Georg Brandes, responsable de la « percée » de la modernité en Scandinavie. Il se fit le défenseur de tout ce qui tendait vers le rationalisme en battant en brèche les dispositions naturelles à la religion ou au mysticisme. Sur le plan purement dialectique, il ne faisait que reprendre les attitudes de S. Kierkegaard en se plaçant dans le droit fil de son intransigeance radicale : Ibsen s'en souviendra. Et d'un point de vue pédagogique, un autre Danois, N. F. S. Grundtvig, allait trouver de profonds échos en Norvège, en s'efforçant de concilier culture populaire, « inviscération » dans le passé national et religion attachée aux actes plus qu'au dogme.

Car la société norvégienne était curieusement crispée sur des valeurs politiques, éthiques et religieuses anciennes. Et l'on peut dire que l'effort principal des grands écrivains qui débutent après 1855 sera de l'en arracher. C'était heurter de front un obstacle de taille : cette réserve farouche caractéristique des peuples du Nord ; la volonté de passer outre entraîne trop souvent l'excès : individualisme forcené, exaltation démesurée de l'énergie, manque de nuances, tout ce qu'exprime si bien le « tout ou rien » de Brand, le héros d'Ibsen.

C'est la romancière Camilla Collett (18131895), sœur de H. Wergeland, qui ouvre le feu. Féministe ardente, mi-réaliste, mi-romantique, elle attaque de front les conventions sociales dans Amtmandens Døttre (1854-1855, Les Filles du préfet) : ce n'est ni le milieu ni le monde masculin qui doivent décider du mariage, mais l'amour seul de la femme.

Avec Ibsen (1828-1906), poète et dramaturge, les tendances nouvelles se trouvent haussées d'un coup au niveau du génie. De premiers essais tirés du fond national parviennent difficilement à l'imposer. S'y trouvent incarnés, déjà, le fond de cette pensée : élans vers l'idéal, dégoût du médiocre et l'un des grands thèmes de toute l'œuvre, la lutte déchirante entre le désir de remplir sa vocation et le doute corrosif. Exilé volontaire – et pendant vingt-sept ans ! – en Italie, puis en Allemagne, Ibsen décide d'écrire pour guider son peuple et lui donner le goût de la grandeur. Il lui dit qu'il faut tout sacrifier à la vocation, que « l'esprit de compromis, c'est Satan » et qu'« il est vain d'aider un homme qui ne veut rien que ce qu'il peut ». De cette exaltation forcenée de l'énergie, de l'individualisme et de la volonté, il donne une épreuve positive, Brand (1866), puis deux négatives, Peer Gynt (1867) et De Unges Forbund (1869, L'Union des jeunes), qui marque aussi un infléchissement de l'inspiration vers des considérations politiques et sociales. Commence alors la période des drames dits contemporains parce que les sujets sont pris dans l'actualité, bien que, sous des dehors réalistes, Ibsen y mêle des théories sociales et politiques à des considérations philosophiques souvent traduites par un symbolisme élaboré. Une vingtaine de pièces luttent pour « l'esprit de liberté et de vérité » tout en imposant des personnages exceptionnels (Fruen fra havet, 1888, La Dame de la mer ; Hedda Gabler, 1890). Un point de départ pris dans la réalité, des théories souvent révolutionnaires servies par des héros attachants, un art fait d'économie, de rigueur et de plasticité : la formule restera en application jusqu'à la fin. Mais on s'égarerait à vouloir y trouver l'expression d'un dogmatisme triomphant : Ibsen restera toute sa vie travaillé par le doute et, si les Norvégiens de son temps avaient besoin de la rude leçon d'énergie qu'il leur inculqua, son sens du tragique, son angoisse devant le mystère de la vie et de l'amour valent pour tous les temps.

Ces hésitations ne sont pas le fait de son contemporain, Bjørnstjerne Bjørnson (1832-1910), plus actif, beaucoup moins nuancé mais aussi plus conscient de l'urgence de son rôle politique et pédagogique. Plus romantique que réaliste, il engagea toute sa vie dans le combat pour un libéralisme anti-suédois, un scandinavisme exacerbé par la défaite danoise de 1864, un souci d'éducation populaire nourri du Danois Grundtvig. Il n'aura cessé d'exalter son peuple : dans des romans paysans comme Synnøve Solbakken (1857), des drames historiques au style coloré (Sigurd Slembe, 1862), des drames bourgeois (De Nygifte, 1865, Les Nouveaux Mariés ; En Fallit, 1875, Une faillite ; En Hanske, 1883, Un gant) où il défend souvent les mêmes thèses qu'Ibsen : émancipation de la femme, exécration de la prétendue morale bourgeoise ; des romans réalistes comme Magnhild (1877) et des poèmes épiques d'une magnifique venue (Arnljot Gelline, 1870).

Au fond de cette pensée, il y a une énergie farouche qui se cherche un but : est-ce la religion ? Au-delà des forces I (Over oevne, første stykke, 1883) répond non : vivre pleinement sa foi est au-dessus des forces humaines. Alors, le socialisme ? Au-delà des forces II (1895) émet quelques doutes. Cette œuvre a joué un rôle de premier plan dans la formation de la Norvège moderne.

Plus marqué encore par les courants d'idées de son temps, plus subtil aussi est le romancier Jonas Lie (1833-1908), dont l'œuvre abondante oscille entre réalisme social et irrationnel. Ce dualisme existe dès sa première œuvre, Den Fremsynte eller Billeder fra Nordland (1870, Le Voyant, ou Images du Nordland), et ne se démentira pas. Ici, il se penche sur les problèmes sociaux, dans Familjen paa Gilje (1883, La Famille de Gilje) en particulier, son chef-d'œuvre qui vilipende le mariage forcé et la sujétion de la femme ; là, il s'attache à l'analyse pénétrante de conflits spirituels (Lodsen og hans hustru, 1874, Le Pilote et sa femme), insistant sur les « puissances mauvaises » (Onde Magter, 1890) qui dévoient l'être humain. La même hésitation entre réalisme un peu prédicant et psychologie des profondeurs marque le roman Tora Trondal de Kristian Elster (1814-1881).

Romancier également et auteur de nouvelles, Alexander L.  Kielland (1849-1906), démocrate radical et libre penseur, s'en prend aussi à la société, à ses injustices, à la mauvaise conscience des riches, à la crispation sur des conventions et des traditions mortes. Garman & Worse (1880), son chef-d'œuvre, dépeint la lutte de l'individu naturel et sain contre la civilisation malade, la masse veule, l'autorité injuste. Mais, surtout, Kielland dispose d'un style sans équivalent en Norvège, léger, gracieux, souriant, ironique, qui triomphe dans la nouvelle où il n'a pas de rivaux (Novelletter, 1879 et 1880).

En revanche, Amalie Skram (1846-1905) est beaucoup plus proche du naturalisme, dont elle retient et les principes d'écriture et la vision sombre de la vie. Constance Ring (1885) présente une héroïne mal-aimée et mal aimant. La fresque, plus épique que naturaliste, de Hellemyrsfolket (1887-1898, Les Gens de Hellemyr) dépeint avec pessimisme la force coercitive de l'atavisme sur quatre générations successives. Tempérament inquiet, Skram se rapprochera de l'éthique chrétienne et de l'impressionnisme dans ses derniers écrits. Évolution qui amorce un ton nouveau, parfaitement reflété par l'œuvre chatoyante d' Arne Garborg (1851-1924), dont le premier ouvrage, Ein Fritenkjar (1878, Un libre penseur), prêche la tolérance religieuse, tandis que le second, Bondestudentar (1883, Étudiants-paysans), défend l'amour libre. L'essentiel de l'apport de Garborg tient à une recherche inlassable d'une religion de la bonté, de la joie et de l'action altruiste Trœtte Mœnd (1891, Hommes fatigués), qui culmine dans le recueil de poèmes Haugtussa (1895, Le Troll des collines), fleuron épique de la littérature en néo-norvégien. Il convient d'ajouter que Garborg est le tout premier très grand écrivain norvégien à avoir rédigé son œuvre en landsmaal (« parler des campagnes » – aujourd'hui nynorsk, ou néo-norvégien). Il aura de la sorte donné ses lettres de noblesse à cette variante du norvégien, ce qui ne signifie pas que le nynorsk ait réellement remporté le combat contre la langue pratiquée par Ibsen, Hamsun, Undset, etc.

Les années 1890 sont d'ailleurs le moment où la Norvège littéraire sort de la phase militante pour prendre quelque complaisance à soi : ce que dit fort bien un livre à scandale publié en 1885, Fra Kristiania-Bohêmen (De la bohème de Christiania) de Hans Jaeger (1854-1910), apothéose de l'individualisme. Cet ouvrage ouvre une veine féconde qu'exploiteront avec grand bonheur bon nombre d'écrivains norvégiens, au premier rang desquels Knut Hamsun.

  Le jeu du moi et des autres (1890-1914)

À partir de 1890 et pour quelque vingt-cinq ans, deux mouvements parallèles se dessinent. L'un, qui tient du néo-romantisme et du symbolisme, s'intéresse aux mystères de la psychologie humaine, aime la fantaisie en art, quête dans la nature et dans la culture toutes les formes possibles de religiosité. Le roman cède ici le pas au lyrisme, et le drame social à la rêverie poétique. L'autre, dicté par la prolétarisation accélérée des paysans et des pêcheurs, revient au réalisme pur, à la critique serrée de la société. La première tendance est représentée par Gunnar Heiberg (1857-1929), apôtre du relativisme et du tout-puissant désir (le drame Balkongen, 1894, Le Balcon) ; par les poètes Nils Collett Vogt (1864-1937) et Vilhelm Krag (1871-1933). Sigbjørn Obstfelder (1866-1900) chante la solitude, l'étrangeté, l'angoisse dans une langue originale (Digte, 1893, Poèmes) où vibrent les échos de Baudelaire et de W. Whitman. Mais s'il convient de mentionner encore tel bon essayiste comme Nils Kjaer (1870-1924) ou des romanciers régionalistes comme Peter Egge (1859-1959 ; Hansine Solstad, 1925), Johan Bojer (1872-1959 ; Den Siste Viking, 1921, Le Dernier Viking) et Gabriel Scott (1874-1958 ; Kilden, 1918, La Source), cette tendance est dominée par Knut Hamsun (1859-1952) et Hans E. Kinck (1865-1926).

Le premier s'impose avec Sult (1890, Faim), qui décrit les états d'âme d'un individu qui s'inflige le supplice complaisamment entretenu d'une faim chronique parce qu'il sait que cet état est propice, chez lui, à l'éclosion d'états d'âme hallucinés, dominés par une fantaisie souveraine, qui n'ont plus rien à voir avec l'analyse psychologique traditionnelle mais ouvrent grande la porte à toutes sortes de rêveries et de fantasmes. C'est que Hamsun tenait qu'il n'est de véritable réalisme qu'intérieur : « Ce qui m'intéresse, c'est l'infinie variété des mouvements de ma petite âme, l'étrange originalité de ma vie mentale. » Faim connaîtra un succès considérable dans toute l'Europe et suscitera d'autres chefs-d'œuvre de la même eau comme Pan ou Mystères. Ces ouvrages demeurent célèbres et actuels à cause du personnage principal qu'ils nous proposent, ce vagabond asocial et désaccordé de tout, rêveur, amant de l'amour, réfugié dans un monde fictif qui reflète les désarrois de notre conscience moderne. Puis son inspiration prendra une coloration à la fois épique et idéologique : il entonne un hymne en l'honneur de la nature, et de la vie patriarcale du Nordland, tout en fustigeant le capitalisme, la société urbaine, dans une rage iconoclaste qui le mènera aux pires aberrations politiques. Mais l'humour et la tendresse sauvent toujours cette œuvre dionysiaque.

Hans E.  Kinck, bien que, lui aussi, fin analyste du caractère, qu'il cherche à fonder sur la famille, la nature, le milieu culturel, bien que passionné comme Hamsun de vitalité juvénile, de nature saine en même temps que d'irrationnel et d'inconscient, est habité de voix contradictoires qui s'expriment discrètement en un style comme effacé. Il traite du combat de l'un (l'individu) contre le multiple (la société) dans Huldren (1892, La Houldre), oppose le paysan au citadin dans Ungt Folk (1893, Gens jeunes), le mystère au réalisme dans les nouvelles de Flaggermus-Vinger (1896, Les Ailes de la chauve-souris), la tradition au modernisme dans son chef-d'œuvre dramatique, Driftekaren (1908, Le Bouvier). Dualisme qui lasserait s'il n'y avait ce style probe et surtout un constant appel à la pitié pour ceux qui n'ont pu préférer l'amour de la vie à la crainte de la mort.

La seconde tendance, néo-réaliste donc, est d'abord le fait d'écrivains prolétariens qui appellent la comparaison avec Gorki pour le sens épique qu'ils ont de l'histoire du peuple, la fraternité rude qu'ils chantent. Ce sont Kristoffer Uppdal (1878-1961), Johan Falkberget (1879-1967) et Oscar Braaten (1881-1939). Mais là encore, deux grands noms dominent. D'abord Olav Duun (1876-1939), qui dépeint les luttes des paysans et des pêcheurs en changeant sans cesse de registre : épique, psychologique, lyrique, humoristique. Son dernier titre, Menneske og maktene (1938, Hommes et forces de la nature), résume son propos. Ensuite Sigrid Undset (1882-1949), romancière au tempérament épique qui aura poussé l'étude du féminisme dans ses derniers retranchements et, forte de sa conversion au catholicisme, aura doté le problème de ses véritables dimensions. Voyant dans le don total de soi le seul remède aux maladies du monde moderne, il lui appartenait de donner à ses généreuses idées le cadre d'un Moyen Âge merveilleusement reconstitué (Kristine Lavransdatter, 1920-1922 ; Olav Audunssøn, 1925-1926) ou d'un mysticisme altier (Den Brendende Busk, 1929-1930, Le Buisson ardent).

On le voit : sauf exceptions, le ciel littéraire de Norvège est plein de beaux oiseaux mystiques et la prose n'y est jamais loin de la poésie épique. C'est aussi pourquoi la poésie connaît un regain considérable de faveur à cette époque. Herman Wildenvey (1886-1959) dans ses Nyinger (1907, Feux de bois), Olaf Bull (1883-1933 ; Digte, 1909, Poèmes), Tore Ørjasaeter (1886-1968 ; Elvesong, 1932, Chant de la rivière), Olav Aukrust (1883-1929 ; Himmelvarden, 1916, Jalon du ciel) chantent avec une belle musicalité l'instant heureux, la joie de vivre, l'amour.

  Entre engagement politique et tradition

La génération qui publie ses premières œuvres autour de 1920 se préoccupe beaucoup de politique, sous l'influence de la revue marxiste Mot Dag et de son rédacteur Erling Falk. Simultanément, elle s'intéresse à la psychanalyse freudienne. Le poète Arnulf Øverland (1889-1968) mêle ces deux tendances : Brød og vin (1919, Pain et vin) est d'inspiration communiste, Hustavler (1929, Tableaux domestiques) accumule les fines études psychologiques. Helge Krog (1889-1962) prolonge les thèmes ibséniens dans des drames élégants (Oppbrud, 1936, Départ). Le plus important est sans doute Sigurd Hoel (1890-1960), grand vulgarisateur des littératures étrangères, satiriste violent du monde bourgeois (Sesam, Sesam, 1938), avant d'écrire des manières d'études psychanalytiques sur le thème de l'amour trahi (Veien til verdens ende, 1933, Le Chemin de la fin du monde), puis sur « l'angoisse des fautes oubliées qui s'étend comme une ombre sur notre vie » (Fjorten dager for frostnettene, 1934, Quartorze Jours avant les nuits de gel). Moins engagés politiquement, mais tout aussi portés sur l'introspection et les problèmes moraux, Ronald Fangen (1895-1946) et Sigurd Christiansen (1891-1947) s'orientent, l'un vers le christianisme social (Borgerfesten, 1939, La Fête des bourgeois), l'autre vers une dialectique de la faute et du remords (Drømmen og livet, 1935, Le Rêve et la vie).

Vers 1930, la situation internationale aidant, la gravité, déjà évidente, des lettres norvégiennes s'accentue : une littérature d'action voit le jour, de plus en plus acharnée contre l'autorité, la tradition, le puritanisme. Son meilleur représentant, outre la romancière Cora Sandel (1880-1974), dont la trilogie romanesque défend avec finesse les droits de la femme à faire reconnaître sa différence, est le poète, romancier et journaliste Nordahl Grieg (1902-1943), qui rappelle beaucoup Saint-Exupéry. Après des débuts réalistes (Skibet går videre, 1924, Le navire poursuit sa route), il entreprend de lutter pour la justice et pour la paix en défendant les valeurs d'action : patriotisme, solidarité, foi en l'homme (Norge i våre hjerter, 1929, La Norvège dans nos cœurs, poèmes ; Vår aere og vår makt, 1935, Notre Honneur et notre puissance, drame).

Les influences étrangères (Kafka, Mauriac, Lawrence, Hemingway surtout) se font fortement ressentir dans les romans d' Aksel Sandemose (1899-1965) consacrés à l'étude des mobiles qui poussent un homme à commettre un crime (par exemple En flyktning krysser sitt spor, 1933, Un fuyard croise sa trace). En revanche, l'inspiration du romancier Tarjei Vesaas (1897-1970) semble purement norvégienne. S'il fait le procès du monde moderne, c'est à travers un long chant épique consacré à son Telemark natal, où des héros angoissés, suicidaires et parfois simples d'esprit (Fuglane, 1957, Les Oiseaux) recréent au prix d'un symbolisme envoûtant le monde de mystères, de forces élémentaires, de complicité avec la nature et de tendresse que bafoue le matérialisme ambiant (Dei Svarte Hestane, 1928, Les Chevaux noirs). Vesaas, qui, lui aussi, a rédigé toute son œuvre en nynorsk, est l'un des écrivains importants de la Norvège du xxe siècle. Notamment dans la mesure où il a tenté de vaincre l'un des obstacles majeurs qui se dressent devant une inspiration scandinave, la difficulté de dire, le triomphe sur le non-dit. C'est lui qui a écrit : « À qui parlons-nous lorsque nous nous taisons ? », une question qui résume fort bien toute une idiosyncrasie. Avec le poète Gunnar Reiss-Andersen (1896-1964 ; Norsk Røst, 1944, Voix norvégienne) et le romancier Johan Borgen (1902-1980) uniquement préoccupé d'arracher l'individu au conformisme (Natt og dag, Nuit et jour, nouvelles publiées en 1954), Vesaas représente bien l'éternelle Norvège, sans doute ouverte à toutes les faces de l'esprit, mais ne les envisageant jamais qu'à travers le prisme poétique d'une intense méditation personnelle.

À partir de la fin des années 1960, si la veine conteuse traditionnelle reste bien vivante – elle suscite, par exemple, des œuvres admirables comme celle de Johan Borgen (1902-1980) avec Petit-Lord (3 vol. 1955-1957) ou de Torborg Nedreaas (1906-1987), en particulier la souveraine Musique d'un puits bleu (1960) –, elle s'efface un peu derrière des productions poétiques inspirées directement par les violentes mutations du monde moderne – ainsi des expérimentations résolument concrètes de Rolf Jacobsen (1907-1994) ou de Jan Erik Vold – ou derrière les romans volontiers documentaires mais qui reviennent presque toujours à une réflexion en profondeur sur le socialisme et ses applications à la Norvège, tels que ceux de Jens Bjørneboe (1920-1976), dont Le Silence date de 1973, de Kjartan Flogstad (né en 1944) et surtout de Dag Solstad (né en 1941) dont le roman sur Le Professeur de lycée Pedersen (1982) est sûrement l'une des plus émouvantes analyses vécues des grands problèmes politiques qui harcèlent notre temps. Mais la poésie reste invincible. Donnons-en pour preuve l'œuvre, en dialecte, de Knut Ødegård (né en 1946) qui ressuscite, derrière les charmes de son Romsdal, l'âme antique de son paysAlesund.

Alesund Photographie

Alesund Vue de la ville côtière d'Alesund, port de pêche norvégien. 

Crédits: Chad Ehlers, Tony Stone Images/ Getty Consulter

  Le plaisir de conter

On a vu qu'à la différence des autres littératures scandinaves la littérature norvégienne est restée marquée, ces dernières décennies, par les préoccupations politiques militantes. Il n'y a que peu de temps qu'elle tend à s'en dégager. La cause en est, évidemment, le processus d'industrialisation et d'urbanisation accélérées qu'aura connu ce pays traditionnellement très attaché à ses structures rurales ou « provinciales ». La revue Profil (fondée en 1965) défendit avec éclat des vues d'extrême gauche qu'illustrèrent bruyamment Tor Obrestad (né en 1945, Sauda ! Grève !, 1970 ; Allez-y !, 1976) ou Espen Haavardsholm (né en 1945, Les Bouches, 1968 ; Zink, 1971). Stein Mehren (né en 1935) élargit le débat en faisant le procès de notre « civilisation » (Les Titans, 1974). Demeure une rancœur contre une évolution effrénée, qui paraît stériliser l'inspiration immémoriale des successeurs de Bjørnstjerne Bjørnson, dans les romans de Knud Faldbakken (Glahn, 1985, qui renoue avec le Pan de Knut Hamsun) ou, plus récemment, de Jan Kjaerstad (né en 1953, Homo Falsus, 1986). Il en va de même dans un roman fort attachant de Bergljot Hobaek Haff : Moi, Bakounine, 1983. Le féminisme, agressif ici comme partout ailleurs dans le Nord, relève du même état d'esprit, par exemple dans les nouvelles de Bjørg Vik (née en 1935, L'Aquarium aux femmes, 1972) où se lit aussi une volonté de libération formelle, toujours au premier plan des centres d'intérêt.

Pourtant, la grâce d'écrire, de conter, de chanter n'a rien perdu de ses droits et retrouve une faveur sympathique dans l'œuvre multiforme du poète Jan Erik Vold (né en 1936) que pourrait résumer le titre de son recueil, Le Chagrin, le chant, le chemin (1987), ou dans la poésie, extrêmement originale, de Rolf Jacobsen (1907-1994) dont le souci constant est de lutter, dans des textes marmoréens, contre la dépersonnalisation ambiante (Ouvert la nuit, 1985). Kjartan Fløgstad cultive une évasion nourrie de poésie dans La Vallée de Portland (1977) et surtout dans U 3 (1983). Et, après Facettes (1962), Gunvor Hofmo (1921-1995) dote cette méditation d'une belle profondeur religieuse dans Les Étoiles et l'enfance (1985). On est en droit de préférer, pourtant, parce qu'elles s'inscrivent dans le droit fil de ce qui fut toujours le meilleur de l'âme norvégienne – il s'agit d'exalter l'enfant, le vagabond, le rêveur – l'œuvre de Herbjørg Wassmo (née en 1942 ; on n'oublie pas la petite fille qui apparaît dans la série ouverte par La Maison à la véranda aveugle, 1981) et celle de Tor Åge Bringsvaerd (né en 1939) : après une brillante carrière d'auteur de romans policiers, en collaboration avec Jon Bing, il s'est imposé par une série intitulée Gobi (depuis 1985) et qui confond, autour du prestigieux personnage de Gengis Khan et de son épopée, un nombre étourdissant de thèmes et d'histoires réelles ou légendaires (de la croisade des enfants au preneur de rats de Hameln, par exemple) avec une science du contrepoint, qui conduit à une méditation sur l'histoire et son sens. On a le sentiment d'assister, par là, à un retour aux sources de ce que la Norvège eut toujours de meilleur à nous donner.

Comme les autres littératures scandinaves, la littérature norvégienne surprend par sa constante effervescence, remarquable pour un si petit pays. On l'a vu, déjà, avec les œuvres de Kjartan Fløgstad (son roman Pile ou face, 1998 dénonce les absurdités d'un monde qui devrait être fait pour la beauté), Espen Haavardsholm ou Tor Obrestad, notamment. Un point notoire est d'ailleurs que ce pays en quête de ses racines, se passionne pour ses ancêtres littéraires auxquels il consacre de nombreuses biographies. Un sens pédagogique préside à ces efforts. Le meilleur exemple, célébrissime dans le monde entier, est Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder (1991), initiation d'un type nouveau à la philosophie, au point de devenir un best-seller mondial. On notera aussi une résurgence de la poésie lyrique : des valeurs sûres comme Olav Hauge (mort en 1994), Rolf Jacobsen et surtout Jan Erik Vold reviennent en force. Lars Saabye Christensen s'est imposé avec son anthologie Que sont les amis devenus ? (1991), et il a connu de nombreux émules.

On voit également resurgir des valeurs sûres comme Bjørg Vik (ses Roses dans un vase fêlé, 1998, sont un chef-d'œuvre de finesse) ou Dag Solstad, maintenant apaisé (La Nuit du Professeur Andersen, 1996, tire un trait sur son ancien marxisme fracassant). Ici comme ailleurs dans le Nord, le roman policier ou le roman noir qu'avait introduit dans les années 1970 Jon Michelet connaissent une faveur sans précédent. N'oublions pas qu'au départ de toutes ces littératures, il y eut les sagas islandaises qui aimaient, elles aussi, poser des problèmes difficiles à résoudre.

Elles ont aussi marqué le début, voici sept siècles, d'un art narratif, d'un talent de conter, qui n'a jamais trouvé son égal ailleurs, et cela en prêtant une attention extrême à la langue. Ces dispositions foncières sont demeurées intactes. On le voit avec les ouvrages de Tor Åge Bringsværd (sa longue série centrée sur Gobi), de Marianne Fastvold (Tristan arrrive, 1998) ou, sur le plan de l'expression littéraire stricte, avec les impeccables romans de Jan Kjærstad (Le Conquérant, 1996), les textes magistralement dominés de Kjel Askildsen (Les Chiens de Thessalonique, 1996) et les compositions de tendance féministe de Sissel Lie (Pigeon noir, 1997). Il faut faire une place à part à celle qui domine incontestablement les lettres norvégiennes aujourd'hui, Herbjørg Wassmo qui, après la trilogie consacrée à la petite Tora, nous a gratifiés d'une seconde trilogie centrée sur Dina (Le Livre de Dina, 1989, suivi de Fils de la chance, 1997 et de L'Héritage de Karna, 1997). Fait intéressant, les héroïnes de l'une et l'autre trilogies sont des enfants meutries, des petites filles, alors que Bergljot Hobæk Haff qui avait débuté avec un livre étrange, La Sorcière (1974) a exercé une ironie mordante sur l'histoire récente de son propre pays dans un livre étonnant, La Honte (1996). On est en droit de préférer les romans à tendances philosophiques de Nikolaj Frobenius (Le Catalogue de Latour, 1995)

La Norvège littéraire continue d'hésiter entre une manière de réalisme (Erik Fosnes Hansen avec Cantique pour la fin du voyage, 1990, qui traite du naufrage du Titanic) et la recherche d'une certaine fantaisie (Liv Køltzow, Le monde disparaît, 1997).

Depuis les années 1990, Jon Fosse (né en 1959) s'est imposé et bénéficie d'une audience nationale et internationale exceptionnelle. Il fut d'abord un romancier extrêmement attentif à son écriture (Le Plomb et l'eau, 1992), puis l'auteur de recueils de poésie, d'essais et de livres pour enfants qui connaissent une belle audience. Devenu dramaturge, il est, à ce jour, auteur d'une douzaine de pièces dont la plupart ont fait le tour du monde. Citons en particulier, à partir de Et jamais nous ne nous séparerons (1994), Le Nom (1995), Quelqu'un va venir (1996), L'Enfant (1997), Hiver (2003) et tout récemment Rêve d'automne (2006). Ce qui frappe chez cet écrivain de grande classe, c'est d'abord un style sans la moindre concession à la rhétorique, resserré, minimaliste, à la limite de la poésie. Puis une vision du monde, de la vie et de l'homme dominée par le rêve : nous n'évoluons pas dans un monde réel, même si les décors de ses œuvres sont saisis à mi-chemin entre quotidien et transfigurations. Son traducteur en français, Terje Sindnig, dit fort bien : « Maisons isolées au bord de la mer, paysages sous la pluie, fjords sombres et mélancoliques : c'est toute une topographie qui [se] dessine. [...] Et l'on ne sera pas étonné de découvrir que ce monde a pour figures tutélaires le chien et l'ange, emblèmes de la mélancolie selon Dürer. » La comparaison a été également faite avec Tchekhov, à cause de cette réaction comme navrée en face d'un monde qui devrait être beau mais qui ne cesse de se dissoudre. Dans cette atmosphère, les dialogues ramassés portent avant tout une interrogation essentielle.

En vertu de quoi il est permis de penser que la littérature norvégienne de ces toutes dernières décennies est, plus que ses « sœurs » nordiques, de nature métaphysqique.

Régis BOYER

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Écrit par :  Jean Maurice BIZIÈRE

… *Comme l'indique l'étymologie (bjorgvin signifiant la prairie au milieu des montagnes), Bergen possède comme Rome la caractéristique d'être une ville aux sept collines. Située au fond du Byfjord dans une région montagneuse de la Norvège du Sud-Ouest, elle se tasse sur une plate-forme étroite entourée par les eaux et sur les flancs des… Lire la suite
BÉTHOUART MARIE ANTOINE (1889-1982)

Écrit par :  Charles-Louis FOULON

…  La paix étant intervenue entre Helsinki et Moscou, sa brigade — devenue division — est engagée en *Norvège après l'invasion de celle-ci par les troupes allemandes. Le jeune général Béthouart s'installe à Namsos en avril 1940 et dirige, en mai, le débarquement de Narvik où ses troupes sont renforcées par des éléments de la Légion étrangère et une… Lire la suite
BRUNDTLAND GRO HARLEM (1939- )

Écrit par :  Universalis

… Femme* politique norvégienne, elle a été trois fois Premier ministre de son pays. Gro Harlem Brundtland est née le 20 avril 1939 à Oslo. Elle hérite de son père sa passion pour la médecine et la politique. Elle obtient son doctorat de médecine à l'université d'Oslo en 1963 et un master en santé publique (MPH) à Harvard en 1965. De retour à Oslo,… Lire la suite
CHASSE À LA BALEINE

Écrit par :  Jean-Benoît CHARRASSINVincent RIDOUX

Dans le chapitre "Les différents types de chasse actuelle"  : …  de maximiser les gains économiques de cette industrie. Elle est pratiquée par l'Islande et la *Norvège qui, en dépit du moratoire en place depuis 1986, capturent des petits rorquals, essentiellement dans leurs zones économiques exclusives en Atlantique nord, sous couvert des objections ou réserves que ces deux pays ont déposées. Sous… Lire la suite
CHRISTIAN II (1481-1559) roi de Danemark et de Norvège (1513-1523) et roi de Suède (1520-1523)

Écrit par :  Jean Maurice BIZIÈRE

… *La vie de ce fils de Hans Ier de Danemark et de Christine de Saxe commence comme un conte de Perrault, mais se poursuit et s'achève comme un drame de Shakespeare. Désigné comme héritier présomptif par les trois royaumes scandinaves, ce prince intelligent mais instable, alors vice-roi de Norvège, s'éprend dans un bal à Bergen d'une jeune… Lire la suite
DANEMARK

Écrit par :  Marc AUCHETFrederik Julius BILLESKOV-JANSENJean Maurice BIZIÈRERégis BOYERGeorges CHABOTLucien MUSSETClaude NORDMANN Universalis

Dans le chapitre "L'Union du Nord"  : …  En même temps, le mariage de la fille de Valdemar, Marguerite, avec Haakon VI Magnusson, roi de *Norvège, prépare l'union de toutes les couronnes du Nord. Une série de hasards dynastiques et la complicité des clans aristocratiques la feront tourner au profit du Danemark (1376). Régente pour son fils, puis pour son neveu, la reine Marguerite… Lire la suite
DÉCOUVERTE D'HYDROCARBURES EN MER DU NORD

Écrit par :  Bernard BENSAIDGuy MAISONNIER

…  Nord est divisée en cinq secteurs biens distincts qui appartiennent respectivement au Royaume-Uni, *à la Norvège, au Danemark, aux Pays Bas et à l'Allemagne. Les zones britannique et norvégienne concentrent à elles seules 90 p. 100 des réserves pétrolières et gazières de la région. L'intérêt des compagnies pétrolières pour la mer du Nord a débuté… Lire la suite
ÉCONOMIE MONDIALE - 1994 : l'assainissement à mi-parcours

Écrit par :  Tristan DOELNITZ

Dans le chapitre "Incertitudes pour l'Union européenne"  : …  a été ratifiée par référendums le 12 juin, le 16 octobre et le 13 novembre, respectivement. Les *Norvégiens, de leur côté, se sont refusés un seconde fois, par le référendum des 27 et 28 novembre, à rejoindre l'Europe communautaire. Ils devront se contenter de la coopération qui leur est offerte, ainsi qu'à l'Islande, dans le cadre de l'Espace… Lire la suite
ERIK LE ROUGE (940 env.-env. 1010)

Écrit par :  Universalis

… Chef* norvégien, né vers 940 à Jæren (Norvège), mort vers 1010. Enfant, Erik Thorvaldson, dit Erik le Rouge, quitte sa Norvège natale pour l'ouest de l'Islande avec son père, Thorvald, exilé pour meurtre. Quand Erik le Rouge est à son tour proscrit d'Islande vers 980, pour le même motif, il décide de partir en exploration à l'ouest, vers le… Lire la suite
FEHN SVERRE (1924-2009)

Écrit par :  Universalis

… L'*architecte norvégien Sverre Fehn était connu pour ses constructions alliant modernisme et architecture locale traditionnelle (villa Schreiner à Oslo, 1963 ; villa Busk à Bamble, 1990), destinées à des particuliers comme à des institutions. Son œuvre, témoin de l'influence de modernistes tels que Mies van der Rohe, Le Corbusier, Louis I. Kahn et… Lire la suite
FINNMARK

Écrit par :  Georges CHABOT

… *Comté le plus septentrional de la Norvège (il atteint 71 degrés de latitude nord), le Finnmark est formé d'un plateau de roches cristallines qui s'élève rarement au-dessus de 500 mètres et qui porte quelques sommets (Cuokkaraśśa, 1 139 m). Ce plateau tombe sur la mer par une côte déchiquetée avec de larges fjords atteignant parfois plus de 100… Lire la suite
FONDS SOUVERAINS

Écrit par :  Françoise PICHON-MAMÈRE

Dans le chapitre "Histoire de leur développement"  : …  1976 par les Émirats arabes unis sur la base des richesses pétrolières. À l'échelle européenne, la *Norvège a créé au début des années 1990 l'un des plus gros fonds (plus de 315 milliards d'actifs pour un produit intérieur brut de 295 milliards de dollars) alimenté par les excédents de réserve de change générés par l'exploitation du pétrole. Ce… Lire la suite
FRÉDÉRIC Ier (1471-1533) roi de Danemark et de Norvège (1523-1533)

Écrit par :  Universalis

… Roi de Danemark (1523-1533) et de* Norvège (1524-1533), né le 7 octobre 1471 au Danemark, mort le 10 avril 1533 au château de Gottorp à Schleswig (auj. en Allemagne), partisan du luthéranisme qui réussit à maintenir un équilibre entre protestants et catholiques pendant son règne. En 1490, Frédéric, fils cadet de Christian Ier, roi de… Lire la suite
FRÉDÉRIC II (1534-1588) roi de Danemark et de Norvège (1559-1588)

Écrit par :  Universalis

… Roi de Danemark et de* Norvège (1559-1588), né le 1er juillet 1534 à Hadersley (Danemark), mort le 4 avril 1588 à Antvorskov (Danemark). En juin 1559, Frédéric rejoint ses oncles Jean et Adolphe, ducs des provinces danoises du Schleswig et du Holstein, dans la conquête de la république paysanne de Dithmarschen (aujourd'hui allemande). En… Lire la suite
FRÉDÉRIC VI (1768-1839) roi de Danemark (1808-1839) et roi de Norvège (1808-1814)

Écrit par :  Universalis

… Roi du Danemark (1808-1839) et de* Norvège (1808-1814), né le 28 janvier 1768 au château de Christiansborg (Danemark), mort le 3 décembre 1839 à Copenhague. Fils du roi Christian VII, déficient mental, et de la reine Caroline-Mathilde, Frédéric est en grande partie élevé par la belle-mère de son père, la reine douairière Juliana Marie qui, avec l'… Lire la suite
GUERRE MONDIALE (SECONDE)

Écrit par :  Henri MICHEL

Dans le chapitre "La campagne de Norvège"  : …  il a eu vent. Le 9 avril 1940, le Danemark, envahi par la Wehrmacht, n'oppose aucune résistance. *Par contre, bien que totalement surpris par plusieurs débarquements dans les principaux ports, le roi de Norvège Haakon et son gouvernement refusent de se soumettre. Un corps expéditionnaire britannique, débarqué en Norvège centrale le 14 avril, doit… Lire la suite
HAAKON IV HAAKONSSON ou HÅKON IV HÅKONSSON (1204-1263) roi de Norvège (1217-1263)

Écrit par :  Universalis

… Roi de* Norvège (1217-1263), né en 1204 près de Skarpsborg, mort le 15 décembre 1263 à Kirkwall, dans les Orcades. Haakon IV Haakonsson, dit Haakon l'Ancien, est le fils posthume illégitime reconnu de Haakon III (1170 env.-1204, règne 1202-1204) et le petit-fils de Sverre Sigurdsson de Norvège (1145/1151 env.-1202, règne 1184-1202). Il est élevé à… Lire la suite
HAAKON ou HÅKON V MAGNUSSON (1270-1319) roi de Norvège (1299-1319)

Écrit par :  Universalis

… Roi* de Norvège (1299-1319), né en 1270 en Norvège, mort le 8 mai 1319 en Norvège. Fils cadet de Magnus VI le Législateur, Haakon V, dit Haakon Magnusson, succède en 1299 à son frère aîné Erik II Magnusson (1268-1299, règne 1280-1299). Résolu à réduire le pouvoir de la haute noblesse et des ecclésiastiques qui s'était renforcé depuis le règne d'Erik… Lire la suite
HARALD Ier HÅRFAGER (850 env.-933) roi de Norvège (872-933)

Écrit par :  Universalis

… Roi de* Norvège (872-933), né vers 850, mort en 933. Fils du roitelet Halvdan Svarte (« le Noir »), qui règne sur une province du sud-est de la Norvège, et descendant de la dynastie des Ynglinger, l'ancienne famille royale de Suède, Harald Ier Hårfager (« aux Beaux Cheveux ») succède à son père. C'est le premier roi qui tente d'unifier… Lire la suite
HARALD III HÅRDRÅDE (1015-1066) roi de Norvège (1046-1066)

Écrit par :  Universalis

… *Fils de Sigurd Syr et demi-frère par sa mère du roi de Norvège, Olaf II Haraldsson dit le Saint, Harald III Hårdråde passa une grande partie de sa jeunesse à la cour du grand-prince de Kiev, Iaroslav Ier le Sage, dont il devint par la suite le gendre, puis dans la garde varangienne de l'empereur byzantin Michel IV. Ses exploits… Lire la suite
HARALD V (1937- ) roi de Norvège (1991- )

Écrit par :  Universalis

… *Roi de Norvège depuis 1991. Harald, fils du roi Olav V et de la princesse Martha de Suède, est né le 21 février 1937 à Skaugum, dans la résidence royale. Fuyant l'invasion allemande en 1940, la famille princière s'exile aux États-Unis où Harald vit jusqu'en 1945. Il accomplit une formation à l'Académie militaire de Norvège, où il obtient le grade… Lire la suite
HOLST JOHAN JORGEN (1937-1994)

Écrit par :  Jean Maurice BIZIÈRE

… Inconnu au-delà du cercle limité des experts, *le nom de Johan Jørgen Holst apparut à la fin de l'été de 1993 dans les médias, qui, pris au dépourvu, découvrirent en lui le principal artisan de la réussite du processus de paix entre les Israéliens et les Palestiniens de l'O.L.P., qui conduisit aux accords de Washington. Quelques mois plus tard,… Lire la suite
ISLANDE

Écrit par :  Régis BOYERMaurice CARREZÉdouard KAMINSKILucien MUSSETClaude NORDMANN

Dans le chapitre " L'histoire"  : …  premiers colons firent des récits enthousiastes ; ils suscitèrent un fort mouvement d'immigration. *Les pionniers furent surtout des chefs de la Norvège occidentale, qui supportaient mal les premiers progrès du pouvoir royal ; ils vinrent accompagnés de vastes clientèles et de nombreux esclaves ; une très petite minorité danoise les rejoignit.… Lire la suite
KALMAR UNION DE (1390)

Écrit par :  Pascal BURESI

  *La mort, sans héritier, du roi de Danemark Valdemar IV, en 1375, permit l'union de ce royaume avec la Norvège dont le roi Haakon VI a épousé Marguerite, la fille de Valdemar. La personnalité de celle-ci est fondamentale pour comprendre l'union des royaumes scandinaves à Kalmar, la plus importante des villes du sud de la… Lire la suite
KNUD ou KNUT LE GRAND ou CANUT (995-1035) roi d'Angleterre (1016-1035) de Danemark (1018-1035) et de Norvège (1028-1035)

Écrit par :  UniversalisDorothy WHITELOCK

…  le trouble et en 1026 lorsque le régent que Knud a placé au Danemark, Jarl Ulf, rejoint le roi de* Norvège et le roi de Suède dans une coalition contre le Danemark. Bien que vaincu à la bataille de la Holy River, en Suède, Knud obtient un compromis. Par la corruption, il incite par ailleurs les propriétaires terriens norvégiens à se révolter… Lire la suite
LAPONS

Écrit par :  Jean-Luc MOREAU

…  ils tendent de plus en plus à s'intégrer. On compte environ quarante-cinq mille Lapons en *Norvège, vingt mille en Suède, dix mille en Finlande, un peu trois mille en Russie. La plupart d'entre eux sont aujourd'hui bilingues. Les Lapons sont-ils les derniers représentants d'un fonds de peuplement paléo-européen inexorablement refoulé vers… Lire la suite
LOFOTEN ÎLES

Écrit par :  Georges CHABOT

… *Ensemble d'îles, les Lofoten dressent une barrière déchiquetée en bordure de la Norvège septentrionale, dont les sépare le Vestfjord, et se prolongent au nord par l'archipel des Vesterålen. Les principales, Austvågøya et Vestvågøya, ont pour superficie respectivement 526 kilomètres carrés et 411 kilomètres carrés. Elles sont formées de roches… Lire la suite
MARGUERITE Ire (1353-1412) reine de Danemark, de Norvège et de Suède

Écrit par :  Lennart T. NORMAN Universalis

… Reine de* Danemark, de Norvège et de Suède, née en 1353 à Søborg (Danemark), morte le 28 octobre 1412 à Flensburg, dans le Schleswig-Holstein (auj. en Allemagne). Fille du roi de Danemark Valdemar IV, Marguerite n'a que six ans lorsqu'elle est promise à Haakon VI, roi de Norvège et fils du roi Magnus Eriksson de Suède et de Norvège. Cette union est… Lire la suite
MONARCHIE

Écrit par :  Jacques ELLUL

Dans le chapitre "Le régime constitutionnel scandinave"  : …  un certain nombre de comités pour contrôler certains aspects de l'exercice du pouvoir exécutif. En *Norvège, c'est la Constitution de 1814 qui établit la monarchie constitutionnelle : elle est inspirée de la Constitution française de 1791. La Diète constituante avait élu le roi qui fut bien obligé d'accepter cette Constitution. Le roi n'a en face… Lire la suite
NANSEN FRIDTJOF (1861-1930)

Écrit par :  Claude NORDMANN

… *Le héros incontesté de la Norvège moderne, Fridtjof Nansen, est né à Store Froën, près de Christiania (actuellement Oslo). Fils de l'avocat Baldur Fridtjof Nansen et d'Adélaïde Wedel Jarlsberg, il révèle bientôt d'exceptionnelles qualités aussi bien physiques qu'intellectuelles ; il possède un esprit curieux attiré par la recherche scientifique,… Lire la suite
NORVÉGIEN DROIT

Écrit par :  René DAVID

… *Appartenant au groupe des droits nordiques, qui se range lui-même dans la famille du droit romano-germanique, le droit norvégien est fondé à l'origine sur les coutumes pratiquées dans les quatre districts de la Norvège, coutumes fixées par écrit au xiie siècle, puis unifiées et réformées en 1274 par le roi Magnus Hakonarson… Lire la suite
OLAV V (1903-1991) roi de Norvège (1957-1991)

Écrit par :  Bertrand de LAFARGUE

… *Ce n'est pas le hasard de la naissance qui a placé Olav V, né en Angleterre, sur le trône de Norvège. C'est la volonté du peuple norvégien. Juin 1905. L'Union suédo-norvégienne est déclarée dissoute par le parlement de Christiania (Oslo). La jeune nation réclame un roi, mais, société profondément égalitariste, elle veut une monarchie symbole de son… Lire la suite
OSLO

Écrit par :  Georges CHABOT

… *Capitale de la Norvège, Oslo est située à l'extrémité méridionale du pays, au fond d'un étroit fjord qui s'insinue en doigt de gant sur une longueur de 100 kilomètres et dont l'accès était facile à défendre. Oslo, qui semble avoir été fondée dès le xie siècle, ne fut pendant longtemps qu'un petit centre régional à l'écart des… Lire la suite
PATRIMOINE INDUSTRIEL EN SCANDINAVIE

Écrit par :  Louis BERGERON

… on veut comprendre les particularités d'un patrimoine industriel étroitement lié à l'environnement. *La Norvège et la Suède disposent d'une couverture forestière, d'un potentiel hydraulique et de richesses minérales qui ont pu en faire un temps des puissances économiques d'importance mondiale. Le Danemark et la Norvège se sont longtemps partagé le… Lire la suite
PÉTROLE - Géographie du pétrole

Écrit par :  Christophe BÉLORGEOT

Dans le chapitre "L'Europe"  : …  d'un effort encore plus important de l'industrie. Premier producteur européen (hors C.E.I.), la *Norvège était le onzième producteur au monde avec 129 Mt en 2006, alors qu'elle apparaissait à peine dans les bilans mondiaux au début des années 1970. Le Royaume-Uni, avec 77 Mt en 2006, semble désormais se résoudre à voir sa production décroître… Lire la suite
QUISLING VIDKUN (1887-1945)

Écrit par :  Universalis

… *Homme politique norvégien, Vidkun Quisling, entré dans l'armée en 1911, fut attaché militaire à Petrograd (Saint-Pétersbourg actuellement), en 1918 et 1919, et à Helsinki, de 1919 à 1921. Il s'occupa d'assistance et de secours humanitaires sous l'égide de Nansen en Russie, puis pour la Société des nations. En l'absence de relations diplomatiques… Lire la suite
RÉGIME PARLEMENTAIRE

Écrit par :  André DEMICHELPierre LALUMIÈRE Universalis

Dans le chapitre "L'Europe du Nord"  : …  où se faisait sentir le poids de traditions politiques diverses et dont la structure sociale était hétérogène. *C'est ce qui est arrivé en 1814 aux Pays-Bas définitivement libérés de l'occupation française et à la Norvège devenue indépendante de la Suède, et en 1830 à la Belgique (indépendance vis-à-vis des Pays-Bas). Du point de vue juridique, le… Lire la suite
SCANDINAVIE

Écrit par :  Martin Edvard BLINDHEIMRégis BOYERGeorges CHABOTLucien MUSSETNicole PÉRINJean-Michel QUENARDEL

*Les pays scandinaves se rassemblent au nord de l'Europe ; ils sont formés en grande partie par l'énorme péninsule scandinave, qui comprend la Suède et la Norvège et que prolonge au sud le Danemark. Des îles plus ou moins lointaines leur sont rattachées : l'Islande qui constitue le… Lire la suite
SINDING CHRISTIAN (1856-1941)

Écrit par :  Michel VINCENT

… *Né à Kongsberg et mort à Oslo, Christian Sinding reste le plus grand compositeur norvégien après Grieg. Formé à l'école allemande (il est resté quatre ans au conservatoire de Leipzig, où il se fera remarquer en 1882 par son Quintette avec piano, op. 5), Sinding subira à la fois l'influence de Wagner et celle de Liszt. Il passera au total… Lire la suite
SOCIALISME - Histoire des mouvements socialistes (1870-1914)

Écrit par :  Daniel LIGOU

Dans le chapitre "Le socialisme scandinave"  : …  *En Suède, en Norvège et au Danemark, le socialisme s'est développé assez tard, conséquence d'une industrialisation retardée ; la collaboration entre syndicalisme et socialisme a été très étroite et l'alliance avec les « radicaux » ou les « paysans » à peu près systématique. En Norvège toutefois, on note quelques tendances révolutionnaires. En Suède… Lire la suite
SUÈDE

Écrit par :  Régis BOYERMichel CABOURETMaurice CARREZGeorges CHABOTJean-Claude MAITROTJean-Pierre MOUSSON-LESTANGLucien MUSSETClaude NORDMANNJean PARENT Universalis

Dans le chapitre "Le retour à la paix et la naissance de la Suède moderne (1809-1914)"  : …  de rechercher à l'Est une revanche, avec l'appui de Napoléon, comme l'espérait l'opinion suédoise, * Charles Jean soutint le projet de rattachement de la Norvège à la Suède et se rapprocha d'Alexandre Ier. La « politique de 1812 » impliquait la guerre contre la France et son alliée le Danemark, et les Suédois, qui ne participèrent que… Lire la suite
SVALBARD

Écrit par :  Georges CHABOT

… *L'archipel de Svalbard, dans l'océan Arctique, a probablement été découvert par les Vikings dès le xiie siècle, puis redécouvert par Barents en 1596. Il a été incorporé à la Norvège en 1925. Il comprend de nombreuses îles dont les principales sont Spitzberg (ou Spitsberg), Nordaustland, Barentsöya, Edgeöya. Sa superficie totale… Lire la suite
SVEN ou SVEND À LA BARBE FOURCHUE (960 env.-1014) roi de Danemark (986-1014) et d'Angleterre (1013-1014)

Écrit par :  Pierre RICHÉ

… *Fils de Harald II Blåtand (« à la Dent bleue ») et de Gunhild. Le père de Svend Tveskæg (« à la Barbe fourchue ») a été le premier prince danois à faire pénétrer le christianisme au Danemark, comme en témoigne la célèbre inscription runique de la pierre de Jelling. Svend, s'appuyant sur l'aristocratie païenne, renverse le roi vers 983 et renonce à… Lire la suite
TRONDHEIM

Écrit par :  Universalis

… Trondheim est une ville portuaire *norvégienne très ancienne. Située au centre du pays, elle s'étend sur une péninsule abritée sur le versant méridional du très profond fjord de Trondheim, à l'embouchure de la rivière Nid, à 37 kilomètres de la mer de Norvège. Trondheim était à l'origine un village du nom de Kaupangr, fondé en 997 par le roi Olaf I… Lire la suite
TUNNELS

Écrit par :  Michel MARECJean PÉRA

Dans le chapitre "Tunnels routiers"  : …  d'intervenir. Il existe dans le monde 165 tunnels routiers de longueur supérieure à 3 kilomètres. *Il faut noter la construction, dans les années 1990, de nombreux tunnels routiers sous les fjords de Norvège pour éviter de grands détours et améliorer les liaisons hivernales : tunnels du fjord d'Oslo (7,4 km), liaison Fatima vers le Cap Nord… Lire la suite
VESTFOLD

Écrit par :  Georges CHABOT

… *Le plus petit (2 216 km2) des comtés norvégiens (celui d'Oslo excepté) est aussi un des plus réputés. Il est situé sur la rive ouest du fjord d'Oslo et de son embranchement, le fjord de Drammen. Il s'agit d'un plateau formé de roches magmatiques anciennes dont l'altitude dépasse rarement 500 mètres. Il est parsemé de nombreux lacs (en… Lire la suite
VIKINGS

Écrit par :  Lucien MUSSET

Dans le chapitre "Les prodromes de l'expansion maritime scandinave"  : …  Sans être négligeables, les facteurs politiques internes n'ont joué qu'assez tard, et seulement en *Norvège, unifiée à la fin du ixe siècle. L'amélioration rapide des moyens de navigation a eu un rôle plus déterminant. Grâce aux stèles gravées de l'île de Gotland (Suède) et à quelques trouvailles de navires intacts, on peut… Lire la suite
VIKINGS (notions de base)

Écrit par :  Universalis

Dans le chapitre "Des commerçants avisés"  : …  À l’est, les Suédois ont fondé des établissements marchands en territoire balte ou slave. *À l’ouest, les Norvégiens fréquentaient les Shetland et les Orcades dès cette époque. Les Danois se rendaient dans les comptoirs sur le pourtour de la mer du Nord, de la Manche et de la Baltique. En Scandinavie même, des centres marchands se sont… Lire la suite

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Bibliographie

Géographie

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Voir aussi

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