Le mot rationalisme, en son sens large, ne désigne pas vraiment une doctrine, comme les mots « idéalisme » « réalisme » ou « empirisme ». Sans doute peut-on en fixer certains traits pour constituer, en un sens étroit, le contenu d'une doctrine qui s'oppose alors à l'empirisme, et pose que toute connaissance exige des principes universels non tirés de l'expérience. Mais le mot correspond plutôt à une orientation générale, à une certaine forme ou manière d'interprétation de l'expérience humaine, qui peut se superposer à différentes doctrines, ou les pénétrer, sans en altérer fondamentalement le contenu. C'est cet aspect que nous essaierons surtout de définir, l'opposant alors à l'irrationalisme. Car le conflit des deux attitudes constitue, sous différentes présentations et à différents niveaux, plus encore aujourd'hui qu'à d'autres époques, un thème déterminant de la culture.
Le motif dominant du rationalisme est évidemment l'hypothèse que la réalité peut être atteinte en quelque façon – et les actions humaines évaluées sinon gouvernées – par l'usage de la raison. Mais que faut-il entendre par la « raison » ? À travers la diversité des sens qui ont été et sont donnés à ce terme, il semble cependant que quelques traits distinctifs puissent être maintenus :
– la raison est intelligence plutôt qu'instinct ou réactions affectives ;
– la raison renvoie à des principes, cadres de la connaissance et de l'action, qui sont plus ou moins explicites mais appellent et supportent l'élucidation ;
– la raison procède par enchaînements de concepts et non par juxtaposition et enchevêtrement d'images, de métaphores et de mythes.
Il ne conviendrait pas, cependant, d'identifier d'entrée de jeu raison et « logique », ou raison et contemplation désintéressée. Pour préciser davantage le sens de l'attitude rationaliste, nous la présenterons d'abord sous quelques-unes des variantes qu'elle assume dans divers systèmes philosophiques, afin de bien montrer qu'elle ne saurait être indissolublement associée à un seul contenu doctrinal, […]
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