2. Vie active et vie contemplative
L'attitude « normale » est ainsi de l'ordre de la morale et de la politique. Avec la disparition de l'autonomie de la cité, conséquence de l'apparition des empires, elle changera ; l'individu ne pourra plus véritablement influer sur des décisions qui, dorénavant, dépendent d'autorités tout autres que celles de sa cité. Le résultat n'est cependant pas une évaluation positive de la technique et du travail ; au contraire, le refus du besoin, comme chez les stoïciens, qui veulent libérer l'homme de tout désir autre que de perfection philosophique, ou chez Épicure qui attend d'un repli sur la nature la libération de tout souci et de toute peur, ou enfin chez les néo-platoniciens qui veulent retourner à une félicité dans la pure contemplation, est l'attitude dominante parmi les penseurs d'une époque qui ne peut plus chercher que des consolations dans une vie qui ne connaît ni indépendance ni sécurité. Le travail est du domaine de la nécessité, il n'a aucune dignité et n'en procure non plus aucun bonheur, vu qu'il est source de souci même quand il est couronné de ces succès méprisables qu'il apporte dans le meilleur des cas, savoir l'enrichissement et la jouissance des faux biens matériels et sensibles. Ne restent que la théôria et l'action morale de l'individu isolé en lui-même.
Lorsque le christianisme devient une religion d'État et la religion la plus répandue dans le monde méditerranéen, le rôle du travail et de l'activité matérielle change de nouveau, et cela sous deux aspects : le travail manuel est d'institution divine, mais au titre de punition ; la théôria, la vue et la saisie de ce qui est vraiment, est refusée à l'homme ici-bas, mais il peut (et doit) viser une visio beatifica, promise aux élus dans l'au-delà : l'existence dans ce monde et selon les règles de ce monde est peine et travail. La praxis païenne du citoyen n'est pas seulement devenue impossible sous les conditions de l'Empire (et, plus tard, de la violence féodale), elle est dévaluée – pu […]
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