« Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point ; on le sait en mille choses. » Ces mille choses sont ce que nous appelons nos sentiments. Et, comme l'exprime bien la phrase de Pascal, ceux-ci nous apparaissent à la fois comme irremplaçables et comme inexplicables. Irremplaçables, car le plus intellectualiste des philosophes doit bien admettre qu'il existe des expériences comme la joie, la révolte, l'admiration, l'amitié, l'amour, dont rien ne pourrait vraiment combler le vide laissé par leur absence. Inexplicables, car on ne peut pas analyser un sentiment, le ramener à des causes ou à des facteurs objectifs sans perdre aussitôt ce qui en fait l'essence : expliquer à une mère pourquoi elle aime son enfant, n'est-ce pas réduire cet amour à autre chose et finalement le nier ?
Le problème du sentiment est que la valeur que nous lui attachons est liée à son mystère même. Aussi cette valeur apparaît-elle suspecte à beaucoup, qui préfèrent ne voir dans ces raisons du cœur que des connaissances confuses, des résidus irrationnels de l'enfance dans la vie adulte. Mais ce mépris du sentiment ne revient-il pas à mutiler l'homme d'une part essentielle de lui-même ?
Autres références
« SENTIMENT » est également traité dans :
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AFFECTIVITÉ
Auteur :
Marc RICHIR
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moitié du xviiie siècle, et semble désigner, plus ou moins indistinctement, le *sentiment, l'émotion, voire la passion. Il dérive en effet du terme latin afficere qui signifie l'aptitude à être touché, et implique une modification subie par ce qui est ainsi « touché ». Il y a dans le concept d'affectivité le concept d'…
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AMOUR
Auteurs :
Georges BRUNEL, Baldine SAINT GIRONS
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L'étude sémantique, la psychophysiologie, l'histoire du *sentiment amoureux et la mythographie apportent d'incontestables « documents » pour une réflexion sur l'amour, mais l'obstacle majeur au développement de ces analyses réside, nous l'avons dit, dans l'indétermination du sentiment amoureux, lequel – à la différence de l'amitié, au sens de la…
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COMTE AUGUSTE (1798-1857)
Auteur :
Bernard GUILLEMAIN
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et c'est pourquoi il se détourne de la spéculation. Mais l'activité est lancée par le cœur (le *sentiment), la pensée abstraite ne suffit pas à déterminer l'action. Enfin, l'intelligence n'a qu'une fonction de contrôle. L'activité comporte trois tendances : le courage, la prudence et la persévérance. Les sentiments peuvent être égoïstes (…
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CROYANCE
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Paul RICŒUR
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la sympathie est un crédit, une croyance qui s'adresse aux sentiments d'autrui, et la croyance un *sentiment sympathique de la réalité. Voilà donc la croyance incorporée à un réseau proprement anthropologique qui la rend solidaire de termes tels que : impression, imagination, habitude, sentiment. C'est le réseau tout entier qui donne consistance à…
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HONNEUR
Auteur :
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L'honneur s'élabore au tréfonds de l'individu, il est considéré par celui qui y tend comme un *sentiment noble lui permettant de se surpasser. La mort ne fait pas peur à l'homme d'honneur. Don Juan respecte la promesse faite au Commandeur, il lui donne sa main ; il sait qu'il en meurt, qu'il se damne sans doute, mais l'essentiel est d'agir en…
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Bibliographie
Alain, Les Arts et les dieux, texte établi et prés. G. Bénézé, coll. La Pléiade, Gallimard, Paris, 1958 (notamment « Lettres au docteur Mondor », « Définitions » et « Vingt Leçons sur les beaux-arts »)
Aristote, Rhétorique
H. Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience et Les Deux Sources de la morale et de la religion, in Œuvres, éd. du Centenaire, 2e éd., P.U.F., Paris, 1967
A. Comte, Système de politique positive, t. I, Paris, 1851
R. Descartes, Les Passions de l'âme
P. Janet, De l'angoisse à l'extase, t. II, Payot, Paris, 1928
J. Maisonneuve, Les Sentiments, Paris, 1948
N. Malebranche, Entretiens sur la métaphysique et la religion (3e entretien), A. Cuvillier éd., Vrin, Paris, 1961
Platon, Le Banquet
Phèdre
O. Reboul, L'Homme et ses passions d'après Alain, t. I, P.U.F., 1968
P. Ricœur, Finitude et culpabilité, t. I, Aubier-Montaigne, Paris, 1960
J.-P. Sartre, L'Être et le Néant, Gallimard, 1943
M. Scheler, Nature et formes de la sympathie (Wesen und Formen der Sympathie, 1913, 2e éd. 1923), trad. M. Lefebvre, Paris, 1928, nouv. éd., Payot, 1971
Le Formalisme en éthique et l'éthique matériale des valeurs (Der Formalismus in der Ethik und die materiale Wertethik, 1913-1916), trad. M. de Gandillac, Gallimard, 1955.
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