« Performance » : ce vocable – loin de désigner un quelconque exploit sportif – relève de ce qu'il est convenu de considérer comme du franglais ; directement issu du verbe to perform, « interpréter », il est attesté au début des années 1970 dans le vocabulaire de la critique d'art aux États-Unis, et s'applique à toute manifestation artistique dans laquelle l'acte ou le geste de l'exécution a une valeur pour lui-même et donne lieu à une appréciation esthétique distincte. Qu'il ait fallu attendre une époque toute récente pour que « performer » fût reconnu comme une activité à part entière et susceptible de s'ériger en médium artistique autonome, cela peut paraître assez inattendu : la musique pour ne citer que l'art le plus propice sans doute à l'inflation de la virtuosité, n'avait-elle pas vu, depuis deux siècles, se multiplier les « grands interprètes » ? Et l'exégèse biblique n'a-t-elle pas suscité, en ce qui concerne la lecture des textes, une tradition herméneutique, c'est-à-dire interprétative au sens philosophique le plus profond, tradition qui relève d'un art quasi immémorial ? Mais ce qui caractérise chaque performance au sens américain, c'est son aspect de jaillissement vivant, c'est sa configuration de présence ici et maintenant.
Suis-je ici vraiment, ou est-ce seulement de l'art ? Am I really here or is it only art ? Cette interrogation, due à l'une des artistes les plus en vogue aujourd'hui dans l'univers de la performance, Laurie Anderson, permet de préciser le véritable enjeu de l'acte de performer : par-delà toutes les catégories esthétiques héritées, renouer avec l'immédiat, et exalter à cette fin ce qui, chez Mallarmé, se nomme « Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui ». On conçoit qu'un tel propos ait eu de quoi séduire, à notre époque, des artistes de formations diverses et de tendances apparemment irréductibles les unes aux autres. Tout un chacun, à tel ou tel moment, peut se reconnaître dans ce mot d'ordre du retour à l'immédiat ; d'où, certainement, d … ]
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