Art, c'était, en 1994, le titre d'une pièce de théâtre de Yasmina Reza. Trois amis conversaient puis se disputaient, presque jusqu'à la rupture, autour d'un tableau que l'un d'eux venait d'acquérir. Un tableau blanc ponctué de fins liserés blancs, évoquant Malevitch évidemment, mais aussi les œuvres de peintres tels que Robert Ryman ou Martin Barré. On se limita très souvent à considérer cette pièce comme une satire de l'art contemporain. Pourtant, par-delà les formules tant sacralisantes (« c'est de l'art ») que banalisantes (« tout est art »), les questions qu'elle posait étaient autres. Par exemple : que peut l'art ? Comment change-t-il notre vie ? Quel type de jouissance, de fascination ou d'ennui provoque-t-il en nous ?
Pareilles questions, à vrai dire, accompagnent comme un fil rouge toute l'histoire de l'art. La plus simple définition qu'on peut en proposer, empruntée au Vocabulaire d'esthétique d'Étienne Souriau, est celle-ci : « Ensemble des moyens et des règles permettant d'atteindre à la réalisation d'un objet défini. Œuvres obtenues par la mise en œuvre adroite de ces moyens et de ces règles. » L'énigme de l'art commence précisément là. Car si l'objet d'art n'a ni utilité ni fonction, s'il semble retiré a priori du cycle de la marchandise, il n'en est pas moins, dans sa plus haute expression, hors de prix. Les lieux qui l'ont abrité – le musée, le temple ou l'église, la collection privée ou publique – témoignent de ce statut particulier, du rapport à la vérité qu'il suppose et que contient le terme imitation.
Dans cette faculté d'imitation, une imitation pour ainsi dire superlative, puisqu'en produisant l'objet elle se rend capable de manifester son essence, unissant le vrai et le beau – de la représenter dans la forme de la sculpture ou du tableau – réside en effet la dimension proprement métaphysique de l'art, qui fait initialement de lui la médiation entre l'humain et une réalité suprasensible. La beauté de l'objet d'art montre d'emblée son ambivalence – celle […]
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