7. La performance comme fête
La performance, Hans-Georg Gadamer nous en parle chaque fois qu'il analyse la « représentation » – théâtrale, ou scénique, ou muséale – d'une œuvre quelconque. Et, de cette représentation, il commence par énoncer qu'elle « a, d'une manière imprescriptible et ineffaçable, le caractère d'une répétition du même ». Mais abstenons-nous de comprendre cette formule de manière trop nietzschéenne. « Répétition, poursuit Gadamer, ne signifie pas certes ici que quelque chose soit répété au sens propre, c'est-à-dire reconduit à l'original. Chaque répétition est plutôt aussi originale que l'œuvre elle-même. »
La structure du temps ainsi délimitée « peut être reconnue dans l'expérience de la fête ». En effet, les fêtes se reproduisent ; mais, à chaque fois, la fête « n'est ni une autre, ni la simple commémoration d'une fête originelle [...] L'expérience temporelle de la fête est plutôt la célébration, un présent sui generis ». On est libre d'évoquer à ce propos la définition que J. Cage donne de la poésie : une « célébration du fait que nous ne possédons rien » ; une fête de la non-possession ou du non-avoir. Ce qui ne signifie pas une dépossession ou une privation, mais bien plutôt une pauvreté essentielle, l'intensité d'une présence qui se détache sur fond de néant. Pareillement, pour Gadamer, la fête n'a rien d'autre à offrir que sa pure présence ; et, en ce sens, elle ne doit rien à la mémoire. Qu'elle « n'existe que célébrée », cela n'implique pas « qu'elle soit pour autant de caractère subjectif et qu'elle n'ait son être que dans la subjectivité de ceux qui la célèbrent ; au contraire, on célèbre la fête parce qu'elle est là ». La représentation théâtrale – et, ajouterons-nous, la performance – participe de la même économie : certes, elle n'existe que si elle s'adresse à des spectateurs. « Et pourtant son être n'est pas simplement le point de rencontre des sentiments éprouvés par les spectateurs. C'est plutôt l'inverse : l'être du spectateur est déte […]
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