2. De la musique au théâtre
On rattache habituellement les performances aux happenings ; cette filiation est, sans nul doute, à discuter. D'un point de vue strictement historique, le vocable « happening », qui désigne en anglais l'événement en général, avait d'abord été choisi par un artiste désireux de se simplifier la vie, et qui avait conscience d'œuvrer au confluent de différents arts, mais sans que l'appartenance de son travail à l'un plutôt qu'à l'autre s'imposât. En avril 1957, Allan Kaprow se décida pour le terme le plus neutre qui lui venait à l'esprit, et qui présentait l'avantage de ne préjuger d'aucune façon en faveur des « catégories conventionnelles » qu'étaient le théâtre, la peinture, la sculpture, la musique, la poésie ou la danse. L'œuvre, exposé dans la ferme de George Segal (située dans le New Jersey), consistait en un « environnement » (mot lui-même emprunté au peintre Jackson Pollock) regroupant à la manière d'un collage divers éléments artistiques. En 1958, Allan Kaprow devint l'étudiant du compositeur John Cage à la New School for Social Research de New York ; il poursuivit ses expériences sur le happening, en prenant soi d'organiser rigoureusement ses mises en scène grâce à une distribution précise des décors, de la lumière, des mouvements du public d'un lieu à l'autre, etc. ; bref, en fixant des cadres, voire des scénarios, qui permettaient de canaliser la participation des spectateurs promus au rang d'acteurs.
En ce sens, l'attitude de Kaprow tendait de plus en plus nettement à la réaffirmation d'un certain contrôle ; elle prenait par là le contre-pied de celle, délibérément non interventionniste, de John Cage. Il faut donc se garder de tenir ce dernier pour le père du happening : ce n'est que par un paradoxe médiatique qu'un tel label lui a, rétrospectivement, été attribué. La gloire d'Allan Kaprow, qui allait devenir l'un des pionniers du mouvement Fluxus, a en quelque sorte fait tache d'huile, et rejailli sur la célébrité de son maître ; celui-ci a été gratifié d'une invention q […]
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