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OCKHAM GUILLAUME D' (1290 env.-env. 1349)

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À l'époque où naît Ockham, saint Bonaventure et saint Thomas sont morts depuis plus de quinze ans et leur aîné Albert le Grand leur a survécu d'assez peu. Ni Raymond Lulle ni Roger Bacon, l'un largement quinquagénaire, l'autre probablement septuagénaire, n'ont cessé leurs combats, souvent prophétiques mais, dans la perspective de leur temps, plus ou moins marginaux. Si les condamnations de 1277, où l'évêque de Paris avait amalgamé à des propositions courtoises et hédonistes des thèses thomistes et averroïstes, pouvaient signifier pour l'aristotélisme une certaine dévalorisation, les nouveaux mouvements de pensée qui s'amorcent à la fin du siècle et se précisent aux débuts du suivant (tandis que le gothique commence à flamboyer et que des tendances humanistes se font jour en Italie et, plus modestement, dans le reste de la chrétienté latine) ne représentent pas vraiment un retour à la simple tradition augustinienne ou à la spiritualité monastique illustrée par les cisterciens. Les leçons d'Albert et de Thomas restent prépondérantes chez les dominicains ; dans leur rameau rhénano-flamand, l'influence néo-platonicienne infléchit la doctrine de ces maîtres vers un mysticisme spéculatif. En revanche, les franciscains se nourrissent de plus en plus de logique aristotélicienne et, tout en marquant très fort le primat de l'amour et du vouloir ainsi que la contingence du créé, commencent à multiplier distinctions et subtilités. La « voie moderne » qu'ouvre maintenant Ockham rejoint sans doute des positions qui rappellent le nominalisme du xiie siècle, mais son armature théorique est plus ferme et son insistance sur la « puissance absolue » de Dieu, d'origine théologique, contient les éléments d'une critique implicite adressée à l'ancienne cosmologie ; elle conduira certains maîtres parisiens à l'ébauche d'une recherche empirique (sinon expérimentale) des « habitudes de la nature », dépendant de la puissance « ordonnée » (ou « conditionnée ») du Créateur et non déductibles d'une structure éternelle qui s'imposerait à Dieu lui-même.

1.  Le « v […]

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