Dans le langage scientifique, une sorte de coexistence s'instaure fréquemment entre deux niveaux de conceptualisation, l'un assez proche de la langue courante, où le terme est employé dans un sens générique très large et désigne plutôt une notion, l'autre plus strictement scientifique, où l'expression devient spécifique et précise et où l'on a affaire à un véritable concept. Tel est justement le cas du mot influence, dont l'étude est compliquée par cette dualité de significations et, du même coup, de perspectives et de références.
Certains auteurs en effet ne s'éloignent guère du sens usuel « d'action exercée par une personne sur une autre personne », pour adopter à quelque chose près la formulation de Littré : l'accent est mis sur l'efficacité de cette action, et non pas sur la manière dont le résultat est acquis, c'est-à-dire sur les mécanismes particuliers au jeu de l'influence.
D'autres spécialistes traitent de l'influence dans un contexte de communication et insistent sur ce qui constitue à la fois la base de l'influence et les raisons de son succès, à savoir la persuasion ; l'influence devient alors un concept qui a gagné en vigueur ce qu'il a perdu en extension : c'est, à notre sens, le signe d'un incontestable progrès dans l'élaboration d'un langage scientifique.
On ne saurait, cependant, aborder le thème de l'influence sans souligner le mérite de Gabriel Tarde et sans rappeler l'importance de sa contribution en ce domaine, d'autant plus que ses analyses participent de l'ambiguïté signalée ci-dessus et en fournissent une excellente illustration. D'une part, dans sa théorie générale de la société, Tarde parle tour à tour de suggestion, d'hypnotisme, de magnétisation, pour caractériser le rôle et l'efficacité arbitrairement dévolus à l'imitation ; la notion d'influence n'est pas nettement et fermement définie, encore qu'elle soit implicite tout au long de l'argumentation. D'autre part, dans ses essais particuliers, notamment dans l'étude consacrée à la conversati […]
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