4. La théologie
En réalité, les hommes sont encore plus mal pourvus que le bénéficiaire de l'hypothèse fantastique énoncée ci-dessus ; ils ne disposent que de la Révélation, laquelle fournit seulement certains noms de Dieu et la certitude de quelques-unes de ses décisions libres ; la théologie ne peut donc être une science véritable, prétendûment « subalternée » à la vision des bienheureux ; c'est pourquoi Ockham préfère la définir comme une collection de propositions singulières, excluant non seulement tout « concept propre » de Dieu mais tout recours à la causalité. Cependant l'habitus du théologien concerne un « sujet » immense, d'une certaine façon la totalité du créé ; car il importe, avant toute autre recherche, de savoir ce qu'implique le premier article de foi : « Je crois en un seul Dieu tout-puissant. » Dieu n'étant lié par aucun système antécédent d'idées, ni par la fausse substantialité de formes intermédiaires, il peut sauver ou perdre qui lui plaît. Il n'était pas exclu, par conséquent, qu'il décidât de procurer la béatitude à quiconque pose librement des actes moralement bons. Cette formule dialectique a heurté, elle aussi, les enquêteurs d'Avignon parce qu'elle semblait, à première vue, rejoindre les affirmations averroïstes qui promettent à l'homme un bonheur purement naturel. Mais le dessein d'Ockham est complètement opposé : même dans l'hypothèse limite (présentée comme « irréelle » : « Dieu aurait pu »), la condition effective du salut serait pour lui d'« aimer Dieu par-dessus tout », et cet amour lui-même ne serait « bon et louable » qu'en vertu d'un décret divin. En fait, au niveau de la « puissance conditionnée », le Créateur ne rend les hommes bienheureux que par cet « habitus créé » qu'on nomme charité infuse ; mais Ockham tient que l'amitié divine ne requiert de soi aucune « forme amicitiante » qui agirait sur le vouloir humain et contraindrait en quelque sorte le vouloir divin, par sa seule présence, comme cause efficiente du salut. En substan […]
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