5. L'ockhamisme politique
• « Puissance ordonnée » de Dieu et contingence du politique
L'œuvre politique de Guillaume d'Ockham constitue une masse imposante d'écrits dont une partie seulement a fait l'objet d'une édition scientifique. Écrite sous la pression des circonstances, dans le feu des polémiques qui ont opposé son auteur à trois papes successifs, Jean XXII, Benoît XII et Clément VI, elle manifeste une certaine hétérogénéité à l'égard de l'œuvre logique ou théologique. Entre le politique et le philosophe, pourtant, la distance n'est pas si grande, et il n'est guère malaisé de découvrir les implications philosophiques qui sous-tendent libelles, écrits de protestation ou dialogues, où le « maître » et le « disciple » argumentent, sans pour autant dévoiler explicitement les positions de l'auteur lui-même.
C'est dans un ouvrage politique qui aurait été écrit en quatre-vingt-dix jours (Opus nonaginta dierum, 1333) que l'on trouve une des définitions les plus vigoureuses de la toute-puissance divine, clef de voûte de la pensée ockhamiste. Prise en elle-même, cette puissance est absolue : elle n'a d'autre limite que celle de la non-contradiction. De ce point de vue, l'ordre du monde comporte une contingence radicale. Suspendu à la liberté de Dieu, il aurait pu être tout autre qu'il n'est. Mais, une fois posé l'ordre instauré par Dieu, il persiste selon le jeu des lois créées et instituées par Lui. « Nature » ici correspond à ce qui est institué par Dieu de par sa « puissance ordonnée » : une telle nature est donc voulue par Dieu comme un donné raisonnable, sinon rationnel. À l'intérieur de cet ordre, quelle place assigner au monde humain, politique et religieux ?
Dans l'économie présente du monde, loi naturelle et loi humaine ont une valeur de fait, non de droit. La légitimité du pouvoir, pour rationnelle qu'elle soit, n'en est pas moins contingente, ce qui n'exclut pas, par hypothèse, qu'il y ait des « gouvernants » justes. Si aucune loi positive ne peut être contraire au d […]
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