2. Le « terminisme » et le problème des universaux
Ockham, instaurateur, tant pour ses adversaires que pour ses disciples, de la voie moderne, considère pourtant comme des novateurs ceux qui professent le réalisme des universaux et des relations ; pour l'essentiel, il se croit et se veut fidèle à la théorie aristotélicienne de la connaissance, mais en la libérant des dernières traces de platonisme. Son univers est fait de « choses » (res) singulières, contingentes et juxtaposées, que l'esprit appréhende dans un acte cognitif qualifié d'intuitif. Ockham conserve néanmoins la distinction non seulement entre une première saisie, en quelque façon neutre, et l'assentiment judicatoire qui la suit, mais entre la « sensation », qui révèle seule le fait de l'existence concrète et, d'autre part, l'« intellection » qui seule atteint la « quiddité » de la chose. L'être « objectif » (c'est-àdire intentionnel, au niveau de l'esprit connaissant) ne se confond aucunement avec l'être « subjectif » (dans le langage médiéval, l'être extra-mental de la chose même) ; on est donc très loin ici de l'immatérialisme berkeleyen. Certes, il n'est pas contradictoire que, par sa puissance absolue, Dieu produise dans une âme une vision sans « sujet » extérieur (et, pour Ockham, c'est bien ce qui se produit miraculeusement dans certaines circonstances), mais cet argument « dialectique » (lié au refus d'un lien « nécessaire » entre ce qui peut être séparé sans contrevenir au principe de non-contradiction) n'implique en rien le scepticisme ou le subjectivisme (au sens moderne du terme) que d'aucuns ont cru y discerner, soit pour en faire grief à l'ockhamisme, soit pour le célébrer comme un pressentiment de thèses critiques de type kantien qui lui sont étrangères encore (et dont on trouvera peut-être les prodromes chez Nicolas de Cues, un siècle et demi plus tard). Pour Ockham, au niveau de ce qu'il nomme la « puissance conditionnée », c'est-à-dire selon les « habitudes » de la nature créée, l'intuition intellective re […]
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