3. La morale et la métaphysique ockhamistes
La morale d'Ockham est plus surprenante que sa psychologie. Pour lui, le libre arbitre n'est pas seulement une exigence de foi ; à la différence de l'immatérialité de l'âme, il y voit une évidence empirique et il admet, très classiquement, que le vouloir se fortifie par l'habitude, s'affaiblit par l'inaction. Mais le terme qui se propose à l'action, le volibile, ne peut être que « connotatif ». Loin de renvoyer à un « bien en soi », il se réfère aux libres décisions divines. Duns Scot soulignait déjà le caractère contingent de la deuxième table du Décalogue (les commandements qui concernent les rapports entre les hommes) ; il admettait que les règles de la propriété et du mariage pussent varier ; Ockham étend cette contingence à la première table (concernant la relation de l'homme à Dieu). Il soutient qu'en puissance absolue Dieu pourrait, sans contradiction, prescrire non seulement le vol et l'adultère, mais même la haine du Créateur et l'adoration d'un âne (Sent., II, xix). Ces arguments dialectiques n'entraînent en fait aucune contestation pratique des valeurs ; comme la théorie cartésienne de la création des vérités éternelles, mais sur le plan éthique et non mathématique, ils entendent souligner la liberté des décisions divines. Ici encore, une fois rappelé ce principe, souvent par des formules paradoxales, le venerabilis inceptor retrouve en fait la loi de nature et il insiste sur la rectitude d'un vouloir qui doit toujours viser (sauf cas exceptionnel d'intervention surnaturelle) ce que la révélation et l'expérience permettent à la conscience de discerner comme bon.
Ainsi, le droit humain se réfère à un équivalent pratique du droit naturel, mais, comme Duns Scot, Ockham laisse une place importante aux domaines de la convention et du contrat. Pour des motifs qui tiennent en partie aux querelles qu'on a dites (mais qui ont pu aussi déterminer son attitude dans l'affaire), Ockham oppose au prétendu droit divin, qui crédite […]
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