3. Un maître du récit
Zola a mis au point très tôt les éléments de sa technique romanesque : le métier et l'art de la composition, l'aptitude à créer des personnages nombreux, bien typés et étroitement dépendants les uns des autres, et la maîtrise de la dynamique narrative. Avant d'écrire un roman, il construit plusieurs plans successifs, auxquels s'ajoutent un fichier des personnages et de nombreuses notes d'enquêtes et de lectures. Il calcule les proportions de l'œuvre en ménageant toutes sortes de symétries, et en équilibrant le récit, le dialogue, la description et l'analyse. La part des « paysages », sous l'influence de la peinture impressionniste, est importante ; mais le nombre et le rythme ne le sont pas moins, donnant à chacun de ses romans une signification symbolique et un aspect orchestral. Treize chapitres pour L'Assommoir, par exemple : chiffre fatidique, mais aussi chiffre de la symétrie, avec six chapitres d'un côté, six chapitres de l'autre, et le chapitre pivot de la fête de Gervaise. Le naturalisme ne craint pas, on le voit, de s'achever en formalisme.
Le système des personnages est tout aussi rigoureusement constitué. On peut reconnaître en eux des types professionnels et sociaux, c'est vrai, conformément à l'esthétique naturaliste. Mais, de plus, chacun exerce une fonction dans un jeu proprement dramatique, se selon d'autres nécessités que celles de la vraisemblance. Tout d'abord, comme l'a montré Philippe Hamon, chaque personnage peut prêter au narrateur soit son regard, soit son écoute, soit son savoir-faire, pour que la représentation du réel passe par son relais et apparaisse du même coup comme plus authentique et comme mieux insérée dans la fiction. Ensuite, ce « personnel » romanesque se distribue toujours, d'un roman à l'autre, en grands rôles interdépendants. Comme dans les tragédies et les épopées, un héros, porté en avant par un désir – le désir de la richesse, du pouvoir, de la femme, ou de la justice –, ou simplement instrument d'un dessein de la nature ou de l'his […]
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