Ennemi acharné des monarchies et des dictatures, habitué des prisons – avant d'être couvert, en tant que député républicain, par l'immunité parlementaire – protagoniste de duels nombreux, colonisateur, best-seller mondial tiré à des millions d'exemplaires, journaliste provincial ou collaborateur de la grande presse américaine, Vicente Blasco Ibáñez exprime, dans toutes les formes de son activité, un tempérament, une vitalité débordante, un besoin de communication irrésistible : « Je fais des romans, assure-t-il, parce que cela est chez moi un besoin. Si j'étais né dans un pays sauvage, sans livres, sans littérature, je suis certain que je marcherais pendant des jours pour raconter à une autre personne les histoires qu'il me serait arrivé d'imaginer dans ma solitude et pour entendre les siennes en retour. »
Cette énergie devait se traduire en une production abondante, multiple, moins soucieuse de s'imposer par sa qualité que de convaincre et de séduire dans l'instant, d'entraîner aussi vers l'action ; mais son actualité même la mettait en danger de vieillir rapidement, de se convertir en une « œuvre d'époque », dont l'intérêt n'est plus qu'historique, dès lors qu'elle ne suscite plus de nouvelles interprétations, ou que sa valeur esthétique ne la protège pas de l'oubli.
Pourtant, les romans de Blasco Ibáñez, par d'autres voies que les essais, les articles, les romans de la génération de 1898, contribuaient à l'élargissement de la conscience espagnole. La génération de 1898 portait son attention sur certains problèmes ; Blasco portait son attention sur « les autres », et les autres, pour lui, c'étaient les Espagnols de son temps, objets plutôt que sujets en politique, une masse qui ne connaissait d'autre culture que la tradition, surtout orale, héritée des générations antérieures. Il sentait en lui la vocation d'éclairer ce peuple, et non exclusivement les cercles privilégiés.
C'est pourquoi il développait son activité aussi bien sur le terrain politique et social que dans le domaine litt […]
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