Dans Le Crépuscule des Idoles (1889), Friedrich Nietzsche émet ce jugement laconique et définitif : « Zola, ou le plaisir de puer ». C'est ce que durent penser les premiers critiques de l'Assommoir, qui firent au roman un succès de scandale. La réprobation fut à peu près unanime : à droite, on fustigeait cette « littérature de l'ordure » ; à gauche, on s'offusquait d'une vision aussi désespérante du monde ouvrier. À ses détracteurs qui se bouchaient le nez, Émile Zola (1840-1902) donnait d'ailleurs raison, en répliquant dans le même registre : « L'Assommoir est [...] une œuvre de vérité, le premier roman sur le peuple qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple » (Préface).
1. Grandeur et décadence de Gervaise Macquart
Publié dans sa version intégrale et définitive chez Charpentier en 1877, septième roman de la série des Rougon-Macquart, L'Assommoir a d'abord paru en feuilleton au cours de l'année 1876, dans Le Bien public, puis dans La République des Lettres. Composé de treize chapitres, divisés en deux ensembles symétriques, de part et d'autre d'un sommet (le chapitre vii), le récit raconte l'ascension, puis la chute de Gervaise Macquart, jeune ouvrière montée de Plassans, en Provence, à Paris en compagnie de son amant, Auguste Lantier. Le roman s'ouvre sur un départ : après l'avoir abondamment trompée, Lantier se décide à quitter Gervaise. Restée seule avec ses deux enfants, Claude et Étienne, la jeune femme finit par céder aux avances de Coupeau, un ouvrier zingueur, avec qui elle s'installe dans un immeuble du quartier de la Goutte d'Or. C'est là que vivent, dans une étouffante promiscuité, la plupart des personnages du livre. Une première fête les réunit : la noce de Gervaise et Coupeau. Malgré l'envie et les médisances, le ménage prospère. Un enfant naît : Nana. Mais Coupeau tombe d'un toit, se blesse et perd son travail. Son état réclame des soins qui engloutissent les économies du couple. L'ancien ouvrier travailleur et sobre traîne désormais au cabaret, et se met à bo […]
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