Que ce soit en musique, dans les arts visuels, en littérature, au théâtre, l'art du xxe siècle – celui que nous considérons comme « moderne » – se montra agressif et provocant. Il a fait peu de cas de la beauté, au point que celle-ci devint parfois la marque des productions académiques.
Nous constatons, à l'inverse, en ce début de xxie siècle, une obsession de la beauté ; non seulement dans les sociétés européennes, mais également dans celles en rapide développement, comme la Chine et l'Inde. Cette obsession se manifeste moins dans l'art que dans les comportements individuels (soins corporels, sport, chirurgie esthétique), dans le succès de la mode et du design, dans la production industrielle de musées et d'événements artistiques et culturels. On peut alors parler d'une esthétisation de la vie ancrée dans la consommation de masse. La beauté, qui était chose rare, fait l'objet d'une industrie.
Dans le même temps, cette obsession de la beauté s'accompagne d'un retour des valeurs du bien. Ce qui se traduit par l'impératif de la correction politique, la vogue de l'équitable, une idéologie du partage et le primat des valeurs compassionnelles. Les croyances morales sont réaffirmées, alors que le xxe siècle cherchait à les démystifier.
Dans cette double évolution, on voit se rejoindre deux éléments qui ont été, tout au long de l'histoire occidentale, liés dans les réflexions sur l'art : le Beau et le Bien, la beauté esthétique et la beauté morale. Une relation, qui s'était distendue et même brisée, semble se rétablir.
1. Les deux composantes du Beau
• La dualité du Beau et du Bien
Notons tout de suite que les philosophes ont commencé par s'interroger sur le beau, c'est-à-dire sur une propriété des choses et des actions. Cette propriété sera par la suite hypostasiée en une substance, la beauté, en même temps que seront plus fortement affirmées sa spécificité et son indépendance.
Au départ, le Beau a deux composantes principales, l'une de plaisir et l'autre de bien moral et religieux. Toutes deux sont identifiées dès Platon[…]
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