4. Le retour du beau
Par rapport à cette situation pas si lointaine, il est d'autant plus surprenant que nous assistions depuis la fin de l'époque moderne, et plus exactement durant le dernier quart du xxe siècle (le terme « post-moderniste » fut utilisé pour la première fois en 1968, celui de « postmoderne » en 1974), à une réhabilitation de la beauté.
Pour mesurer l'ampleur de ce retour, il importe de ne pas se limiter au monde de l'art, mais bien, comme c'était le cas dans l'Antiquité et au Moyen Âge, de prendre en compte le monde tel qu'il est aujourd'hui produit, perçu et consommé. C'est affaire ici tout à la fois de culture, de technologie et d'économie. Avançons que ce monde est façonné par une technologie, une économie et une culture de la beauté.
Cette industrie de la beauté corporelle comprend bien sûr la chirurgie esthétique, l'industrie de la forme et du sport, mais également l'ornementation corporelle (piercings, tatouages, traitement de la chevelure). Le cœur de cette « beauté incarnée » est l'industrie des produits de maquillage et de soins corporels, ainsi que la branche la plus importante de l'industrie du luxe, celle des parfums. Rappelons au passage que le vin et le parfum étaient pour Baudelaire, poète de la vie moderne, les insignes même de la beauté. Tous ces phénomènes sont indissociables de modes de production industriels et multinationaux. L'industrie de la beauté des vêtements et parures est également concernée. La mode et les marques sont au cœur de la consommation des groupes sociaux. À cette diffusion de la beauté, qui a aussi valeur d'appropriation, ajoutons la fascination médiatique et publicitaire pour les beautiful people, ces « vedettes » ou personnalités qui peuplent les émissions de télévision grand public et les revues people.
Un autre aspect du retour à la beauté pourrait être décrit par l'expression de « beauté du monde » – à savoir la bimbeloterie commercialisée sous forme de bibelots exotiques, de décoration ethnique, de meubles en provenance d'autres cultures e […]
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