Quoique n'ayant guère plus d'un siècle d'existence, et d'un usage aujourd'hui devenu courant, le terme d'« affectivité », de la même famille qu'« affect » ou « affection », est chargé d'une ambiguïté qui traverse les âges : impliquant plus ou moins une passivité qui échappe à la maîtrise de la raison, l'affectivité est, en tant que « lieu » ou « système » des affects, plus ou moins éloignée ou rapprochée – parfois jusqu'à la confusion – du « lieu » ou « système » des passions. Avec la rigueur qui lui est propre, Kant est le premier à avoir clairement distingué l'affect de la passion, et est en ce sens, bien avant l'apparition du terme dans le vocabulaire, le premier philosophe de l'affectivité. Cette distinction permet de jeter un regard rétrospectif jusqu'aux Grecs, et de débrouiller le traitement philosophique – fût-il négatif – de la question aux xixe et xxe siècles, jusques et y compris Heidegger, qui, en notre temps, l'a radicalement renouvelée. La perspective historique montre que « la chose même » que le terme désigne a toujours été pensée dans notre tradition aux croisements de la philosophie et de la médecine – mais aussi de l'expérience religieuse. Si l'on veut aujourd'hui envisager une phénoménologie de l'affectivité, ce ne peut être qu'en la confrontant à ces « pathologies de l'âme humaine » que sont les névroses et les perversions, mais aussi, par-delà ce que la psychanalyse a mis à jour, les psychoses. Les premières pourraient être nommées « pathologies des passions », au sens où, déjà, en parlait Marivaux : « Notre vie est moins chère que nous, que nos passions. À voir quelquefois ce qui se passe dans notre instinct là-dessus, on dirait que, pour être, il n'est pas nécessaire de vivre, que ce n'est que par accident que nous vivons, mais que c'est naturellement que nous sommes. » Les secondes pourraient, en revanche, être désignées comme des « pathologies de l'affectivité », portant la menace de la dislocation au cœur de l'existence (la vie) elle-même. […]
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