5. La disjonction de l'affectivité et de la subjectivité : Heidegger
Ce n'est pas le lieu, ici, de redéployer toute la problématique, difficile par sa subtilité et par sa nouveauté, d'Être et Temps. Rappelons que, au lieu de caractériser l'homme par la subjectivité ou la conscience – ce qui sous-tend toujours, par l'autonomie de ce que ces concepts sont censés désigner, l'équivoque d'un être qui pourrait être tout autant hors du monde qu'être dans le monde ou au monde, tout autant dans le recoin d'une intériorité coupée du monde ou fermée au monde que projetée, au-dehors, sur les êtres et les choses du monde –, Heidegger le caractérise par le Dasein, terme littéralement intraduisible qui signifie que l'homme est un être toujours déjà « là » (Da), au monde, existant, au sens transitif, non pas seulement soi, mais le monde, l'existence n'étant pas une existence « en soi », métaphysique, mais ek-sistence, être soi à l'écart originaire de soi, concrètement, au monde, et au temps. C'est dire que l'existence est originairement mondaine et temporelle, mortelle, se déployant chaque fois dans la temporalisation selon les guises des articulations des trois ek-stases du temps (futur, passé, présent), dans ce qui est chaque fois un monde dans sa « mienneté » (Jemeininigkeit), sous l'horizon duquel paraissent les êtres et les choses – les étants. C'est dire aussi que le Dasein est inséparable de « son » monde, et que, sans être assimilable à un fait brut, il est néanmoins toujours, chaque fois, « factice ».
« Factice », cela signifie que le Dasein, plus ou moins en souci de son origine – c'est-à-dire de son être –, se trouve originellement – pour peu qu'il s'y « résolve dans l'authenticité » de son souci – dans l'impossibilité non pas de se représenter imaginairement son origine, mais d'y accéder à la mesure de l'abîme qu'elle creuse. Autrement dit, cela signifie que le Dasein « se trouve » toujours déjà au monde en même temps que le monde où il est. Cette découverte originelle du monde – de l'être-au […]
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