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VÉRITÉ (notions de base)

Seuls des énoncés peuvent être vrais ou faux. Les choses, quant à elles, même si, par un abus de langage, il arrive qu’on les qualifie de « vraies » ou de « fausses », sont réelles ou irréelles, authentiques ou artificielles. Mais elles ne sauraient être « vraies ». On confond trop souvent « vérité » et « réalité ».

Par-delà ce qui les distingue, les grandes philosophies se rejoignent toutes dans l’idée d’« adéquation » : un énoncé est vrai lorsqu’il est conforme à la réalité dont il parle. D’où la plus célèbre des définitions de la vérité proposée par Thomas d’Aquin (env. 1225-1274) : « Veritas est adaequatio rei et intellectus (La vérité est l’adéquation de la chose et de l’intellect). » Mais, tant que ce qui se trouve dans l’intellect n’est pas exprimé, la représentation reste propre au sujet qui la possède, et demeure de ce fait indécidable (ni vraie ni fausse). Une représentation non verbalisée n’accède pas à l’universalité, c’est-à-dire, au sens le plus simple du terme, à l’espace commun où peuvent dialoguer des individus doués de raison. Seul un énoncé formulé dans un langage peut être conforme ou non, adéquat ou non, en correspondance ou non avec la réalité extérieure.

Que la vérité soit l’accord de deux entités semble donc faire l’unanimité. Mais, sitôt qu’on interroge la nature de ces deux entités, les philosophes se séparent. Ce qui donne à la notion de vérité un caractère éminemment paradoxal, dans la mesure où, d’un côté, tout philosophe s’est senti dans l’obligation d’en proposer une définition, tandis que, d’un autre côté, on peut soupçonner qu’aucun d’entre eux n’a exactement la même idée en son esprit quand il évoque la vérité.

Du mythe au débat, le cheminement de la vérité

Dans les sociétés archaïques, le doute n’était guère de mise. La tradition rassemblait la communauté, sous forme d’un discours incontestable que garantissait le caractère divin de son origine, lié soit à la position supérieure de celui qui le prononçait – le chef de la tribu, le prêtre, le mage... – soit à son origine sacrée – récits transmis aux hommes par les dieux, ou Tables de la Loi qui auraient été transmises par Yahvé à Moïse sur le mont Sinaï. Avec la démocratie athénienne sont nés le débat, l’opposition des discours et la confrontation des récits. « La première signification de Vrai et de Faux semble avoir tiré son origine des récits ; l’on a dit vrai un récit quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part », note Spinoza (1632-1677) dans ses Pensées métaphysiques (1663).

Il n’est donc guère étonnant qu’avec la naissance de la démocratie on ait dans un premier temps négligé la « chose » dont on parlait pour ne fixer le regard que sur les « intellects » en présence. Si la vérité exige l’accord, la question de savoir si notre discours correspond de près ou de loin à la réalité est négligeable, le seul paramètre à prendre en compte étant le consensus des citoyens. Ce consensus étant très rarement spontané, il faut l’amener à l’aide de techniques oratoires qui ont la puissance de persuader les auditeurs de la validité du récit entendu. Mais, en même temps que la démocratie, apparaît la démagogie – la manipulation des esprits – dans laquelle excellent alors ceux que Platon (env. 428-env. 347 av. J.-C.) qualifie de sophistes et à l’égard desquels il manifeste une sévérité excessive, les jugeant responsables de la condamnation à mort de Socrate (env. 470-399 av. J.-C.). Gorgias (env. 483-env. 374 av. J.-C.), pour ne citer que lui, avait construit une véritable philosophie du langage : selon lui, les mots ne peuvent pas dire les choses, mais peuvent agir sur celui qui les entend. Pour utiliser[...]

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Écrit par

  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État ès lettres, professeur en classes préparatoires

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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