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VÉRITÉ (notions de base)

Les deux conditions de la vérité

Tous les premiers dialogues écrits par Platon, tels l’Hippias, ou le Ménon,cherchent à conduire le lecteur d’un premier niveau, où la vérité est entendue comme accord des citoyens, à un second niveau, où la vérité relève d’un ordre supérieur régi par le Bien et dépassant chacun des individus de la Cité. Ainsi commence avec Platon la dénonciation des apparences, que poursuivront d’une manière ou d’une autre tous ses successeurs. En fait, il convient au philosophe de prendre ses distances avec deux types d’apparences : les illusions liées aux limites de notre sensibilité, et les fictions politiques construites par les démagogues. Platon œuvre alternativement sur les deux registres, jusqu’à ce que sa République réunisse les deux domaines. On passe alors d’une universalité très relative, celle du consensus démocratique, à une universalité d’un autre ordre, celle des essences immuables que notre âme a la faculté de reconnaître pour les avoir déjà côtoyées dans le monde suprasensible. Toute connaissance est ainsi réminiscence. La vérité relève de la capacité de notre âme à reconnaître dans le monde sensible des images qui ne sont que les copies imparfaites des réalités intelligibles.

Aristote (env. 385-322 av. J.-C.), disciple de Platon, mettra l’accent sur l’autre condition de la vérité, celle qui est liée à la structure de notre discours. Alors que Platon vise une vérité qui sera dénommée après lui « matérielle », autrement dit une vérité liée à l’objet dont nous parlons, Aristote se concentrera surtout sur la vérité « formelle », c’est-à-dire sur la cohérence de nos énoncés. Un énoncé « vrai » est ainsi un énoncé non contradictoire, dont les conséquences sont déduites des points de départ (appelés « prémisses ») suivant les règles immuables du discours.

Alors que l’éventuelle faiblesse de la construction platonicienne tient à l’intuition intellectuelle qui dévoile l’idée au penseur, intuition indémontrable et difficilement partageable, la limite de la construction aristotélicienne tient à notre incapacité à démontrer les principes dont nous déduisons nos propositions. Tandis que Platon, au livre VI de sa République, qualifie d’« hypothétiques » les vérités mathématiques qui dépendent de points de départ indémontrables, son disciple Aristote affichera sa déception de ne pouvoir tout démontrer.

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Écrit par

  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État ès lettres, professeur en classes préparatoires

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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