ÉLÉMENTS THÉORIES DES

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La philosophie chinoise du « Hong fan »

Opérations cosmiques et comportements humains

Le Hong fan, inséré à titre de chapitre dans le Shu jing, est un petit traité qui passe communément pour le plus ancien essai de la philosophie chinoise. La tradition des lettrés prétend y voir un ouvrage du IIe millénaire avant J.-C. Les critiques modernes le font remonter, les uns au viiie siècle, les autres au iiie siècle avant l'ère chrétienne. On peut, avec la majorité des sinologues, considérer que sa rédaction n'est pas antérieure au vie siècle avant J.-C. On y trouve, dans un dialogue qui sert d'exorde au traité, les indications suivantes :

« Ah ! c'est de façon mystérieuse que le Ciel fixe aux hommes d'ici-bas les domaines où les uns et les autres vivront en harmonie ! Et moi, je ne sais rien de l'ordre qui régit les rapports réguliers (des êtres). – Jadis, Gun fit obstacle aux Grandes Eaux et jeta le trouble dans les cinq éléments ; le souverain, frémissant de colère, ne lui ayant pas délivré les neuf sections du Hong fan, les rapports réguliers (des êtres) se pervertirent. Mais Gun périt, exécuté dans les Marches du Monde, et Yu accéda au pouvoir. Le Ciel, alors, délivra à Yu les neuf sections du Hong fan et les rapports réguliers des êtres retrouvèrent leur ordre. »

Il s'agit ici d'un dialogue entre le fondateur de la dynastie Zhou et le frère du tyran Shuxin, dont les mœurs décadentes provoquèrent la ruine de la dynastie Yin : entretien correspondant à la naissance d'un ordre nouveau, après la transmission, d'une famille à une autre, des principes sacrés ou des palladia emblématiques du pouvoir. Le sujet du Hong fan, d'ailleurs, est l'ensemble des procédés de gouvernement grâce auquel le souverain peut recueillir et répandre sur l'ensemble de ses sujets la totalité des « Cinq Bonheurs ». Aussi lit-on, dans la cinquième section du Hong fan, cette déclaration d'avènement :

 Rien qui penche ! Rien qui oblique !  Suivez le Yi royal !  Nulle affection particulière !  Suivez le Dao royal !  Nulle haine particulière !  Suivez le Lu royal !  Rien qui penche ! Rien de factieux !  Le Dao royal, qu'il est large !  Rien de factieux ! Rien qui penche !  Le Dao royal, qu'il est uni !  Rien qui se tourne vers l'arrière !  Rien qui s'incline de côté !  Le Dao royal est tout droit !  Unissez-vous à celui qui possède le Ji !  Accourez près de qui possède le Ji ! (trad. Chavannes, S.M.T., IV)

En méditant sur la structure de l'Univers, le sage, selon la philosophie chinoise traditionnelle, peut découvrir les principes qui commandent toute politique, privilège que lui accorde aussi, en Grèce, à une époque voisine de celle des premiers « pères du taoïsme », la philosophie d'Héraclite. L'aménagement du Cosmos, d'un temps et d'un espace finis, où l'ordre ontologique et l'ordre logique se traduisent en harmonies rythmiques et en symboles géométriques, implique une répartition des êtres et des choses, une classification en rubriques tout aussi bien qu'une distribution en cinq éléments. Ainsi, la première section du Hong fan enseigne : « Cinq éléments : 1. Eau ; 2. Feu ; 3. Bois ; 4. Métal ; 5. Terre. L'Eau humecte et descend ; le Feu flambe et tend vers le haut ; le Bois se courbe et se redresse ; le Métal obéit et change de forme ; la Terre se sème et se moissonne. »

Tel est l'ordre véritable et premier des éléments. À la différence d'un autre système de classification, celui du Yue ling, calendrier dont l'histoire peut être suivie seulement à partir du iiie siècle avant notre ère et qui a été conservé par le Li ji (« Livre des rites »), on trouve dans le Hong fan une révélation de la constitution de l'Univers grâce à une progression de catégories et non pas un enseignement de la fonction des nombres dans l'aménagement du cycle de l'année. En d'autres termes, l'ordre des éléments, dans le Hong fan, est celui d'un dispositif cosmologique spatial, alors que celui du Yue ling a pour but une classification temporelle. Ainsi, dans la première section du Hong fan, l'Eau est-elle la première nommée parce qu'elle a pour domaine spatial le nord et, avec lui, tous les sites ainsi orientés et parce qu'elle répond à l'extrémité inférieure de la branche verticale d'une croix dont elle occupe le bas. Au contraire, le Feu répond à l'extrémité supérieure du haut et du sud, tandis que de la gauche, du Bois et de l'est, la branche horizontale s'étend vers l [...]

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  • : historien des sciences et des techniques, ingénieur conseil

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Pour citer l’article

René ALLEAU, « ÉLÉMENTS THÉORIES DES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/theories-des-elements/