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ROMANTISME

Art

Si l' art romantique semble se définir par ses thèmes et par la galerie de ses héros plutôt que par ses formes, c'est que le romantisme a plus facilement et plus vite trouvé son expression littéraire. En fait, il s'agit d'indices plus que d'éléments constituants. Et, si l'on envisage le romantisme non pas comme une simple appellation qui couvre indistinctement une tranche chronologique, mais comme un terme positif qui correspond à une entité historique, on peut se demander dans quelle mesure il y a eu un art romantique.

On est obligé de faire l'hypothèse historique que, vers la fin du xviiie siècle, la civilisation occidentale a connu un bouleversement profond. La Révolution française en est la manifestation la plus spectaculaire, mais elle n'en représente qu'un aspect. En fait, toutes les valeurs culturelles aussi bien que sociales furent altérées. On peut appeler romantisme la conscience nouvelle qui a émergé de ce bouleversement.

Le romantisme n'est donc pas né, un beau jour, dans une localité bien déterminée (pour le préromantisme, on se reportera à la première partie de l'article) ; néanmoins, les idées maîtresses qui l'inspirent ont été exprimées avec une force et une concentration extraordinaires en Allemagne entre les années 1795 (Über naive und sentimentalische Dichtung, de Schiller) et 1801 (mort de Novalis). Il faut distinguer le mouvement romantique dans son ensemble, dont la cohésion est difficile à montrer, et des groupes romantiques assez bien définis, qui ont établi certains corps de doctrine, des esthétiques précises et parfois très divergentes : ce sont surtout le cercle des Schlegel, le plus précoce et le plus important, les poètes des lacs en Angleterre, le romantisme de l'époque Charles X en France. C'est par ses rapports avec ces groupes, par la façon dont il exprime la sensibilité nouvelle que l'art peut se dire romantique. Mieux vaudrait donc parler d'« art du romantisme » plutôt que d'« art romantique », afin d'éviter l'illusion qu'il s'agit d'un style. « Le romantisme n'est précisément ni dans le choix des sujets, ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir » (Baudelaire, Salon de 1846).

L'aspect proprement philosophique en fut dégagé par Fichte, dont toute la pensée est fondée sur l'opposition du moi au non-moi. Tous les rapports entre l'individu et le monde extérieur sont ainsi mis en cause et envisagés de façon toute neuve par rapport à la philosophie kantienne. Dans cette difficulté à isoler le moi d'une réalité extérieure dont il prend conscience en s'y reflétant, on trouve déjà le germe du solipsisme, ce vertige philosophique que le romantisme suscite. L'idée que le monde puisse n'exister que dans la pensée d'un individu, idée que rend possible l'examen rationaliste de la perception, devient pour certains une préoccupation anxieuse, angoissante même. Sans atteindre généralement ce point extrême, le romantisme adopte un égocentrisme multiple, une conception du monde où chaque individu est le point de référence essentiel.

Cette conscience nouvelle du moi affecte tout le domaine de la culture ; c'est elle qui informe la distinction entre naïveté et sentiment chez Schiller, et son acquisition est comme un nouveau péché originel qui interdit la naïveté, c'est-à-dire une perception du monde non viciée par la conscience de ses procédés. Friedrich Schlegel, se fondant sur la distinction de Schiller, fait correspondre à celle-ci l'opposition entre classicisme et romantisme, la poésie classique étant « naïve », la poésie romantique « sentimentale ». Le sentiment, lui, caractérise un état de la perception où le sujet se voit percevoir le monde, puis se voit voir percevoir, et ainsi de suite, en abîme.[...]

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'université Yale, Connecticut, États-Unis
  • : professeur d'histoire de l'art à l'université Harvard

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Johann Wolfgang von Goethe - crédits : Fine Art Images/ Heritage Images/ Getty Images

Johann Wolfgang von Goethe

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Novalis

<em>Les Plaintes d’Ossian</em>, K. Károli - crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

Les Plaintes d’Ossian, K. Károli

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