ROMAN POPULAIRE

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Les genres

Loin d'être homogène, le roman populaire se diversifie en plusieurs branches. La plus importante est sans conteste celle du roman historique, qui convie le lecteur à un dépaysement dans le temps, avec une prédilection marquée pour certaines époques. Arrive en tête la période qui s'étend des guerres de Religion à la Régence. Maurice Maindron situe son Tournoi de Vauplassans en plein cœur du xvie siècle, à l'époque où les affrontements entre catholiques et protestants provoquaient massacres et viols. Véritable antiquaire, il s'attarde complaisamment dans ses œuvres à décrire une armure ou à évoquer un tableau de Jérôme Bosch. C'est sous Henri IV et Louis XIII enfant que se place le fameux cycle des Pardaillan, dû à la plume féconde de Michel Zévaco, ancien rédacteur du quotidien anarchiste L'Égalité. À la suite des Trois Mousquetaires, le xviie siècle impose ses duels, notamment dans Le Masque de fer d'Edmond Ladoucette et dans D'Artagnan contre Cyrano de Paul Féval fils. Le père utilise, quant à lui, la Régence et l'affaire Law comme toile de fond du célèbre Bossu. L'époque inspire aussi Henri de Régnier.

Vient ensuite l'épopée napoléonienne. La IIIe République redécouvre, en effet, le premier des Napoléonides. Elle demande au vainqueur de la Prusse à Iéna des leçons d'énergie en vue de la « revanche » ; elle puise dans le martyre de l'empereur déchu à Sainte-Hélène des motifs d'anglophobie, au moment où la crise de Fachoda bat son plein. Napoléon devient donc le héros préféré de la littérature populaire. Il faudrait citer cent titres et, parmi les premiers : Le Club des collets noirs, de Boisgobey (1872) ; Madame Sans-Gêne, d'après la pièce de Sardou, par Edmond Le Pelletier (1894-1895) ; Évasion d'empereur, de Danrit (1904) ; Pour tuer Bonaparte, de Georges Ohnet (1911) ; L'Enfant d'Austerlitz, de Paul Adam (1912) ; La Mort de l'Aigle, de Paul d'Ivoi ; Les Demi-Solde de Georges d'Esparbès (1899).

Le Moyen Âge, en revanche, malgré l'influence des romans de Walter Scott, paraît bien délaissé : citons pourtant Buridan, héros de la tour de Nesle par Michel Zévaco. L'Antiquité romaine – grâce à Fabiola et à Quo Vadis ? est mieux servie : le développement de l'archéologie, comme l'a montré Robert Dauvergne, a été ici déterminant.

Appelé à une longue postérité, voici le roman policier. Émile Gaboriau en fut l'un des pères avec deux œuvres magistrales, parues d'abord en feuilleton, L'Affaire Lerouge (1866) et Monsieur Lecoq (1868). On peut dire sans excès que Conan Doyle s'en est étroitement inspiré pour son personnage de Sherlock Holmes ainsi que pour la conduite de ses récits. Ceux qui furent les premiers à comprendre la leçon n'ont pourtant pas connu une célébrité comparable : Henri Cauvin (Maximilien Heller, 1871), Boisgobey (La Vieillesse de M. Lecoq, vers 1880), Chavette (La Belle Aliette et Le Roi des limiers, 1878) mériteraient d'être tirés de l'oubli.

Le principe du roman policier est simple : un crime est commis dans des conditions mystérieuses ; le coupable sera démasqué par un détective utilisant et sa puissance de déduction et, éventuellement, son art du grimage. Gaston Leroux portera le genre à sa perfection avec Le Mystère de la chambre jaune (1908), où le meurtre est commis dans un local clos. Jean Ray, inventant le personnage de Harry Dickson, exploitera le filon de façon authentiquement populaire, avec des titres affolants et des couvertures bariolées. Les meilleurs héritiers de cette tradition demeurent le reporter Doum, de Jean-Louis Bouquet, Nestor Burma, imaginé par Léo Malet sur le modèle du private américain, et M. Wens de Steeman.

Mais l'auteur peut aussi déplacer l'intérêt du lecteur vers le criminel : Arsène Lupin – de Leblanc – inspiré par l'anarchiste Jacob, et Chéri-Bibi – de Leroux –, nouvelle incarnation de Vautrin, restent sympathiques (« Dieu, voyant un jour tout le mal qu'il fallait accomplir pour faire le bien, a reculé devant une pareille responsabilité et il a créé Chéri-Bibi », s'exclame l'ancien bagnard), mais il n'en va pas de même pour Zigomar de Léon Sazie, ni pour Fantômas de Marcel Allain et Pierre Souvestre :

Allongeant son ombre i [...]

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  • : professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean TULARD, « ROMAN POPULAIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roman-populaire/