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ROMAN D'AVENTURES

À la fin du xviiie siècle, une mutation remarquable vient affecter le genre du récit de voyage : alors que l’âge classique avait privilégié les connaissances rapportées par le voyageur, le nouveau récit s’organisa autour de la personnalité de ce dernier, de ses sentiments, des aventures survenues lors de son voyage. Cette lente évolution fut préparée tout autant par les œuvres de Goethe ou de Sterne que par celles de Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre. En 1811, la parution de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem marque un moment décisif de cette histoire : Chateaubriand assure le triomphe du code romantique des « impressions de voyage », qui va donner le ton des grands récits de voyage du xixe siècle.

Certes, les récits de voyage étaient depuis longtemps rédigés à la première personne du singulier et l’on pouvait y lire de nombreuses « aventures », ainsi nommées par les voyageurs (le mot « aventure » est attesté dans la langue française depuis le xiie siècle). Mais l’énoncé de ces aventures, qui accompagnait le goût des livres de voyage depuis la Renaissance, était d’abord régi par le code de l’anecdote. Son sens tenait tout entier dans le fait que, par le détour de ce micro-récit qu’est l’anecdote, le voyageur révélait la vérité des régions qu’il avait visitées, des peuples qu’il avait fréquentés, des choses qu’il avait vues. Sur le voyageur lui-même, les aventures ne disaient rien. Plus exactement, si elles disaient parfois quelque chose, c’était incidemment. L’expression de la personnalité du voyageur n’était pas la raison d’être des aventures rapportées dans le récit.

Ulysse et les sirènes - crédits : Encyclopædia Universalis France

Ulysse et les sirènes

Tout au contraire, l’esthétique qui s’impose à partir de la fin du xviiie siècle, parce qu’elle regarde l’aventure sous un jour nouveau, est directement à l’origine du roman d’aventures moderne. La valorisation des aventures dans le récit de voyage s’accompagne en effet du succès croissant de ce type de récits et retrouve une autre tradition, fort ancienne : celle qui, de l’épopée au conte pour enfants en passant par les romans de chevalerie, était depuis longtemps fondée sur la maîtrise de l’enchaînement des péripéties. L’Odyssée d’Homère, les romans de chevalerie – et plus particulièrement Amadis de Gaule – par la suite parodiés dans Don Quichotte, les aventures de Robinson Crusoé ou celles du Petit Poucet constituaient, à la fin du xviiie siècle, un fonds commun de légendes et d’histoires fabuleuses bien connues. La singularité du xixe siècle fut de les transposer dans la réalité d’un monde pour la connaissance duquel on s’enthousiasmait dans des proportions jusque-là inouïes. Au milieu du siècle, ces phénomènes convergèrent avec la création d’un nouveau genre littéraire, désormais explicitement désigné comme le « roman d’aventures ».

Une nouvelle lecture du monde

Dans les années 1850, on voit ainsi apparaître les premiers auteurs de romans ainsi identifiés : Gabriel Ferry, Gustave Aimard, le capitaine Mayne Reid. Tous sont alors considérés comme des émules de James Fenimore Cooper (1789-1851). Mais Cooper lui-même avait d’abord été considéré à son époque comme un romancier maritime ou un romancier historique, et le disciple, dans ce domaine, du très célèbre Walter Scott (1771-1832). Dans la seconde moitié du xixe siècle, Jules Verne (1828-1905) s’impose, à l’échelle internationale, comme le maître du roman d’aventures. Son immense succès manifeste l’alliance nouvelle entre le goût des péripéties et la nouvelle saisie de la réalité de l’espace de la planète, que Verne mit en scène tout au long de sa grande série romanesque des Voyages extraordinaires à travers les mondes connus et inconnus. De fait, ce succès doit beaucoup à deux mouvements de grande ampleur.

Jules Verne - crédits : skeeze/ pixabay.fr

Jules Verne

<it>Vingt Mille Lieues sous les mers</it>, J. Verne - crédits : AKG-images

Vingt Mille Lieues sous les mers, J. Verne

Le premier est le processus d’exploration scientifique du monde.[...]

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Écrit par

  • : professeur d'histoire contemporaine à l'université Grenoble Alpes

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Pour citer cet article

Sylvain VENAYRE. ROMAN D'AVENTURES [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le

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Ulysse et les sirènes - crédits : Encyclopædia Universalis France

Ulysse et les sirènes

Jules Verne - crédits : skeeze/ pixabay.fr

Jules Verne

<it>Vingt Mille Lieues sous les mers</it>, J. Verne - crédits : AKG-images

Vingt Mille Lieues sous les mers, J. Verne

Autres références

  • AIMARD GUSTAVE (1818-1883)

    • Écrit par
    • 110 mots

    Romancier populaire français. De son véritable nom Olivier Gloux, Gustave Aimard est l'auteur de nombreux romans d'aventures. Les Trappeurs de l'Arkansas (1858) constitue le premier d'une longue série de livres dont l'Ouest américain est le cadre. Par là, Aimard se trouve être un précurseur...

  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

    • Écrit par , , , , , et
    • 28 170 mots
    • 30 médias
    ...L'Île au trésor (Treasure Island), de R. L. Stevenson, annonce, onze ans après la première traduction de Jules Verne, l'apparition du roman d'aventures, donc d'une littérature pour adolescents, dont les frontières supérieures vont devenir indistinctes lorsque, par exemple, H. Rider...
  • L'ASTRÉE, Honoré d'Urfé - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 1 511 mots

    On a, de nos jours, trop tendance à négliger les grands romans des xvie et xviie siècles. On se fie à Cervantès pour repousser les romans de chevalerie, on croit sur parole les Scarron, Sorel et autres Furetière, qui parodient les auteurs d'Amadis, de L'Astrée et du Grand Cyrus, en...

  • AU BORD DE L'EAU (SHUI HU ZHUAN), anonyme - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 793 mots
    Au bord de l'eau, dont l'action se déroule au xiie siècle, met en scène cent huit brigands, qui ont coutume de se retrouver autour d'un lac leur servant de refuge. Plus que d'un roman suivi, il s'agit d'une succession d'épisodes plus ou moins indépendants, reliés entre eux par les retrouvailles...
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