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PETIT POUCET LE

Petit mais rusé, il triomphe de toutes les embûches et s'empare des richesses de l'Ogre. L'explication mythologique (G. Paris) a cru identifier en Poucet et ses frères les étoiles de la Grande Ourse ; les « ritualistes » y ont vu un récit d'épreuves initiatiques, ce qui expliquerait l'absence de scrupules du héros.

Le conte porte le numéro 327 dans la classification Aarne-Thompson, mais plusieurs de ses motifs — les enfants perdus dans la forêt, la piste marquée par des cailloux ou des miettes de pain, la substitution des couronnes, des bonnets ou des bagues qui entraîne la mort des enfants de l'Ogre, la poursuite magique — se retrouvent dans plusieurs autres contes, par exemple le CT 431, La Maison dans la forêt, ou le CT 450, Petit Frère et petite sœur.

Dans les versions orales, on rencontre plusieurs traits que n'a pas retenus l'adaptation française : par exemple les sabots attachés à un arbre et que le vent remue, faisant croire aux enfants que leurs parents sont toujours là ; ou encore les animaux protecteurs qui, interrogés par l'Ogre, le retardent avec de faux renseignements.

Dans la très célèbre version adaptée par Pierre et Charles Perrault (1697), le héros est très petit, mais cette petitesse n'intervient qu'en début de récit. Par la suite, c'est la seule subtilité de son esprit qui lui permet de résoudre les difficultés. Le plus probable est que la notion de cadet a entraîné une contamination avec le conte type numéro 700, Tom Pouce, où les aventures sont liées à la taille minuscule du héros.

Autres particularités de la version des Contes de ma mère l'Oye, elle abonde en détails horrifiques : hurlements de loups, bruits de la forêt, aspect terrifiant de l'Ogre et de ses filles, mais ce cauchemar est aussitôt désamorcé par des effets comiques très efficaces. La moralité, d'un ton grinçant et revendicatif, affirme avec force les droits du cadet : « On le méprise, on le raille, on le pille/Et pourtant [...]. C'est ce petit marmot/qui fera le bonheur de toute la famille. »

— Marc SORIANO

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Écrit par

  • : docteur ès lettres et sciences humaines, professeur émérite à l'université de Paris-VII-Jussieu

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CONTE

    • Écrit par Bernadette BRICOUT
    • 5 807 mots
    • 2 médias
    ...narratif de ces contes fournit à l'enfant ce qu'Éric Berne appelle un « scénario de gagneur ». Au début du récit, le héros est défavorisé par sa taille ( le Petit Poucet, la Moitié-de-Coq), son apparence physique (Riquet à la houppe), son intelligence (c'est un « songe-creux », un idiot de village), sa condition...
  • CONTES, Charles Perrault - Fiche de lecture

    • Écrit par Christian BIET
    • 1 212 mots
    ...des fées, des situations, de faire la part belle à l'idéal moral et de terminer par une fin heureuse où l'on se marie, et où l'on a beaucoup d'enfants. Mais elle met aussi en scène pour le lecteur tout le fond archaïque de ces récits : dévorations fantasmatiques, incestes et vengeances, injustices familiales...
  • PERRAULT CHARLES (1628-1703)

    • Écrit par Marc SORIANO
    • 1 757 mots
    • 1 média
    ...Chat botté, Les Fées. En février 1697, le recueil paraît chez Barbin, augmenté de trois nouveaux récits : Cendrillon, Riquet à la houppeet Le Petit Poucet. Il est accueilli avec faveur, repris en Hollande par l'éditeur pirate Moetjens et connaît au moins trois réimpressions avant la mort de Perrault....