MERS RETRAITS ET AVANCÉES DES

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Indépendamment du phénomène de marée, le niveau général des mers a présenté des variations importantes tout au long de l'histoire géologique de notre planète, bien que la quantité totale d'eau disponible à sa surface soit restée sensiblement constante. Les géologues ont ainsi été amenés à créer le terme d'« eustatisme » pour désigner ces variations de niveau qui peuvent dépasser la centaine de mètres et dont ils pensent qu'elles ont affecté l'ensemble de la planète. Elles sont dues à deux phénomènes géologiques différents : d'une part, la croissance ou la fonte de grands glaciers lorsque le climat varie et, d'autre part, l'activité tectonique ou isostatique de la Terre, qui modifie la géométrie et le volume des bassins océaniques et engendre aussi des déformations des continents et des bassins sédimentaires. Ces dernières se traduisent par des changements de faciès des dépôts sédimentaires, interprétables comme des variations du niveau de la mer, bien qu'elles n'aient qu'une signification régionale, voire locale. C'est pourquoi il est très difficile pour les géologues de faire la part entre phénomènes globaux et régionaux. Le concept de niveau de la mer est mal défini, puisque deux observateurs situés en deux endroits éloignés font sur le sujet des observations différentes.

À des échelles de temps beaucoup plus brèves, la couche superficielle des océans se dilate ou se contracte selon que sa température augmente ou diminue. Les variations climatiques s'accompagnent également de changements du bilan de masse des glaciers de montagne ou des calottes glaciaires polaires. Ceux-ci provoquent en quelques dizaines d'années des variations centimétriques du niveau de la mer, qui sont enregistrées maintenant par les marégraphes installés dans les ports ou par les satellites altimétriques.

Les indices géologiques des variations du niveau de la mer

L'océan s'est formé il y a plus de quatre milliards d'années, lorsque la Terre, qui s'était individualisée au sein du système solaire, s'est refroidie. Si les géochimistes ont pu démontrer que des éléments volatils se dégagent encore des profondeurs, le volume d'eau émis à ce titre est minime, de sorte que le volume de l'hydrosphère (les océans, les eaux douces et les glaces continentales) est resté sensiblement constant depuis plusieurs centaines de millions d'années.

Il ne reste pas moins que les preuves de variations du niveau marin sont nombreuses. Brouage (Charente-Maritime), port militaire sous Louis XIV, est aujourd'hui ensablé, et ses remparts se dressent à plusieurs kilomètres de la côte. La mer a reculé. À l'inverse, les menhirs immergés sur l'îlot d'Er Lannic, dans le golfe du Morbihan, témoignent de la montée locale des eaux au cours des derniers millénaires. Des plages fossiles, encore recouvertes de coquillages, s'étalent à plusieurs dizaines de mètres d'altitude en Scandinavie, dans les îles canadiennes ou le long des côtes méditerranéennes. Dans des couches sédimentaires vieilles de plusieurs dizaines de millions d'années, les géologues ont pu mettre en évidence que des dépôts fins des mers profondes étaient parfois surmontés par des sédiments grossiers typiques d'environnements côtiers. Ces reculs de la mer ont été appelés régressions. Inversement, des dépôts lagunaires ou littoraux peuvent être recouverts de sédiments caractéristiques de l'océan profond, indiquant qu'une avancée de la mer s'est produite : on parle alors de transgression marine.

Dans les grandes séries sédimentaires, comme celles du bassin de Paris ou de Londres, les avancées et retraits de la mer ont été tellement fréquents qu'on les a utilisés pour définir la succession des grandes séquences de dépôt qui se sont formées au cours des temps géologiques (cf. stratigraphie). L'existence de telles séquences a été reconnue dans tous les bassins sédimentaires par les études sismiques effectuées pour la recherche pétrolière. Cela a conduit à la notion de stratigraphie séquentielle, qui cherche à corréler les couches sédimentaires sur de longues distances en prenant comme référence les successions caractéristiques des faciès de transgression et de régression. Une superposition de cycles dont les périodicités sont comprises entr [...]

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., Centre des faibles radioactivités, Gif-sur-Yvette

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Pour citer l’article

Jean-Claude DUPLESSY, « MERS RETRAITS ET AVANCÉES DES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/retraits-et-avancees-des-mers/