CÉNOMANIENNE TRANSGRESSION

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Au Crétacé moyen, la mer envahit toutes les plates-formes continentales. La généralité de cette « transgression cénomanienne » en fit un des chevaux de bataille de la géologie, mais le qualificatif « mésocrétacée » lui conviendrait beaucoup mieux, car les faits ne permettent pas de réduire cet événement au cadre trop étroit de l'étage cénomanien.

L'expansion des mers débute dès l'Aptien, le maximum se situant, suivant les provinces, de l'Albien au Turonien. Curieusement d'ailleurs, l'Albien ou le Cénomanien sont parfois régressifs du fait de pulsations tectoniques mineures annonçant la phase tectonique du Crétacé supérieur.

L'absence de glaciations jurassiques et le calme tectonique relatif permettent d'envisager que l'eustatisme est le facteur dominant de cette lente progression des mers qui s'avancent obstinément sur les plates-formes pendant plusieurs dizaines de millions d'années.

La jonction des domaines marins boréal et mésogéen provoque une homogénéisation sensible des faunes et l'extension des mers épicontinentales chaudes favorise le développement de toutes les formes néritiques.

La transgression dans le monde

En Europe, la transgression débute, dans les bassins sédimentaires, au Crétacé inférieur ; elle forme des chenaux étroits dans la zone nord-pyrénéenne et le bassin de Paris. C'est la Mésogée qui s'avance de l'emplacement actuel des Alpes vers le nord-ouest. Dès l'Albien, la mer a envahi tout le nord de la France et une grande partie de l'Angleterre orientale, rejoignant la mer boréale. Au Crétacé supérieur, la plus grande partie de la France est recouverte et le bassin Aquitain communique avec le Bassin parisien par le seuil du Poitou, comme au Lias supérieur. Le Massif central est d'abord une île, mais des plissements provençaux précoces donnent naissance à un « bombement durancien », émergé à l'Albien et séparant, plus ou moins imparfaitement, au sud la mer provençale en continuité avec la mer pyrénéenne, au nord la mer alpine et ses dépendances : l'émersion du bombement est de faible ampleur, car les bauxites qui le caractérisent sont des sédiments hérités, déposés parfois dans des lagunes ou sous une faible épaisseur d'eau de mer. Cette activité tectonique se manifeste aussi par des soulèvements, dans la partie axiale des Pyrénées, et par des charriages, dans les Alpes autrichiennes (phase anté-Gosau), mais l'émersion n'est pas toujours évidente.

France au Cénomanien supérieur

Dessin : France au Cénomanien supérieur

La France au Cénomanien supérieur. Au sud-est, le « bombement durancien » permettait les communications entre mer alpine et golfe pyrénéo-provençal. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

France au Cénomanien supérieur

Dessin : France au Cénomanien supérieur

La France au Cénomanien supérieur. Au sud-est, le « bombement durancien » permettait les communications entre mer alpine et golfe pyrénéo-provençal. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

La transgression mésocrétacée établit en Europe quatre liaisons principales entre la mer boréale et la Mésogée : par le seuil Morvan-Vosges ; par l'emplacement actuel des Pyrénées (la moitié nord-est de l'Espagne se trouve recouverte) ; entre la région de Berlin et la fosse des Carpates ; entre le bras de mer de Moscou et le nord-est de la mer Noire. Plus de 3 millions de kilomètres carrés de plates-formes sont ainsi conquis par la mer.

En Afrique, la mer épicontinentale à dépôts salins, qui couvrait au Jurassique une bonne partie du Sahara septentrional, se retire au Kimméridgien et des faciès continentaux se développent. Ce « continental intercalaire » résulte d'une sédimentation fluviatile sur une vaste plaine, mais déjà des influences marines y intercalent des couches à Astartes. Dès l'Aptien, des récifs se construisent sur les rives de la Mésogée ; une mer épicontinentale salée s'étale à leur abri et recouvre lentement les zones les plus basses du Sahara. Simultanément, un bras de mer avance du Cameroun vers le nord-est (bassin de la Bénoué). Lorsque la jonction s'établit, le Hoggar est une île dans une mer peu profonde, riche en biostromes à huîtres. De légers mouvements tectoniques facilitent l'établissement de seuils qui, en limitant les communications avec les mers ouvertes, permettent, au Cénomanien supérieur, le dépôt de séries salines. La mer turonienne, plus libre, dépose des dolomies sur plusieurs centaines de milliers de kilomètres carrés : ce faciès repère signale l'extension maximale de la transgression. Près de trois millions de kilomètres carrés sont gagnés sur les continents.

Afrique de l'Ouest

Dessin : Afrique de l'Ouest

La transgression du Crétacé supérieur en Afrique occidentale. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

L'Australie, totalement émergée au Jurassique supérieur, où de grands lacs se déversent en mer, est envahi [...]

Australie, 1

Dessin : Australie, 1

Les faciès lacustres sont répartis principalement au nord et dans l'est de l'Australie. On a pu déceler la présence de trois lacs presque contemporains : au nord-ouest, le lac d'Arnhem ; au nord, le lac Walloon ; à l'est, le lac Otway. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Médias de l’article

France au Cénomanien supérieur

France au Cénomanien supérieur
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Afrique de l'Ouest

Afrique de l'Ouest
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Australie, 1

Australie, 1
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Australie, 2

Australie, 2
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Afficher les 5 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à la faculté des sciences de l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, directeur du laboratoire de géologie de l'École normale supérieure de Paris
  • : professeur à la faculté des sciences, université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie

Classification

Autres références

«  CÉNOMANIENNE TRANSGRESSION  » est également traité dans :

AFRIQUE (Structure et milieu) - Géologie

  • Écrit par 
  • Anne FAURE-MURET
  •  • 18 709 mots
  •  • 22 médias

Dans le chapitre « Le domaine saharien »  : […] Au début des temps mésozoïques s'instaure un nouveau dispositif structural qui est oblique par rapport aux limites établies durant les temps paléozoïques. L'histoire commence avec le Trias, qui est carbonaté marin dans le Sud tunisien et en Tripolitaine. Sur le domaine saharien, il est sous le faciès gréseux rouge continental ou laguno-marin avec un développement important de grands bassins évapo […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

André JAUZEIN, Charles POMEROL, « CÉNOMANIENNE TRANSGRESSION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/transgression-cenomanienne/