RÉALISME SOCIALISTE

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Le réalisme socialiste est la doctrine officielle dans le domaine de l'art en vigueur tant en U.R.S.S. que dans les pays directement soumis à son hégémonie politique. Cette doctrine a trouvé sa formulation complète au cours du premier congrès des écrivains soviétiques qui se tint à Moscou en août 1934. Le réalisme socialiste exige de l'artiste « une représentation véridique, historiquement concrète de la réalité dans son développement révolutionnaire. En outre, il doit contribuer à la transformation idéologique et à l'éducation des travailleurs dans l'esprit du socialisme ». Parmi ceux qui participèrent activement à l'élaboration de la doctrine, on relève notamment les noms de Gorki, de Jdanov et de Karl Radek.

Karl Radek

Photographie : Karl Radek

Le propagandiste marxiste Karl Sobelsohn dit Karl Radek (1885-après 1937), en compagnie de plusieurs dirigeants communistes, à Bakou, vers 1930. Radek est en chemise claire, au centre de la photo. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Historique et définitions

Le 23 avril 1932, un décret du comité central du Parti communiste avait « liquidé » officiellement tous les groupements d'artistes et d'écrivains existant en U.R.S.S., et institué des syndicats uniques rassemblant tous les praticiens dans le domaine des arts visuels, de la littérature et de la musique. L'appareil du parti possédait le contrôle effectif de tous les syndicats, et ces derniers étaient en mesure de surveiller la production artistique dans tout le pays. Ils géraient le budget national pour les arts, et pouvaient intervenir dans tous les contrats passés entre leurs adhérents et les autres organisations publiques (éditeurs, musées, théâtres, maisons de la culture, clubs d'entreprise). C'est pourquoi, lorsque le réalisme socialiste devint en 1934 la doctrine officielle des syndicats d'artistes et d'écrivains, tous ceux qui souhaitaient continuer de travailler pour un public se trouvaient contraints d'y souscrire.

Si tant est qu'on puisse trouver une définition officielle satisfaisante de cette doctrine, c'est au Dictionnaire de philosophie, (Moscou, 1967) qu'il faut s'adresser ; le réalisme socialiste y est ainsi défini : « Son essence réside dans la fidélité à la vérité de la vie, aussi pénible qu'elle puisse être, le tout exprimé en images artistiques envisagées d'un point de vue communiste. Les principes idéologiques et esthétiques fondamentaux du réalisme socialiste sont les suivants : dévouement à l'idéologie communiste ; mettre son activité au service du peuple et de l'esprit de parti ; se lier étroitement aux luttes des masses laborieuses ; humanisme socialiste et internationalisme ; optimisme historique ; rejet du formalisme et du subjectivisme, ainsi que du primitivisme naturaliste. ».

Quant à l'artiste, il doit « avoir une connaissance approfondie de la vie humaine, des pensées et des sentiments, être extrêmement sensible aux expériences humaines et capable de les exprimer dans une forme artistique de qualité. Tout cela fait du réalisme socialiste un puissant instrument d'éducation du peuple, dans un esprit communiste. Fondé sur la vision marxiste-léniniste du monde, le réalisme socialiste encourage les efforts des artistes et les aide à définir des formes et des styles divers en harmonie avec leurs inclinations personnelles. »

À première vue, l'objectif politique de la doctrine semble clair, même si son application artistique pose de sérieux problèmes. Cependant, une lecture attentive en dégage rapidement l'ambiguïté. La vérité doit être vue « d'un point de vue communiste » ; la réalité doit être « représentée » dans son « développement révolutionnaire ». Formules qui offrent la possibilité de déterminer une « réalité » seconde qui viendrait se substituer à la réalité vécue. Et telle fut la fonction que le réalisme socialiste, lorsqu'il cessa d'être une méthode librement adoptée pour devenir une prescription obligatoire, se vit chargé d'assurer.

En 1932, Staline qualifia pour la première fois les écrivains d'« ingénieurs de l'âme ». En décidant en 1927 la collectivisation obligatoire des terres et en lançant un fracassant programme de construction d'une industrie lourde, il ouvrait une ère de sacrifices énormes. Au cours des années trente, les bénéfices que les masses retiraient de la révolution étaient essentiellement d'ordre culturel : des améliorations matérielles immédiates étaient impossibles, les droits politiques avaient disparu, la police secrète était plus puissante qu'au temps des tsars ; ce qui demeurait de plus substantiel, c'était l'éducation et le discours de l'idéologie socialiste. À en croire cette idéologie, les plans quinquennaux devaient construire « le socialisme dans un [...]

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Pour citer l’article

John BERGER, Howard DANIEL, Antoine GARRIGUES, « RÉALISME SOCIALISTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/realisme-socialiste/