Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

PSYCHANALYSE & CONCEPT D'OPPOSITION

La découverte des processus inconscients, liée à celle du conflit intrapsychique, se formule fréquemment sous la plume de Freud par le vocable d' opposition (Gegensatz) et, à l'occasion, par l'un de ses dérivés, d'une importance théorique particulière, le concept de couples d'opposés (Gegensatzpaar). Dans son Introduction à la psychanalyse (1916-1917), Freud, reprenant un vocabulaire de connotation kantienne, écrit : « La vie psychique est un champ de bataille[Kampfplatz]et une arène où luttent des tendances opposées ou, pour parler un langage moins dynamique, elle se compose de contradictions[Widersprüche]et de couples d'opposés[Gegensatzpaare]. » Par ailleurs, il spécifie le régime fonctionnel différent qui caractérise les oppositions de termes selon le niveau, conscient ou inconscient, des processus psychiques : « Ce qui, dans le conscient, se présente clivé en deux termes opposés[zwei Gegensätze], bien souvent ne fait qu'un dans l'inconscient » (1910). De toute évidence, ce clivage des deux opposés au niveau conscient correspond à un rapport d'exclusion logique. Cela s'explique si l'on considère que le système perception-conscience obéit au processus secondaire, dont l'un des caractères est d'être régi par le principe de contradiction. Cette caractéristique est en relation avec le fait que l'activité du jugement, dont la mise en jeu relève de cette instance, présuppose l'apparition du « symbole de la négation » (Verneinung). L'avènement de la négation dans les processus secondaires correspond à « la reconnaissance de l'inconscient de la part du moi », laquelle présuppose « un premier degré d'indépendance » de la pensée rendu possible par une levée encore partielle (Aufhebung) du mécanisme du refoulement (1925).

Au contraire, au niveau de l'inconscient, comme Freud le souligne très souvent, la représentation du « non » n'existe pas – de manière « univoque tout au moins », ce qui constitue une restriction d'importance (1900, 1901, 1913, 1916-1917, 1918, 1925, 1932). C'est que, dans l'inconscient, « les lois logiques de la pensée ne sont pas valables, surtout pas le principe de contradiction », si bien que « l'on peut appeler ce dernier le royaume de l'illogisme » (1932, 1938). Cependant, les oppositions (Gegensätze), les contraires (Gegenteile) et les contradictions (Widersprüche) jouent et sont même traités d'une certaine manière au niveau de l'inconscient, en particulier mais pas seulement, dans le travail du rêve, qu'il s'agisse des registres de la représentation (Darstellung), de l'affect (Affekt), du désir (Wunsch) et de la pulsion (Trieb).

Le régime des processus primaires, propre à l'inconscient, se caractérise par un mode particulier de la « relation des opposés » (Gegensatzrelation), qui se manifeste notamment dans le « négativisme » des névrosés et des psychopathes (1905). Il est décrit comme une relation de coïncidence (das Zusammenfallen) [1916-1917]. En effet, du fait que « dans le ça il n'y a pas de conflits, les contradictions, les oppositions voient leurs termes voisiner sans en être troublées ». Plus précisément, les oppositions « ne sont pas maintenues séparées [...], ne se distinguent pas les unes des autres ». Plus encore, elles donnent lieu à un procédé de « mise en équivalence » (Gleichstellung), sont traitées comme des « concordances » (Übereinstimmung) et même comme des « identités » (identisch) (1916-1917, 1924, 1926, 1938). Dans la langue du rêve, les contenus représentatifs sont marqués par l'« indétermination » (Unbestimmheit), la multiplicité des sens, en particulier sous la forme des « doubles sens » (Zweideutigkeit). « Les concepts sont encore ambivalents et réunissent[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de psychologie et d'épistémologie à l'université de Paris-Nord

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • INCONSCIENT

    • Écrit par Christian DEROUESNE, Hélène OPPENHEIM-GLUCKMAN, François ROUSTANG
    • 8 283 mots
    • 2 médias
    ...Mais l'exclusion est-elle le seul mode de relation exprimé par la négation ? La plus élémentaire réflexion logique amène à considérer qu'un terme qui s'oppose à un autre le suppose et même l'inclut avant de l'exclure, et c'est bien cela que formule l'inconscient en utilisant un seul élément à ...
  • LIBIDO

    • Écrit par Pierre KAUFMANN
    • 11 337 mots
    • 1 média
    ...est-ce précisément sur la fonction de cette ligne de partage qu'interviendront les développements essentiels de la notion. Pour en résumer le principe, l'opposition de l'organisme au psychisme se doublera de l'opposition de l' inconscient au conscient, le processus organique ne se trouvant...
  • LINGUISTIQUE ET PSYCHANALYSE

    • Écrit par Jean-Claude MILNER
    • 7 214 mots
    On sait combien l'opposition actif/passif joue un rôle important dans la construction freudienne. En dehors même des exemples que nous avons cités, elle fonde un très grand nombre de concepts essentiels de la théorie. Or cette opposition ne se laisse bien définir que dans certaines traditions grammaticales....
  • OPPOSITION CONCEPT D'

    • Écrit par Émile JALLEY
    • 18 859 mots
    • 4 médias
    Freud distingue deux mécanismes du traitement des contraires dans le rêve : l'un est l'identification des contraires, l'autre est la transformation dans le contraire. Or, dans le texte intitulé Des sens opposés dans les mots primitifs (1910), il rapproche le premier des vues du linguiste...

Voir aussi