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POLITIQUE Le pouvoir politique

La lutte pour le pouvoir est au centre de la vie politique : selon les sociétés et les régimes, des partis, des factions, des clans ou des familles se battent pour prendre le pouvoir ou s'y maintenir. La réflexion sur le pouvoir est au centre de la philosophie politique : depuis Platon, elle ne cesse de se demander comment et à quelles conditions un ou plusieurs hommes peuvent gouverner toute une cité. Du procès de Socrate à l'affaire Dreyfus et aux purges staliniennes, des tueries de César Borgia aux camps de concentration hitlériens, le scandale de l'abus de pouvoir renouvelle toujours l'interrogation sur ce qui justifie le pouvoir politique et sur ce qui pousse tant d'hommes à risquer leur vie ou à l'user pour conquérir le pouvoir et l'exercer. Si l'on en croit Alain, les hommes libres « savent bien que tout pouvoir abuse et abusera » (politique, LXVII). Et pourtant, même si l'on en rêve parfois, on ne conçoit pas de société humaine sans pouvoir.

Nombre de spécialistes contemporains définissent la science politique comme l'étude du pouvoir. Cette définition a été récemment contestée. Ainsi, James G. March trouve « décevant » le concept de pouvoir. Et Gérard Bergeron lui découvre trois tares qui le rendraient impropre à tout usage scientifique : il est trop vague ; il est ambigu ; il est chargé de toutes sortes de préjugés et de passions idéologiques (Fonctionnement de l'État). Mais que gagnerait-on à le remplacer, comme le propose cet auteur, par la notion de « contrôle » ? Celle-ci n'est ni plus précise, ni moins équivoque : Bergeron ne lui reconnaît pas moins de six significations. En outre, elle n'est qu'apparemment neutre par rapport aux idéologies. En détournant l'attention des phénomènes de lutte et de domination, elle privilégie l'une des deux faces que Maurice Duverger distingue dans la politique : d'une part, celle-ci manifeste les antagonismes sociaux ; d'autre part, elle produit « une certaine intégration de tous à la collectivité » (Introduction à la politique). Or l'idéologie consiste à cacher l'un de ces deux aspects de la politique pour ne montrer que l'autre.

L'ambiguïté de l'idée de pouvoir exprime donc bien la réalité ambivalente qu'elle désigne. Comme le dit Georges Balandier, l'ambiguïté est « un attribut fondamental du pouvoir ». Il est « en même temps accepté (en tant que garant de l'ordre et de la sécurité), révéré (en raison de ses implications sacrées) et contesté (puisqu'il justifie et entretient l'inégalité) » (Anthropologie politique). À cause de cette ambiguïté, le pouvoir politique est l'objet de discussions dans lesquelles il n'est pas facile de faire la part du débat scientifique, qui vise à une connaissance plus exacte, et de la controverse idéologique, qui cherche à faire prévaloir des opinions et des intérêts précisément liés aux conflits politiques. Chercher à savoir clairement ce qu'est le pouvoir politique n'est donc pas seulement le souci et l'affaire des spécialistes philosophes, sociologues ou « politicologues » ; c'est aussi, pour tout citoyen qui s'intéresse quelque peu à la vie politique, le moyen de mieux comprendre ce qu'il vit et ce qu'il fait. Car il ne s'agit pas seulement de l'objet de la science politique ; il s'agit surtout de l'enjeu de l'action politique. En comparant systématiquement des sociétés à la fois très différentes les unes des autres et très différentes de la nôtre, ce qui permet de prendre du recul à l'égard de nos engagements et convictions, la sociologie et l'anthropologie politiques nous aident à penser moins confusément cet objet ambigu, cet enjeu âprement disputé.

Nature et caractéristiques

Pouvoir, puissance,[...]

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Écrit par

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Nice

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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