OUZBÉKISTAN

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Nom officielRépublique d'Ouzbékistan (UZ)
Chef de l'État et du gouvernementShavkat Mirziyoyev (depuis le 8 septembre 2016). Premier ministre : Abdulla Oripov (depuis le 14 décembre 2016)
CapitaleTachkent
Langue officielleouzbek
Unité monétairesoum (UZS)
Population34 860 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)448 971

Histoire

L'actuel Ouzbékistan fut peuplé dès l'époque paléolithique, il y a quelque 55 000 à 70 000 ans. Les grands États de Bactriane, du Khorezm et de Sogdiane apparurent au cours du Ier millénaire avant notre ère, dans la région fertile située autour de l'Amou-Daria, qui constituait un centre d'échanges culturels et commerciaux sur la route de la soie entre Orient et Occident.

Après l'introduction de l'islam en Asie centrale au viiie siècle de notre ère, plusieurs flux de populations se répandirent au sein du territoire actuel de l'Ouzbékistan. Certaines migrations contribuèrent à la diversité démographique qui caractérise le pays aujourd'hui. Cependant, avant la conquête durable par les Russes, à la fin du xixe siècle, les envahisseurs militaires ne tardaient généralement pas à se retirer de la région. Les Arabes après 711, les Mongols sous le règne de Gengis Khan au xiiie siècle, les Djoungars aux xve-xviie siècles et les Persans au xviiie siècle eurent moins d'impact sur la population que sur les systèmes social et politique, car ils laissaient derrière eux leurs compatriotes en nombre relativement restreint, donc assimilable.

Les premiers Ouzbeks

Dans la seconde partie du xve et au début du xvie siècle, une grande vague d'immigration, qui modifia substantiellement la démographie régionale, introduisit l'ethnonyme « Ouzbek » au cœur de ce territoire. Les tribus turco-mongoles qui se désignaient ainsi venaient du nord-ouest de la Sibérie, où elles adoptèrent probablement ce nom par admiration pour le chef musulman de la Horde d'or, Özbek (ou Üzbek) Khan, qui régna de 1313 à 1341. Un descendant de Gengis Khan, Abilkhaïr, accéda en 1428, à l'âge de dix-sept ans, à la tête du khanat de la confédération ouzbèke de Sibérie. Au cours des quarante ans que dura son règne, Abilkhaïr Khan intervint tantôt contre, tantôt aux côtés de plusieurs princes timūrides d'Asie centrale et mena les tribus ouzbèkes vers le sud-est, sur la rive nord du Syr-Daria. Cependant, un grand nombre d'entre elles firent sécession, adoptant le nom de Kazakhs, et prirent la fuite vers l'est dans les années 1450-1460 ; leur départ affaiblit la confédération. Abilkhaïr continua à gouverner la branche maîtresse des Ouzbeks jusqu'à 1468, année où il fut tué alors que son peuple était battu par les envahisseurs djoungars.

S'étant vite ressaisis, les cavaliers ouzbeks se regroupèrent et, en 1494-1495, conquirent des secteurs importants de la Transoxiane (la région qui s'étend entre l'Amou-Daria et le Syr-Daria et qui correspond globalement à l'actuel Ouzbékistan). Le chef de ces tribus, Mụhammad Shaybani Khan (au pouvoir de 1500 à 1510), petit-fils d'Abilkhaïr, chassa les derniers sultans timūrides, Bābur et Hoseyn Bayqara, respectivement de Samarkand et de Herat. Les Ouzbeks occupèrent les villes principales, dont Boukhara, Khiva, Samarkand et Khujand, et ils installèrent leurs nombreuses tribus dans le Mawaraunnahr, le Khorāsān et les territoires adjacents. Mụhammad Shaybani fonda et donna son nom d'adoption à la puissante dynastie shaybanide, qui gouverna pendant un siècle depuis sa capitale, Boukhara.

Bien que d'abord réputés comme chefs militaires, plusieurs khans shaybanides furent également reconnus comme modèles d'orthodoxie religieuse sunnite et comme mécènes de grande culture. Mụhammad Shaybani, par exemple, s'avéra poète accompli et écrivit de pieux traités dans une langue littéraire raffinée, le čagataï (turc oriental). Les monuments architecturaux élevés par les Ouzbeks pendant la période shaybanide témoignent des goûts esthétiques de ces souverains. À Boukhara, de riches et grandes madresā et mosquées s'élevèrent sous le patronage royal, ainsi que de nombreux ponts et bâtiments.

Sous le règne (1557-1598) du plus grand souverain shaybanide, ‘Abd Allah Khan II, l'autorité de la dynastie s'étendit à Balkh, Samarkand, Tachkent et Fergana. L'hégémonie ouzbèke se prolongea à l'est jusqu'au Badakhshan et au Turkestan oriental, et à l'ouest jusqu'au Khorāsān et au Khorezm.

Les successeurs des Shaybanides, les Ashtarkhanides, régnèrent sur la Transoxiane à partir de 1599. En comparaison avec les succès politiques et culturels des Shaybanides, le niveau et l'étendue de l'influence ouzbèke sombrèrent dans le déclin sous ces nouveaux maîtres, atteignant leur point bas au milieu des années 1700. Le coup sévère porté par le souverain afsharide iranien Nadir Shah, par ses victoires rapides à Boukhara et Khiva en 1740, décapita la dynastie des Ashtarkhanides, qui fut finalement anéantie en 1785. À ce moment-là, le pouvoir en Asie centrale était déjà passé entre les mains de trois formations tribales dynamiques : le khanat de Boukhara (qui associait les cités de Samarkand et de Boukhara), celui de Khiva (au nord-ouest de Boukhara sur l'Amou-Daria) et celui de Kokand (centré sur la vallée de Fergana, à l'est).

À Boukhara, qui devint la puissance dominante en Asie centrale, des chefs tribaux mangït redonnèrent de la vigueur au khanat à la fin du xviiie siècle et ravivèrent sa fortune sous la direction de l'émir Ma’sum (également connu sous le nom de Shah Murad), remarquable notabilité derviche qui renonça aux richesses, au confort et à la pompe, et dont l'autorité s'exerça de 1785 à 1800. Dans le khanat de Khiva, la tribu Qonggirat succéda à la dynastie des Ashtarkhanides et domina jusqu'en 1920, léguant une capitale-musée riche de monuments architecturaux et culturels. La tribu Ming ouzbèke, aux ambitions impériales, fonda une nouvelle dynastie à Kokand vers 1710, alors que les Ashtarkhanides déclinaient. Les souverains ‘Umar Khan (1809-1822) et Muhammad ‘Ali Khan (ou Madali Khan, 1822-1842), connus pour la civilisation élégante qui s'exprimait dans leurs cours, donnèrent à la dynastie Ming ouzbèke et au khanat de Kokand une réputation de haute culture jointe à une politique étrangère expansionniste. À son apogée, le khanat domina de nombreuses tribus kazakhes et kirghizes voisines et résista à l'agression russe. Toutefois, les souverains suivants de la dynastie échouèrent à conserver les modèles politique et culturel de leurs prédécesseurs.

Pouvoirs russe et soviétique

Bien que l'isolement géographique de l'Asie centrale ait ralenti l'avance des forces russes vers le sud, Boukhara fut envahie en 1868, et Khiva en 1873 ; les deux khanats devinrent alors des protectorats russes. À Kokand, une émeute fut écrasée en 1875 et le khanat fut annexé officiellement l'année suivante, ce qui achevait la conquête du territoire ouzbek par les Russes ; la région fut intégrée dans la province du Turkestan russe.

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Ouzbékistan : drapeau

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Écrit par :

  • : professeur au département des langues et civilisations asiatiques et du Moyen-Orient, Clolumbia University, New York
  • : anthropologue, chercheur à l'Institut français d'études sur l'Asie centrale
  • : docteur en géographie, chargé de recherche au C.N.R.S., membre de l'U.M.R. 7528 Monde iranien et indien (C.N.R.S., Sorbonne nouvelle, EPHE, INALCO)
  • : docteure en histoire, chargée de recherche au CNRS

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Pour citer l’article

Edward ALLWORTH, Arnaud RUFFIER, Julien THOREZ, Anne TOURNEVILLE, « OUZBÉKISTAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ouzbekistan/