NATIONL'idée de nation

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Apparition de l'idée de nation

La nation, communauté ethnique

Pendant tout le Moyen Âge, le mot « nation » a un sens très précis, conforme à l'étymologie (nascere) qu'a rappelée Isidore de Séville au viie siècle : c'est un groupe d'hommes qui ont ou à qui on attribue une origine commune.

Cette communauté ethnique a une importance considérable au moment des grandes migrations du haut Moyen Âge, poussant vers l'Europe occidentale des populations « barbares » qui ne se fixent au sol qu'après une longue période d'errance. Le souvenir – ou l'illusion – de l'origine commune se maintient quelque temps, mais les races se mêlent et la terre qui est l'habitat du groupe crée entre ses membres, quelle que soit l'origine lointaine, des solidarités de voisinage qui déterminent le lien social essentiel.

Le mot « nation » ne se maintient guère que pour désigner des hommes venus d'ailleurs, que leur langue insolite distingue des autochtones, au milieu desquels ils passent sans se fixer de façon durable. C'est ainsi que les écoliers des universités sont groupés en « nations » : à Paris, les nations sont traditionnellement au nombre de quatre, la française, la normande, la picarde et l'anglaise (remplacée ensuite par l'allemande). Dans les mines, on appellera pendant longtemps, de façon générale, « allemands » tous les ouvriers qui parlent une langue germanique.

Ce qui compte le plus désormais, en dehors du sentiment d'appartenance à la chrétienté, ce sont les liens que détermine le domicile ; le sol l'emporte sur la race. Comme l'écrit J. Strayer, « l'échelle des allégeances de la plupart des hommes au Moyen Âge était à peu près la suivante : d'abord et avant tout, je suis un chrétien, ensuite un Bourguignon et enfin un Français ».

La « patria », communauté territoriale

La patria de l'homme de l'Antiquité, c'était le pays de ses pères, c'est-à-dire sa ville natale, et cette notion s'est maintenue au Moyen Âge (G. Post) : la patria demeure une collectivité territoriale, c'est le « pays » (du latin pagus) ou même, à l'intérieur de celui-ci, la seigneurie ou la ville où l'on est domicilié. Les habitants de la patria, soumis à la coutume territoriale (consuetudo patriae, ou coutume du pays), se définissent négativement par rapport aux hommes « estranges » (du latin extranei).

Cette patria propria, concrète et limitée par définition, ne perd rien de sa cohésion du fait de l'appartenance, générale au Moyen Âge, à la patria communis que constitue le monde chrétien.

C'est entre ces groupes territoriaux, les uns trop restreints pour avoir une puissance politique, l'autre trop vaste pour exercer une influence qui déborde la vie spirituelle et morale, que va se glisser l'État national, fondé sur l'idée moderne de nation.

L'idée moderne de nation

L'idée d'une nation dont les membres ont le royaume de France pour patrie commune est formulée de bonne heure dans les milieux intellectuels.

Au début du xiie siècle, Francus est de plus en plus délaissé pour Francigena et pour « franceis » que l'on trouve dans la Chanson de Roland et qui deviendra « françois » ; à la même époque, le chroniqueur Guilbert de Nogent qualifie la Normandie récemment conquise pars Franciae et bientôt le monarque capétien est appelé aussi bien rex Franciae que rex Francorum. À la fin du xiiie siècle, le moine Primat, traduisant en français les Grandes Chroniques de Saint-Denis auxquelles reste attaché le nom de Suger, dit que Thibaud, comte de Champagne, est venu guerroyer avec le roi Louis VI « por le besoing dou roiaume contre les estranges nations » ; l'archevêque de Reims écrit au pape, en 1297, que tous les habitants du royaume doivent concourir à la defensio regni et patriae. Au début du xive siècle, le langage se fait plus précis : Guillaume de Nogaret justifie son attitude envers le pape par son devoir de défendre le roi et patriam suam regni Franciae ; désormais, le royaume est présenté comme la patria communis de tous les régnicoles et Paris comme la civitas communis.

Ne nous y trompons pas cependant : de telles affirmations ne sont encore que le fait des milieux lettrés.

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Pour citer l’article

Georges BURDEAU, Pierre-Clément TIMBAL, « NATION - L'idée de nation », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nation-l-idee-de-nation/